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Structure
  1. En raccourci
  2. Origines et formation précoce
    1. Un milieu modeste tourné vers l’éducation
    2. La découverte d’Oxford et de la philosophie
  3. Les années de guerre et le retour à Oxford
    1. Service militaire et mariage
    2. L’ascension fulgurante à Oxford
  4. L’émergence d’une voix philosophique
    1. « On Referring » : la critique de Russell
    2. Le débat sur la vérité avec Austin
  5. Individuals et la métaphysique descriptive
    1. Un projet ambitieux
    2. Les particuliers de base
    3. Le concept de personne
  6. The Bounds of Sense : une relecture de Kant
    1. Genèse de l’ouvrage
    2. Sauver Kant de lui-même
    3. Influence et controverses
  7. « Freedom and Resentment » et la responsabilité morale
    1. Les attitudes réactives
    2. Naturalisme et réconciliation
  8. Maturité et reconnaissance
    1. Une position dominante à Oxford
    2. Œuvres de la maturité
    3. Anoblissement et dernières années
  9. Réception et postérité
    1. Une influence durable
    2. Un héritage vivant
  10. L’actualité d’une pensée
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Image fictive de Peter Strawson, philosophe britannique de la tradition analytique, ne représentant pas le personnage réel
  • Biographies
  • Philosophie analytique

Peter Strawson (1919–2006) : métaphysique descriptive et langage ordinaire

  • 26/01/2026
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OrigineAngleterre
Importance★★★★
CourantsPhilosophie analytique, philosophie du langage, métaphysique
Thèmesmétaphysique descriptive, théorie de la référence, présupposition, attitudes réactives, concept de personne

Philosophe britannique majeur du XXᵉ siècle, Peter Strawson a profondément renouvelé la métaphysique analytique en proposant une approche descriptive de nos catégories fondamentales de pensée. Sa critique de la théorie des descriptions de Bertrand Russell et son interprétation de Kant ont durablement marqué la philosophie du langage et l’épistémologie.

En raccourci

Peter Strawson incarne l’âge d’or de la philosophie oxonienne. Né à Londres en 1919, il fait ses études à Oxford où il passera l’essentiel de sa carrière. En 1950, encore jeune enseignant, il acquiert une renommée immédiate en contestant la théorie des descriptions de Russell dans son article « On Referring ». Il y introduit la notion de présupposition : certaines conditions doivent être remplies pour qu’un énoncé puisse être vrai ou faux.

Son œuvre maîtresse, Individuals (1959), fonde ce qu’il nomme la « métaphysique descriptive ». Plutôt que de corriger notre vision du monde comme les métaphysiciens traditionnels, Strawson entreprend d’en décrire la structure conceptuelle fondamentale. Il démontre que les corps matériels et les personnes constituent les « particuliers de base » de notre schème conceptuel.

The Bounds of Sense (1966) offre une relecture audacieuse de Kant qui distingue les apports durables de la Critique de la raison pure de l’idéalisme transcendantal jugé intenable. Son essai « Freedom and Resentment » (1962) renouvelle le débat sur la responsabilité morale en introduisant la notion d’attitudes réactives. Anobli en 1977, Strawson demeure l’une des figures les plus influentes de la philosophie analytique contemporaine.

Origines et formation précoce

Un milieu modeste tourné vers l’éducation

Peter Frederick Strawson naît le 23 novembre 1919 à Ealing, dans l’ouest de Londres. Ses parents exercent tous deux le métier d’instituteur ; ils s’étaient rencontrés comme étudiants en littérature anglaise au Goldsmith’s College. La famille s’installe à Finchley, dans le nord de Londres, où le jeune Peter grandit aux côtés de ses deux frères et d’une sœur. Son frère cadet, John Strawson, deviendra major-général dans l’armée britannique.

L’environnement familial cultive le goût des lettres et de la poésie. De sa mère, Strawson hérite une mémoire exceptionnelle pour les vers. Après une année à la Finchley County School, ses parents l’inscrivent au Christ’s College de Finchley, établissement masculin réputé pour ses exigences académiques.

La découverte d’Oxford et de la philosophie

En 1937, à dix-sept ans, Strawson entre à St John’s College, Oxford, pour y étudier le programme Philosophy, Politics and Economics (PPE). Il avait d’abord envisagé la littérature anglaise, passion qu’il conservera toute sa vie, mais reconnaît que ses talents poétiques n’égalent pas ses aptitudes philosophiques. La lecture du Contrat social de Rousseau et des ouvrages de vulgarisation de C. E. M. Joad l’orientent définitivement vers la philosophie.

Ses tuteurs à Oxford sont J. D. Mabbott, éminent philosophe politique qui deviendra plus tard Master du collège, et H. P. Grice. Ce dernier exercera une influence déterminante sur le jeune Strawson, qui le décrira comme « l’un des penseurs les plues brillants et les plus ingénieux de notre temps ». Les deux hommes resteront collègues et collaborateurs après la guerre, tout en entretenant une forme de rivalité intellectuelle.

Strawson obtient en 1940 un diplôme de seconde classe. Une anecdote veut que le plus jeune de ses deux examinateurs ait oublié ses copies d’examen à l’arrière d’un taxi, se trouvant ainsi dans l’impossibilité de défendre une note plus élevée face à son collègue plus conservateur.

Les années de guerre et le retour à Oxford

Service militaire et mariage

La Seconde Guerre mondiale interrompt la carrière naissante de Strawson. Mobilisé dans la Royal Artillery, il observe depuis le Sussex les combats aériens de la Bataille d’Angleterre et les bombardements nocturnes sur Londres. L’armée le sélectionne ensuite pour maîtriser les complexités du radar, ce qui le conduit au commandement d’une station radar puis, en 1942, à une commission dans le Royal Electrical and Mechanical Engineers. Il atteint le grade de capitaine, tout en qualifiant lui-même sa carrière militaire de « nullement distinguée ».

En 1945, Strawson épouse Ann Martin. Le couple aura quatre enfants, dont l’aîné, Galen Strawson, deviendra lui-même un philosophe reconnu, spécialiste de philosophie de l’esprit et du problème du libre arbitre.

L’ascension fulgurante à Oxford

Démobilisé en 1946, Strawson obtient d’abord un poste d’assistant-lecturer à l’University College of North Wales de Bangor. La même année, il remporte le prestigieux John Locke Prize, concours écrit réservé aux diplômés d’Oxford en philosophie. Ses réponses impressionnent suffisamment Gilbert Ryle pour que celui-ci le recommande à University College, Oxford. Strawson y est nommé lecturer en 1947, puis fellow dès 1948.

À vingt-neuf ans, il réalise ainsi l’ambition qu’il nourrissait depuis l’âge de vingt et un ans : devenir Fellow et Tutor en philosophie à Oxford. Cette position lui offre le cadre institutionnel dans lequel il produira ses travaux les plus marquants.

L’émergence d’une voix philosophique

« On Referring » : la critique de Russell

L’année 1950 marque l’irruption de Strawson sur la scène philosophique internationale. Son article « On Referring », publié dans la revue Mind, constitue une attaque frontale contre la théorie des descriptions définies de Bertrand Russell, exposée dans le célèbre « On Denoting » (1905).

Russell analysait une phrase comme « Le roi de France actuel est chauve » en une conjonction de trois propositions : il existe un roi de France, il n’y en a qu’un seul, et ce roi est chauve. Puisque la France n’a plus de roi, Russell concluait que la phrase est simplement fausse.

Strawson conteste cette analyse en introduisant la notion de présupposition. Selon lui, l’existence d’un roi de France n’est pas affirmée par la phrase mais présupposée. Si cette présupposition n’est pas satisfaite, la phrase n’est ni vraie ni fausse : elle échoue à effectuer une assertion complète. Cette distinction entre ce qui est dit et ce qui est présupposé ouvrira un champ de recherche considérable en linguistique et en philosophie du langage.

Plus fondamentalement, Strawson reproche à Russell de confondre les expressions avec leur usage. Ce ne sont pas les phrases qui sont vraies ou fausses, mais les énoncés particuliers que les locuteurs produisent en les utilisant dans des contextes déterminés. L’acte de référer appartient au locuteur, non à l’expression elle-même.

Le débat sur la vérité avec Austin

La même année, Strawson publie « Truth », où il s’oppose à la théorie correspondantiste de son collègue J. L. Austin. Défier Austin sur son propre terrain — l’analyse minutieuse du langage ordinaire — constituait une audace remarquable. Austin dominait alors la philosophie oxonienne, et peu de jeunes enseignants osaient le contredire. Strawson y parvient avec une rigueur qui lui vaut d’emblée le respect de ses pairs.

Ces deux articles de 1950 établissent la réputation du jeune philosophe. On reconnaît en lui un praticien exceptionnel de l’analyse conceptuelle, capable de démêler les subtilités du langage ordinaire tout en abordant des questions philosophiques fondamentales.

Individuals et la métaphysique descriptive

Un projet ambitieux

En 1959, Strawson publie Individuals: An Essay in Descriptive Metaphysics, son ouvrage le plus influent. Le sous-titre introduit une distinction programmatique entre deux types de métaphysique. La métaphysique révisioniste, pratiquée par Descartes ou Leibniz, cherche à corriger notre vision ordinaire du monde au profit d’une structure supposée plus fondamentale. La métaphysique descriptive, que Strawson fait remonter à Aristote et Kant, se contente de décrire la structure effective de notre pensée sur le monde.

Cette description n’a rien de trivial. Notre schème conceptuel comporte des traits généraux si profondément enracinés qu’ils échappent à l’examen superficiel. La tâche du métaphysicien descriptif consiste à les mettre au jour et à exposer leurs interconnexions.

Les particuliers de base

La première partie d’Individuals examine notre capacité à identifier et à réidentifier des objets particuliers. Strawson soutient que les corps matériels constituent les « particuliers de base » de notre schème conceptuel. Nous ne pourrions identifier d’autres types de particuliers — événements, états de choses, entités abstraites — sans pouvoir d’abord identifier des corps situés dans l’espace et le temps.

Pour étayer cette thèse, Strawson imagine un « monde purement auditif » où n’existeraient que des sons. Pourrait-on y identifier des particuliers ? L’expérience de pensée suggère que non : sans dimension spatiale, la réidentification devient impossible. Nous ne pourrions distinguer le retour d’un même son de l’apparition d’un son qualitativement identique.

Le concept de personne

Le chapitre sur les « Personnes » compte parmi les plus discutés de la philosophie du XXᵉ siècle. Strawson y défend l’idée que le concept de personne est primitif et irréductible. Une personne n’est pas un composé de corps et d’esprit, ni un esprit attaché accidentellement à un corps. Elle constitue une entité unique à laquelle s’appliquent deux types de prédicats : les prédicats corporels (« pèse 70 kilos ») et les prédicats psychologiques (« pense à demain »).

Cette thèse s’oppose tant au dualisme cartésien qu’aux réductionnismes matérialistes. Strawson montre qu’attribuer des états mentaux à autrui présuppose qu’on puisse lui attribuer des propriétés corporelles permettant de l’identifier. Le solipsisme et le scepticisme radical envers les autres esprits s’avèrent ainsi conceptuellement incohérents.

The Bounds of Sense : une relecture de Kant

Genèse de l’ouvrage

En 1959, Strawson commence à donner des cours sur la Critique de la raison pure. La structure du cursus PPE d’Oxford imposait alors l’étude de Kant comme matière obligatoire pour les spécialistes de philosophie. Strawson découvre dans la Critique « une profondeur, une ampleur, une audace et une puissance sans équivalent » dans ce qu’il avait lu jusqu’alors.

The Bounds of Sense paraît en 1966. Le titre fait écho à celui que Kant avait un temps envisagé pour son propre ouvrage : Les limites de la sensibilité et de la raison. Mais le mot anglais « sense » joue sur une double signification — sensation et signification — qui résume le projet strawsonien : déterminer les limites de ce qui peut être légitimement pensé.

Sauver Kant de lui-même

L’approche de Strawson est résolument sélective. Il distingue dans l’œuvre de Kant un noyau argumentatif durable et un appareil métaphysique inacceptable. L’idéalisme transcendantal — la doctrine selon laquelle nous ne connaissons que les phénomènes et non les choses en soi — relève de cette seconde catégorie. Strawson le juge incohérent, allant jusqu’à qualifier certains passages de Kant comme procédant « par un non sequitur d’une grossièreté paralysante ».

En revanche, la Déduction transcendantale recèle selon lui des arguments précieux. Kant y établit que toute expérience unifiée présuppose l’application de concepts d’objectivité. Pour qu’un sujet puisse être conscient de ses états comme siens, il doit pouvoir distinguer l’ordre de ses expériences de l’ordre des objets qui les causent. Cette thèse, débarrassée de son habillage idéaliste, fournit une réponse au scepticisme empiriste.

Influence et controverses

The Bounds of Sense a profondément renouvelé les études kantiennes dans le monde anglophone. Il a suscité un intérêt considérable pour les arguments transcendantaux — ces raisonnements qui déduisent les conditions nécessaires de possibilité de l’expérience ou de la pensée. Des philosophes comme Jonathan Bennett, Paul Guyer ou Henry Allison ont poursuivi ce dialogue critique avec Kant que Strawson avait initié.

L’ouvrage a toutefois été contesté par ceux qui jugent son interprétation trop « austère » ou insuffisamment charitable envers l’idéalisme transcendantal. Lucy Allais observe qu’il serait impossible de publier aujourd’hui un livre sur Kant aussi dépourvu de bibliographie secondaire. Strawson ne prétendait pas faire œuvre d’historien de la philosophie mais de philosophe dialoguant avec un prédécesseur.

« Freedom and Resentment » et la responsabilité morale

Les attitudes réactives

L’essai « Freedom and Resentment », publié en 1962, constitue l’une des contributions les plus influentes au débat sur le libre arbitre et la responsabilité morale. Strawson y propose une approche radicalement nouvelle qui déplace la question du terrain métaphysique vers le terrain pratique.

Le point de départ est l’observation de nos attitudes réactives : ressentiment, gratitude, indignation, culpabilité, amour. Ces attitudes structurent nos relations interpersonnelles et expriment des attentes de bonne volonté et de respect mutuel. Lorsque quelqu’un nous offense, nous éprouvons du ressentiment ; lorsqu’il nous aide, de la gratitude. Ces réactions ne sont pas de simples jugements froids mais des engagements affectifs envers autrui.

Naturalisme et réconciliation

Strawson soutient que ces attitudes font partie de notre nature humaine de manière si fondamentale qu’il serait « pratiquement inconcevable » d’y renoncer. La question abstraite de savoir si le déterminisme est vrai devient alors secondaire. Même si tous nos actes étaient causalement déterminés, nous ne pourrions pas abandonner notre participation aux formes de vie qui reposent sur les attitudes réactives.

Cette position ne nie pas que certaines circonstances suspendent légitimement ces attitudes. Face à un enfant, un malade mental ou quelqu’un agissant sous contrainte, nous adoptons une « attitude objective » qui met entre parenthèses le ressentiment ou la gratitude. Mais ces suspensions locales n’impliquent pas qu’une suspension générale soit possible ou souhaitable.

Strawson entend ainsi réconcilier les « optimistes » (compatibilistes) et les « pessimistes » (incompatibilistes) en montrant que le débat traditionnel manque l’essentiel. La responsabilité morale ne dépend pas d’une liberté métaphysique introuvable mais s’inscrit dans le tissu de nos relations humaines.

Maturité et reconnaissance

Une position dominante à Oxford

En 1968, Strawson succède à Gilbert Ryle comme Waynflete Professor of Metaphysical Philosophy à Magdalen College, Oxford. Cette chaire prestigieuse consacre sa position de premier plan dans la philosophie britannique. Élu Fellow de la British Academy dès 1960, il devient membre honoraire étranger de l’American Academy of Arts and Sciences en 1971 et préside l’Aristotelian Society en 1969-1970.

Son influence s’exerce autant par son enseignement que par ses publications. Ses tutoriels sont réputés pour leur intensité et leur rigueur. Des générations d’étudiants se forment à la philosophie à travers la lecture de ses textes, devenus des classiques pédagogiques.

Œuvres de la maturité

Subject and Predicate in Logic and Grammar (1974) prolonge les analyses d’Individuals sur la distinction sujet-prédicat. Strawson y examine les asymétries entre expressions référentielles et expressions prédicatives, poursuivant son exploration des structures fondamentales du langage et de la pensée.

Skepticism and Naturalism: Some Varieties (1985) synthétise sa position épistémologique. Strawson y distingue plusieurs formes de naturalisme et de scepticisme, défendant un naturalisme « modéré » qui reconnaît l’inévitabilité de nos engagements conceptuels fondamentaux sans prétendre les justifier de l’extérieur.

Analysis and Metaphysics: An Introduction to Philosophy (1992) offre une introduction accessible à sa conception de la philosophie. L’ouvrage expose sa méthode d’analyse connective, qui explore les liens entre concepts plutôt que de chercher à les réduire les uns aux autres.

Anoblissement et dernières années

En 1977, Peter Strawson est anobli pour services rendus à la philosophie. Il devient Sir Peter Strawson, distinction rare pour un universitaire. Sa retraite en 1987 ne met pas fin à son activité philosophique. Il retourne à University College, Oxford, qui lui fournit des bureaux jusqu’à sa mort.

Strawson meurt le 13 février 2006 à l’hôpital, après une brève maladie. Il avait quatre-vingt-six ans. Son épouse Ann et lui étaient restés à Oxford toute leur vie adulte.

Réception et postérité

Une influence durable

Les nécrologies saluent unanimement la stature exceptionnelle du philosophe. The Guardian note qu’« Oxford était la capitale mondiale de la philosophie entre 1950 et 1970, et les universitaires américains y affluaient plutôt que l’inverse. Cet âge d’or n’eut pas de plus grand philosophe que Sir Peter Strawson ». The Times le décrit comme « un philosophe d’une envergure sans égale qui apporta des contributions incisives et influentes aux problèmes du langage et de la métaphysique ».

L’influence de Strawson s’exerce dans plusieurs directions. En philosophie du langage, la notion de présupposition a engendré une littérature considérable en sémantique et en pragmatique. En métaphysique, le projet d’une description de notre schème conceptuel a inspiré des travaux comme The Varieties of Reference de Gareth Evans ou Sameness and Substance de David Wiggins.

Un héritage vivant

La distinction entre métaphysique descriptive et révisioniste structure encore les débats contemporains. L’approche strawsonienne des attitudes réactives a ouvert un champ de recherche florissant sur les fondements de la responsabilité morale. Des philosophes comme Gary Watson, R. Jay Wallace ou Michael McKenna poursuivent ce programme.

En 2011, Galen Strawson et Michelle Montague publient Philosophical Writings, recueil posthume des écrits de P. F. Strawson. La réédition d’Individuals et de The Bounds of Sense dans la collection Routledge Classics atteste la vitalité de cette œuvre. Des volumes collectifs continuent de paraître, témoignant d’un intérêt soutenu pour sa pensée.

L’actualité d’une pensée

L’œuvre de Peter Strawson conserve une pertinence remarquable. Son insistance sur l’irréductibilité de nos catégories ordinaires offre un contrepoint salutaire aux tentatives de naturalisation radicale de l’esprit. Sa défense du concept de personne comme primitif nourrit les débats contemporains en philosophie de l’esprit et en éthique.

La métaphysique descriptive qu’il a fondée propose une voie moyenne entre le scientisme réductionniste et le relativisme. Nos concepts fondamentaux ne sont pas de simples constructions arbitraires, mais ils ne reflètent pas non plus une structure du monde indépendante de toute perspective humaine. Ils constituent le cadre indispensable à partir duquel nous pensons et agissons.

Strawson aura ainsi démontré qu’on peut pratiquer la philosophie analytique avec la plus grande rigueur tout en abordant les questions les plus traditionnelles de la métaphysique. Son œuvre réconcilie l’attention au langage ordinaire et l’ambition systématique, l’héritage de Kant et les exigences de la clarté analytique. Cette synthèse demeure un modèle pour la philosophie contemporaine.

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