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  1. Définition et étymologie
  2. Origine philosophique
  3. Structure de la théorie
  4. Variantes du fondationnalisme
  5. Critiques majeures
  6. Développements contemporains
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Fondationnalisme

  • 25/01/2026
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Définition et étymologie

Le fondationnalisme (en anglais foundationalism) désigne une théorie épistémologique selon laquelle la structure de la connaissance et de la justification repose sur des croyances de base, dites « fondamentales » ou « basiques », qui n’ont pas besoin d’être elles-mêmes justifiées par d’autres croyances. Ces croyances fondamentales servent ensuite de socle à partir duquel toutes les autres croyances peuvent être dérivées et justifiées.

Le terme provient du latin fundamentum (« fondation », « base »), lui-même dérivé de fundare (« fonder »). Cette étymologie éclaire la métaphore architecturale qui sous-tend la théorie : de même qu’un édifice repose sur des fondations solides, l’ensemble de nos connaissances reposerait sur des croyances premières, indémontrables mais certaines.

Origine philosophique

Le fondationnalisme trouve son expression classique chez René Descartes dans les Méditations métaphysiques (1641). Face au scepticisme, Descartes entreprend de douter méthodiquement de toutes ses croyances pour identifier celles qui résistent absolument au doute. Il découvre dans le cogito (« je pense, donc je suis ») une certitude indubitable qui peut servir de fondement à la reconstruction de l’édifice du savoir. Cette croyance basique, immédiatement évidente à la conscience, ne requiert aucune justification extérieure.

Avant Descartes, Aristote avait déjà formulé une idée fondationnaliste dans les Seconds Analytiques. Pour éviter une régression à l’infini dans la démonstration, il postule l’existence de principes premiers, connus par noûs (intellection directe), qui servent de prémisses indémontrables aux syllogismes scientifiques.

Structure de la théorie

Le fondationnalisme répond au problème de la régression épistémique, formulé ainsi : si toute croyance doit être justifiée par une autre croyance, et celle-ci par une autre encore, on s’engage dans une régression infinie qui rend impossible toute justification véritable. Le fondationnalisme résout ce problème en postulant deux types de croyances :

Les croyances basiques (basic beliefs) sont auto-justifiées ou immédiatement justifiées. Elles tirent leur justification non d’autres croyances, mais de sources non-doxastiques : l’évidence rationnelle, l’expérience sensorielle directe, l’intuition intellectuelle ou la mémoire.

Les croyances dérivées sont justifiées par leur relation inférentielle avec les croyances basiques, formant ainsi une structure pyramidale de la connaissance.

Variantes du fondationnalisme

Le fondationnalisme classique ou « fort », défendu par Descartes et les rationalistes, exige que les croyances basiques soient absolument certaines, infaillibles et incorrigibles. Seules les vérités nécessaires de la raison ou les données immédiates de la conscience satisfont ces critères stricts.

Le fondationnalisme modéré, développé au XXe siècle notamment par Roderick Chisholm, assouplit ces exigences. Les croyances basiques n’ont pas besoin d’être infaillibles ; il suffit qu’elles possèdent un degré de justification prima facie, susceptible d’être défait par des considérations ultérieures. Cette version admet les croyances perceptuelles ordinaires comme fondamentales.

Le fondationnalisme empiriste, représenté par les positivistes logiques comme Moritz Schlick et Rudolf Carnap, identifie les croyances basiques aux énoncés d’observation ou aux « énoncés protocolaires » décrivant l’expérience sensorielle immédiate.

Critiques majeures

Wilfrid Sellars, dans « Empiricism and the Philosophy of Mind » (1956), attaque ce qu’il nomme le « mythe du donné » (Myth of the Given). Selon lui, l’idée d’une expérience sensorielle brute, antérieure à toute conceptualisation et capable de justifier nos croyances, est une illusion. Toute connaissance, même perceptuelle, est déjà médiatisée par des concepts et donc par d’autres croyances.

Le cohérentisme, défendu par Laurence BonJour (avant sa conversion au fondationnalisme) et Keith Lehrer, propose une alternative : la justification ne procède pas verticalement depuis des fondations, mais horizontalement par la cohérence mutuelle entre croyances au sein d’un système. Une croyance est justifiée si elle s’intègre harmonieusement dans un réseau cohérent de croyances.

Le fiabilisme de Alvin Goldman offre une autre approche : une croyance est justifiée si elle est produite par un processus cognitif fiable, indépendamment de toute structure fondationnelle ou cohérentiste.

Développements contemporains

Le fondationnalisme connaît un renouveau significatif dans l’épistémologie analytique contemporaine. Alvin Plantinga développe un « fondationnalisme réformé » qui élargit considérablement la classe des croyances proprement basiques, y incluant les croyances religieuses et les croyances formées par des facultés cognitives fonctionnant correctement selon leur design.

Ernest Sosa propose une « épistémologie de la vertu » qui intègre des éléments fondationnalistes dans un cadre plus large, distinguant la connaissance « animale » (basique, perceptuelle) de la connaissance « réflective » (justifiée de manière cohérentiste).

Le débat entre fondationnalisme et cohérentisme demeure l’un des axes structurants de l’épistémologie contemporaine, chaque position ayant engendré des versions de plus en plus sophistiquées pour répondre aux objections adverses.

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