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  1. Définition et étymologie
  2. Position dans le débat épistémologique
  3. Développement historique
  4. Formes contemporaines
  5. Objections classiques
  6. Cohérentisme et vérité
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Cohérentisme

  • 26/01/2026
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Définition et étymologie

Le cohérentisme désigne une théorie épistémologique selon laquelle la justification d’une croyance ne provient pas de son ancrage dans des croyances fondamentales, mais de son intégration harmonieuse au sein d’un système de croyances mutuellement cohérentes. Une croyance est justifiée dans la mesure où elle s’accorde avec l’ensemble des autres croyances que possède un sujet.

Le terme dérive du latin cohaerere (« être attaché ensemble », « adhérer »), formé de co- (« avec ») et haerere (« être fixé »). Cette étymologie souligne l’idée d’un ensemble dont les éléments se tiennent réciproquement, sans qu’aucun ne serve de support premier aux autres.

Position dans le débat épistémologique

Le cohérentisme se présente comme une alternative au fondationnalisme dans la résolution du problème de la régression épistémique. Face à la question « qu’est-ce qui justifie une croyance ? », trois réponses structurelles sont possibles : la régression infinie (chaque croyance est justifiée par une autre, indéfiniment), le fondationnalisme (certaines croyances basiques arrêtent la régression) et le cohérentisme (la justification est circulaire mais non vicieuse, car elle procède du système entier).

Le cohérentisme refuse l’image pyramidale de la connaissance au profit d’une métaphore réticulaire : les croyances forment un réseau ou une toile où chaque élément soutient et est soutenu par les autres. Otto Neurath, figure du Cercle de Vienne, comparait notre système de croyances à un navire que nous devons réparer en pleine mer, planche par planche, sans jamais pouvoir le reconstruire entièrement à sec.

Développement historique

Bien que le terme soit moderne, des intuitions cohérentistes apparaissent chez les idéalistes allemands. Hegel conçoit la vérité comme le tout (das Ganze) : une proposition isolée n’est ni vraie ni fausse, elle n’acquiert sa signification et sa vérité que dans le système complet du savoir absolu. Francis Herbert Bradley, idéaliste britannique, développe explicitement une théorie cohérentiste de la vérité dans Appearance and Reality (1893).

Au XXe siècle, le cohérentisme épistémologique se distingue du cohérentisme aléthique (théorie de la vérité). Willard Van Orman Quine, dans « Two Dogmas of Empiricism » (1951), ébranle la distinction analytique/synthétique et défend un holisme épistémologique : nos croyances affrontent l’expérience « en corps constitué » (as a corporate body), non individuellement. Aucun énoncé n’est immunisé contre la révision si le système l’exige.

Formes contemporaines

Laurence BonJour, dans The Structure of Empirical Knowledge (1985), offre la formulation la plus rigoureuse du cohérentisme contemporain. Il définit la cohérence par plusieurs critères : la consistance logique (absence de contradiction), les connexions inférentielles (liens explicatifs et déductifs entre croyances), et la complétude relative (le système répond aux questions pertinentes). Plus un système est cohérent selon ces critères, plus les croyances qu’il contient sont justifiées.

Keith Lehrer, dans Knowledge Reconsidered (2000), développe un cohérentisme qui accorde un rôle central à la métacognition : une croyance est justifiée si elle survit à la confrontation avec toutes les objections que le sujet peut concevoir, en s’appuyant sur son « système d’acceptation » global.

Donald Davidson défend un cohérentisme radical en soutenant que seule une croyance peut justifier une autre croyance. L’expérience sensorielle, n’étant pas de nature propositionnelle, ne peut entrer dans des relations de justification ; elle cause nos croyances mais ne les justifie pas.

Objections classiques

L’objection de l’isolation constitue la critique la plus redoutable. Un système de croyances peut être parfaitement cohérent tout en étant entièrement déconnecté de la réalité. Un roman de fiction bien construit présente une cohérence interne exemplaire sans décrire le monde réel. Comment le cohérentisme distingue-t-il la connaissance authentique de la fabulation cohérente ?

BonJour tente de répondre par l’« argument méta-justificatoire » : nous avons des raisons de croire que les systèmes cohérents de croyances formés spontanément tendent à être vrais, car la meilleure explication de leur cohérence est leur correspondance avec la réalité. Cette réponse a été jugée insuffisante par de nombreux critiques, et BonJour lui-même a ultérieurement abandonné le cohérentisme pour un fondationnalisme modéré.

L’objection de la circularité soutient que la justification cohérentiste est vicieusement circulaire : si A justifie B et B justifie A, aucun des deux n’est véritablement justifié. Les cohérentistes répondent que la circularité n’est vicieuse que dans les petits cercles ; quand le cercle englobe l’ensemble du système de croyances, il s’agit d’une interdépendance holiste légitime.

Cohérentisme et vérité

Il importe de distinguer le cohérentisme épistémologique (théorie de la justification) du cohérentisme aléthique (théorie de la vérité). On peut soutenir que la justification procède par cohérence tout en maintenant une conception correspondantiste de la vérité : une croyance est vraie si elle correspond aux faits, mais nous n’avons accès à cette correspondance qu’indirectement, par la cohérence de notre système doxastique.

Certains philosophes, notamment Brand Blanshard et les idéalistes, ont défendu un cohérentisme intégral où la vérité elle-même consiste en la cohérence. Cette position, plus radicale, soulève des difficultés supplémentaires concernant la possibilité de systèmes incompatibles également cohérents.

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