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Structure
  1. En raccourci
  2. Crotone et l’héritage pythagoricien
    1. L’exil et la dispersion
  3. La rupture avec la tradition orale
    1. De la nature : une audace éditoriale
  4. Métaphysique du limité et de l’illimité
    1. Les principes fondamentaux
    2. Le nombre comme principe d’intelligibilité
  5. La révolution cosmologique
    1. Le feu central et les dix corps célestes
    2. Astronomie mathématique
  6. Influence sur Platon et l’école platonicienne
    1. La rencontre avec le platonisme
    2. Le Timée et l’héritage pythagoricien
  7. Postérité et actualité de la pensée
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Représentation fictive et imaginaire de Philolaos de Crotone, philosophe présocratique, cette image ne le représente pas réellement
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  • Présocratiques

Philolaos de Crotone (v. 470 – v. 390 av. J.-C.) : le pythagoricien qui ébranla le géocentrisme

  • 03/01/2026
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INFOS-CLÉS

Nom d’origineΦιλόλαος / Philólaos
Nom anglaisPhilolaus
OrigineCrotone (Grande-Grèce)
Importance★★★
CourantsPythagorisme, présocratiques
Thèmesfeu central, limité et illimité, nombre, harmonie, cosmologie non-géocentrique

Philolaos de Crotone incarne une figure charnière du pythagorisme antique. Premier à consigner par écrit les doctrines de l’école pythagoricienne, il bouleverse la représentation cosmologique en détrônant la Terre de sa position centrale. Son influence façonne durablement la pensée platonicienne.

En raccourci

Né vers 470 av. J.-C. à Crotone, Philolaos traverse une époque tourmentée marquée par les persécutions antipythagoriciennes en Grande-Grèce. Contraint à l’exil après l’incendie de l’école vers 454 av. J.-C., il trouve refuge à Thèbes où il transmet son enseignement à Simmias et Cébès. Philosophe audacieux, il rompt avec la tradition orale pythagoricienne en composant De la nature, premier ouvrage à exposer systématiquement les doctrines de l’école.

Sa cosmologie propose une vision inédite : l’univers s’organise autour d’un feu central invisible, autour duquel gravitent dix corps célestes, dont la Terre elle-même. Cette théorie préfigure les remises en cause futures du géocentrisme. Philolaos fonde sa métaphysique sur le couple limité-illimité, dont l’harmonie structure le cosmos. Pour lui, rien n’existe ni ne peut être connu sans le nombre, principe d’intelligibilité universelle.

Son œuvre, dont subsistent une vingtaine de fragments authentifiés, exerce une influence décisive sur Platon, qui s’en inspire pour le Timée. Mort vers 390 av. J.-C., Philolaos laisse un héritage qui marque profondément l’histoire de la philosophie, de l’astronomie et des mathématiques grecques.

Crotone et l’héritage pythagoricien

Originaire de Crotone, cité florissante de Grande-Grèce située dans l’actuelle Calabre, Philolaos naît vers 470 av. J.-C. dans un milieu marqué par l’influence pythagoricienne. Pythagore lui-même avait fondé dans cette ville, au tournant du VIᵉ siècle, une communauté philosophique et religieuse qui rayonne sur toute l’Italie méridionale. L’atmosphère intellectuelle de Crotone demeure imprégnée de la doctrine du maître, même si celui-ci a disparu depuis plusieurs décennies.

Les sources anciennes, notamment le catalogue de Jamblique, classent Philolaos parmi les élèves directs de Pythagore. Cette filiation, chronologiquement problématique, témoigne surtout de son appartenance au pythagorisme de la première génération. L’école pythagoricienne privilégie alors la transmission orale, gardant jalousement ses enseignements sous le sceau du secret initiatique. Philolaos hérite de cette tradition ésotérique qu’il contribuera paradoxalement à briser.

L’exil et la dispersion

Vers 454 av. J.-C., une violente révolte antipythagoricienne secoue les cités de Grande-Grèce. L’école de Crotone connaît un second incendie dévastateur. Philolaos figure parmi les rares survivants qui parviennent à fuir, aux côtés de Lysis de Tarente et d’Archippe. Cette catastrophe marque un tournant décisif dans l’histoire du pythagorisme : la dispersion géographique des disciples transforme progressivement la nature de leur enseignement.

Contraint à l’errance, Philolaos trouve d’abord refuge à Lucanie avant de s’établir à Thèbes, en Béotie. Loin de la Grande-Grèce, il développe son activité philosophique dans un contexte nouveau. La cité béotienne devient un foyer de réflexion pythagoricienne où il dispense son enseignement à plusieurs disciples, parmi lesquels Simmias et Cébès acquièrent une notoriété particulière. Ces deux philosophes apparaîtront plus tard dans le Phédon de Platon, dialogue situé en 399 av. J.-C.

La rupture avec la tradition orale

De la nature : une audace éditoriale

Vers 400 av. J.-C., Philolaos accomplit un acte sans précédent dans l’histoire pythagoricienne. Il rédige De la nature (Περὶ Φύσεως), premier ouvrage à exposer par écrit les doctrines de l’école. Cette décision constitue une transgression majeure du secret initiatique qui régissait jusqu’alors la transmission du savoir pythagoricien. Les raisons de cette rupture demeurent incertaines.

L’ouvrage connaît un succès considérable dans l’Antiquité. Ménon, élève d’Aristote, en possède encore un exemplaire à la fin du IVᵉ siècle av. J.-C. Mais seule une vingtaine de fragments nous sont parvenus, accompagnés de témoignages de seconde main. L’authenticité de ces fragments a longtemps suscité des débats érudits. Au XIXᵉ siècle, Carl Schaarschmidt met en doute leur attribution, suivi par Erich Frank et Ernst Howald qui suggèrent un faux néoplatonicien.

Les travaux de Walter Burkert dans les années 1960, confirmés par Carl Huffman, établissent désormais un consensus : onze fragments (numérotés 1 à 7, 6a, 13, 16 et 17) sont authentiques. Ces textes constituent notre principale source sur la philosophie pythagoricienne du Vᵉ siècle av. J.-C.

Métaphysique du limité et de l’illimité

Les principes fondamentaux

Philolaos ouvre son traité par une affirmation audacieuse : « La nature dans le cosmos fut harmonisée à partir de choses illimitées et de choses limitantes, tant le cosmos dans son ensemble que tout ce qu’il contient. » Cette phrase synthétise sa conception métaphysique. Deux principes antagonistes structurent la réalité : le limité (to peras), qui détermine et circonscrit, et l’illimité (to apeiron), qui demeure indéfini et informe.

Loin de s’opposer frontalement, ces principes s’harmonisent (harmonia) pour engendrer la diversité du monde. Cette harmonie n’est pas une simple conciliation, mais un processus dynamique de structuration. Philolaos s’inscrit dans la tradition présocratique tout en la renouvelant : là où Anaximandre voyait dans l’apeiron un principe générateur illimité, le pythagoricien établit une dialectique entre deux forces complémentaires.

L’application cosmologique de cette théorie apparaît dans le fragment 7 : le feu central, premier élément harmonisé, résulte de la limitation spatiale (centre d’une sphère) appliquée à l’élément illimité du feu. Aristote rapporte que, dans l’étape suivante, « le temps, le souffle et le vide furent attirés depuis l’illimité ». Le cosmos naissant aspire ces éléments indéterminés pour les structurer selon des rapports numériques.

Le nombre comme principe d’intelligibilité

« Tout ce qui peut être connu possède un nombre, car sans lui rien ne peut être conçu ni connu », affirme un fragment célèbre. Pour Philolaos, le nombre ne constitue pas une abstraction mathématique, mais la structure même du réel. Cette position prolonge l’enseignement pythagoricien tout en le systématisant.

Il établit une classification géométrique selon les dimensions : le point correspond au nombre 1, la ligne au 2, la surface au 3, le volume au 4. Au-delà, les nombres acquièrent des significations symboliques : 5 représente les qualités et couleurs, 6 l’âme, 7 l’esprit, la santé et la lumière, 8 l’amitié et l’amour. La décade (10), somme de la tétractys pythagoricienne (1+2+3+4), incarne le nombre parfait par excellence.

La révolution cosmologique

Le feu central et les dix corps célestes

Philolaos accomplit une rupture majeure avec la tradition géocentrique. Pour la première fois dans la pensée grecque, la Terre perd sa position centrale et devient une planète parmi d’autres. Au centre de l’univers sphérique se trouve un feu central, foyer cosmique (hestia) distinct du Soleil, que le philosophe appelle « demeure de Zeus et mère des dieux ».

Autour de ce feu gravitent dix corps célestes, nombre exigé par la perfection de la décade : la sphère des étoiles fixes, les cinq planètes connues (Saturne, Jupiter, Mars, Vénus, Mercure), le Soleil, la Lune, la Terre, et enfin l’Antiterre (Antichthon). Cette dernière, corps hypothétique invisible depuis la Grèce car la Terre lui présente toujours la même face, complète le système numérique pythagoricien.

L’univers se divise en trois régions concentriques : l’Olympe extérieur, domaine des éléments purs ; le Cosmos intermédiaire, où évoluent les planètes, le Soleil et la Lune ; l’Ouranos intérieur, qui abrite la Terre et l’Antiterre. Philolaos attribue au Soleil la fonction de réflecteur de lumière provenant du feu central.

Astronomie mathématique

Les observations astronomiques de Philolaos ont une précision remarquable. Il évalue le mois lunaire à 29 jours et demi, l’année lunaire à 354 jours, l’année solaire à 365 jours et demi. Conscient que la Lune emprunte sa clarté au Soleil, il affirme la sphéricité des astres, contre Anaxagore qui les croyait plats.

Ses calculs sur la Grande Année cosmique, cycle de retour des phénomènes astronomiques, aboutissent à 729 mois.

Cette arithmétisation du cosmos illustre la conviction pythagoricienne que les rapports numériques gouvernent les phénomènes célestes, préfigurant l’harmonie des sphères.

Influence sur Platon et l’école platonicienne

La rencontre avec le platonisme

Selon Diogène Laërce, Platon aurait voyagé en Italie peu après la mort de Socrate (399 av. J.-C.) pour rencontrer Philolaos et Eurytos. Une tradition plus romanesque, rapportée par Hermippe de Smyrne, prétend que Platon aurait acquis le livre de Philolaos pour quarante mines alexandrines, soit par achat auprès des héritiers du philosophe, soit en échange d’une grâce accordée par le tyran Denys à un disciple de Philolaos condamné à mort.

Les spécialistes considèrent l’histoire de l’achat comme probablement apocryphe, forgée pour authentifier des traités pseudo-pythagoriciens. Néanmoins, les affinités doctrinales entre Philolaos et Platon sont indéniables. Le Philèbe évoque explicitement la tradition ancienne selon laquelle « tout ce qui existe est fait d’un et de multiple et comporte dans sa nature de la limite et de l’illimité » (16c), formulation qui rappelle directement le fragment 1 de Philolaos.

Le Timée et l’héritage pythagoricien

L’influence majeure de Philolaos se manifeste dans le Timée, dialogue cosmologique composé vers 358 av. J.-C. Platon y développe une vision mathématique de l’univers qui doit beaucoup à Philolaos. L’association des quatre éléments aux polyèdres réguliers, la structure harmonique de l’âme du monde selon des rapports numériques, la sphéricité du cosmos sont autant de thèmes philolaïques revisités.

Speusippe, neveu et successeur de Platon à l’Académie, rédige un traité Sur les nombres pythagoriciens entièrement fondé sur la lecture de Philolaos. Aristote lui-même, bien qu’il ne cite jamais explicitement le nom de Philolaos, puise dans ses fragments l’essentiel des informations qu’il fournit sur le pythagorisme. La métaphysique aristotélicienne, avec ses notions de limitants et d’illimités, d’harmonie cosmique et de système astronomique non-géocentrique, correspond en de nombreux points aux témoignages et fragments attribués à Philolaos.

Postérité et actualité de la pensée

Philolaos meurt vers 390 av. J.-C., probablement à Thèbes. Sa contribution à l’histoire de la pensée s’avère considérable à plusieurs titres. En brisant le secret pythagoricien, il permet la transmission d’un corpus doctrinal qui aurait pu sombrer dans l’oubli. Sa cosmologie pyrocentrique préfigure les remises en cause ultérieures du géocentrisme : Nicolas Copernic lui-même, dans le De revolutionibus (1543), mentionne que Philolaos connaissait déjà la révolution de la Terre autour d’un centre, quoique ce centre ne fût pas le Soleil.

De Platon à Galilée, de Kepler (L’Harmonie du monde, 1619) aux théoriciens modernes de la physique mathématique, cette conviction que « tout est connaissable par le nombre » demeure un fil conducteur de la pensée occidentale.

Philolaos demeure ainsi une figure à la fois centrale et énigmatique du pythagorisme, pont essentiel entre Pythagore et Platon dans la transmission d’une pensée qui a façonné durablement la civilisation grecque.

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