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Structure
  1. En raccourci
  2. Origines dans l’élite savante balkhe
    1. Naissance dans un contexte de bouleversements
    2. L’exil face à la menace mongole
    3. Installation à Konya et formation complète
  3. La rencontre décisive avec Shams de Tabriz
    1. L’arrivée du derviche errant
    2. Retraite spirituelle et transformation radicale
    3. Disparition mystérieuse et deuil créateur
  4. L’œuvre poétique : célébration de l’amour divin
    1. Le Divan-e Shams : fusion mystique en vers
    2. Musique, danse et expression corporelle du sacré
  5. Le Mathnawi : somme poétique de l’enseignement spirituel
    1. Composition d’une œuvre didactique majeure
    2. Méthode herméneutique et interprétation allégorique
    3. Pédagogie de la transformation
  6. Enseignement à Konya et formation d’une communauté spirituelle
    1. Succession de compagnons spirituels
    2. Organisation d’un cercle d’enseignement
    3. Relations avec les autorités et la société
  7. Mort et naissance de l’ordre Mevlevi
    1. Dernières années et trépas
    2. Fondation de l’ordre des derviches tourneurs
  8. Influence durable et réception contemporaine
    1. Diffusion dans le monde islamique
    2. Redécouverte occidentale contemporaine
    3. Actualité de l’enseignement
  9. Un héritage spirituel universel
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Jalal ad-Din Muhammad Rumi (1207–1273) : l’amour divin et la transformation spirituelle

  • 01/11/2025
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Nom d’origineJalāl ad-Dīn Muḥammad Balkhī (جلال‌الدین محمد بلخى)
OrigineBalkh (actuel Afghanistan), Anatolie seldjoukide
Importance★★★★★
CourantsPhilosophie islamique médiévale, soufisme, poésie mystique
ThèmesAmour divin, union mystique, transformation spirituelle, ordre Mevlevi, derviches tourneurs, poésie persane

Poète mystique et théologien soufi du 13ᵉ siècle, Rumi développe une conception de l’amour divin capable de transformer radicalement l’expérience humaine.

En raccourci

Né à Balkh en 1207, Rumi grandit dans une famille de savants religieux avant de s’établir à Konya, capitale du sultanat seldjoukide d’Anatolie. Formé aux sciences islamiques traditionnelles, il enseigne d’abord selon les méthodes orthodoxes.

Sa rencontre avec Shams de Tabriz en 1244 bouleverse son existence. Ce derviche errant l’introduit à une spiritualité radicale fondée sur l’amour absolu et l’annihilation du moi. Rumi compose alors des milliers de vers célébrant l’union avec le Bien-Aimé divin.

Après la disparition de Shams, il poursuit son enseignement spirituel et rédige son œuvre majeure, le Mathnawi, vaste poème didactique explorant les voies de la transformation intérieure. Ses disciples fondent l’ordre Mevlevi, dont la danse tourbillonnante symbolise l’ascension vers Dieu.

Son influence dépasse largement le monde islamique. Sa poésie continue d’inspirer chercheurs spirituels et lecteurs contemporains par sa vision d’un amour capable de transcender toutes les séparations.

Origines dans l’élite savante balkhe

Naissance dans un contexte de bouleversements

Jalal ad-Din Muhammad naît en septembre 1207 à Balkh, cité florissante de la Transoxiane située dans l’actuel Afghanistan. Son père, Baha ad-Din Walad, occupe une position éminente en tant que prédicateur, théologien et maître soufi reconnu. La famille appartient à l’élite intellectuelle et religieuse d’une région alors prospère sous domination khwarezm-shah.

Les premières années de l’enfant se déroulent dans un environnement marqué par l’érudition islamique. Balkh constitue un centre majeur de savoir où se croisent influences persanes, turques et arabes. Baha ad-Din y dirige un cercle d’enseignement spirituel attirant disciples et étudiants. Cette immersion précoce dans les sciences religieuses façonne l’horizon intellectuel du jeune Muhammad.

L’exil face à la menace mongole

En 1219, l’invasion mongole menée par Gengis Khan contraint la famille à quitter Balkh. L’exode se prolonge pendant plusieurs années à travers la Perse, la Syrie et l’Arabie. Le périple permet au jeune homme d’approfondir sa formation auprès de différents maîtres. La famille séjourne notamment à Nichapour, où Muhammad rencontre le poète mystique Attar, qui lui remet selon la tradition un exemplaire de son Livre des secrets.

Cette errance façonne profondément sa sensibilité. Les déplacements successifs, la perte des repères familiaux, l’exposition à diverses traditions spirituelles développent chez lui une ouverture aux formes variées de l’expérience religieuse. Le traumatisme collectif de l’exil nourrit également une conscience aiguë de l’impermanence des réalités terrestres.

Installation à Konya et formation complète

En 1228, la famille s’établit définitivement à Konya, capitale du sultanat seldjoukide d’Anatolie. Le sultan Ala ad-Din Kay-Qubad accueille favorablement Baha ad-Din, lui confiant une chaire d’enseignement dans une madrasa. Muhammad poursuit son apprentissage des sciences islamiques traditionnelles : jurisprudence hanafite, théologie ash’arite, exégèse coranique. Il étudie aussi la philosophie, la logique et les sciences naturelles selon le curriculum habituel des érudits de son temps.

Après la mort de son père en 1231, Muhammad, alors âgé de vingt-quatre ans, lui succède dans ses fonctions d’enseignement. Il devient un prédicateur apprécié, commentant les textes sacrés selon les méthodes conventionnelles. Rien ne laisse encore présager la transformation spirituelle à venir. Pendant treize années, il mène l’existence ordinaire d’un savant religieux respecté, marié, père de famille, inséré dans les réseaux intellectuels de Konya.

La rencontre décisive avec Shams de Tabriz

L’arrivée du derviche errant

Le 15 novembre 1244, un événement bouleverse l’existence de Muhammad : sa rencontre avec Shams ad-Din de Tabriz. Ce derviche d’une soixantaine d’années, connu pour son tempérament farouche et ses méthodes spirituelles non conventionnelles, arrive à Konya après des décennies d’errance à travers le monde islamique. Cherchant un disciple capable de recevoir son enseignement, il identifie en Muhammad le réceptacle adéquat.

Les sources décrivent leur première rencontre comme un choc foudroyant. Shams interroge Muhammad sur la nature de la connaissance véritable, remettant en cause les certitudes du savant. Selon certains récits, il jette les livres de Muhammad dans un bassin, affirmant que la science livresque constitue un voile masquant l’expérience directe du divin. Cette provocation initie une relation d’une intensité extraordinaire.

Retraite spirituelle et transformation radicale

Durant plusieurs mois, les deux hommes se retirent du monde, s’enfermant dans une cellule pour se consacrer à la pratique spirituelle intensive. Cette retraite (khalwa) traditionnelle dans le soufisme prend chez eux une forme extrême. Muhammad délaisse ses activités d’enseignement, néglige ses obligations sociales, se coupe de ses disciples habituels. L’entourage s’inquiète de cette rupture brutale avec son mode de vie antérieur.

Shams introduit Muhammad à une voie mystique fondée sur l’annihilation du moi (fana) par l’amour absolu. La dévotion ne doit plus se limiter aux pratiques rituelles codifiées mais engager l’être entier dans une passion dévorante pour le divin. Cette pédagogie du choc vise à briser les structures mentales ordinaires pour permettre l’émergence d’une conscience transformée. Muhammad découvre une dimension de l’expérience religieuse radicalement différente de sa formation académique.

Disparition mystérieuse et deuil créateur

En mars 1246, Shams disparaît soudainement de Konya, probablement chassé par l’hostilité des disciples jaloux de Muhammad. Celui-ci sombre dans un désespoir profond. Il entreprend de retrouver son maître, voyageant jusqu’à Damas où Shams s’est réfugié. Les deux hommes se retrouvent et rentrent ensemble à Konya.

Leur seconde période commune dure jusqu’en décembre 1247, date de la disparition définitive de Shams. Les circonstances exactes demeurent obscures – assassinat probable, fuite volontaire ? Muhammad ne reverra jamais son maître. Cette perte le plonge dans un processus de deuil qui devient le moteur d’une production poétique considérable. Cherchant à maintenir la présence de l’absent, il compose des milliers de vers où il s’identifie à Shams, signant même ses poèmes du nom de celui-ci.

L’œuvre poétique : célébration de l’amour divin

Le Divan-e Shams : fusion mystique en vers

De 1247 à sa mort, Muhammad – désormais connu sous le titre honorifique de Mawlana (« notre maître ») ou Rumi (« le Roumi », c’est-à-dire l’Anatolien) – compose une œuvre poétique monumentale. Le Divan-e Shams-e Tabrizi (« Recueil de Shams de Tabriz ») rassemble environ quarante mille vers organisés en ghazals, forme poétique persane associée traditionnellement à l’amour courtois.

Rumi détourne ce genre profane pour exprimer l’amour mystique. Le Bien-Aimé auquel s’adressent ces poèmes n’est autre que Dieu lui-même, dont Shams constitue la manifestation terrestre. Les vers célèbrent l’ivresse spirituelle, la dissolution de l’ego, l’union extatique avec le divin. La langue, d’une beauté formelle remarquable, combine métaphores audacieuses et images sensorielles pour évoquer des états de conscience transcendants.

Cette poésie refuse la distance contemplative. Elle plonge dans l’expérience immédiate de la transformation spirituelle, utilisant le langage de la passion amoureuse pour décrire des réalités ineffables. L’ivresse du vin, motif récurrent, symbolise l’état de conscience modifié permettant la perception directe du réel divin voilé par les apparences ordinaires.

Musique, danse et expression corporelle du sacré

Parallèlement à l’écriture, Rumi développe des pratiques corporelles d’expression spirituelle. La musique et la danse deviennent des moyens privilégiés d’accès à l’extase. Il institue des séances de samā’ (« audition spirituelle ») où les participants, stimulés par la musique et le chant, entrent dans un état de transe propice à l’expérience mystique.

Le tourbillonnement des derviches, qui deviendra la pratique emblématique de l’ordre Mevlevi, s’enracine dans ces expériences. Le mouvement circulaire du danseur symbolise les révolutions des planètes autour du soleil divin. Le corps participe ainsi à l’élévation spirituelle, contredisant les conceptions dualistes qui opposent chair et esprit. Cette valorisation de la corporéité dans la quête mystique constitue un aspect original de l’enseignement de Rumi.

Le Mathnawi : somme poétique de l’enseignement spirituel

Composition d’une œuvre didactique majeure

À partir de 1258, encouragé par son disciple Husam ad-Din Chalabi, Rumi entreprend la rédaction du Mathnawi-ye Ma’nawi (« Distiques spirituels »). Cette œuvre colossale, composée de vingt-six mille vers répartis en six livres, constitue une somme de l’enseignement soufi. Le poème didactique entrelace récits, paraboles, commentaires coraniques et réflexions philosophiques pour guider le chercheur spirituel sur la voie de la transformation intérieure.

La structure narrative du Mathnawi repose sur l’enchâssement de multiples histoires. Chaque récit illustre un principe spirituel, une étape du parcours mystique ou un obstacle à surmonter. Les personnages – animaux parlants, saints, prophètes, figures historiques – servent de supports à une pédagogie de la sagesse. Le lecteur progresse ainsi de couche en couche vers une compréhension plus profonde des mystères divins.

Méthode herméneutique et interprétation allégorique

Rumi développe une herméneutique spirituelle sophistiquée appliquée aux textes sacrés et aux phénomènes du monde. Chaque élément de la réalité visible renvoie à une signification cachée accessible uniquement par l’intuition mystique. Cette approche allégorique transforme l’univers entier en un vaste système de symboles orientant vers le divin.

Le Mathnawi présente ainsi une cosmologie spirituelle complexe. Les niveaux de réalité s’étagent depuis la matière brute jusqu’à l’union divine, chaque degré préparant l’accès au suivant. L’âme humaine traverse différents états – minéral, végétal, animal, humain, angélique – dans son ascension vers sa source originelle. Cette vision évolutive de la conscience anticipe certaines conceptions modernes du développement spirituel.

Pédagogie de la transformation

L’enseignement du Mathnawi vise la transformation effective du lecteur. Les histoires ne transmettent pas seulement des connaissances théoriques mais induisent des modifications de perception et de conscience. La répétition de certains thèmes, les variations sur des motifs récurrents, les paradoxes apparents travaillent à déstabiliser les schémas mentaux ordinaires.

Rumi insiste particulièrement sur le dépassement de l’ego individuel (nafs). Ce moi empirique, centre apparent de l’identité personnelle, constitue selon lui le principal obstacle à la réalisation spirituelle. Sa dissolution progressive par l’amour et la pratique spirituelle permet l’émergence du Soi véritable, identique à l’essence divine présente en chaque être. Cette anthropologie mystique fonde une pratique spirituelle exigeante et radicale.

Enseignement à Konya et formation d’une communauté spirituelle

Succession de compagnons spirituels

Après la disparition de Shams, Rumi trouve dans deux autres compagnons les interlocuteurs nécessaires à sa maturation spirituelle. Salah ad-Din Zarkub, orfèvre illettré de Konya, devient son proche ami de 1248 à 1258. Cette relation déconcerte les disciples intellectuels : comment le maître peut-il s’attacher à un simple artisan ? Rumi enseigne ainsi par l’exemple que la réalisation spirituelle ne dépend pas du savoir livresque mais de la pureté du cœur.

Puis Husam ad-Din Chalabi, disciple cultivé et organisé, prend le relais jusqu’à la mort du maître. C’est lui qui incite Rumi à composer le Mathnawi et qui en assure la mise par écrit. Cette succession de compagnons illustre les différentes dimensions de la relation maître-disciple dans le soufisme. Chacun apporte à Rumi ce dont il a besoin aux différentes étapes de son évolution.

Organisation d’un cercle d’enseignement

Autour de Rumi se constitue progressivement une communauté de disciples (murid) suivant son enseignement spirituel. Les séances réunissent des participants d’origines sociales diverses – artisans, marchands, fonctionnaires, intellectuels. Cette ouverture sociale caractérise la pédagogie de Rumi : la voie mystique ne connaît pas de frontières de classe, d’ethnie ou de religion.

L’enseignement combine exposés doctrinaux, pratiques rituelles, méditations et séances de samā’. Rumi adapte sa méthode à chaque disciple selon ses capacités et ses besoins. Certains reçoivent un enseignement ésotérique poussé, d’autres suivent une voie plus conventionnelle. Cette souplesse pédagogique permet au maître de toucher des publics variés tout en préservant l’authenticité de la transmission spirituelle.

Relations avec les autorités et la société

Malgré le caractère hétérodoxe de certaines de ses pratiques, Rumi maintient de bonnes relations avec les autorités seldjoukides. Les sultans respectent sa sainteté et sollicitent ses conseils. Cette position lui permet de protéger sa communauté des accusations de déviance qui menacent périodiquement les soufis.

Il conserve également des liens avec les milieux d’érudits orthodoxes, même si ses anciennes fonctions d’enseignant académique passent au second plan. Cette double appartenance – au monde de la science religieuse conventionnelle et à celui de l’expérience mystique – caractérise sa position unique dans le paysage intellectuel anatolien du 13ᵉ siècle. Elle facilite la diffusion ultérieure de son enseignement au-delà des cercles soufis restreints.

Mort et naissance de l’ordre Mevlevi

Dernières années et trépas

Les dernières années de Rumi se déroulent à Konya, centre de son activité spirituelle. Malgré la maladie et l’affaiblissement physique, il poursuit son enseignement et continue de recevoir disciples et visiteurs. Sa réputation de saint s’étend bien au-delà de l’Anatolie. Des voyageurs viennent de contrées lointaines solliciter sa bénédiction ou son conseil.

Il meurt le 17 décembre 1273, âgé de soixante-six ans. Ses funérailles donnent lieu à des manifestations de deuil exceptionnelles. Musulmans, chrétiens et juifs de Konya participent aux cérémonies, témoignant du rayonnement universel du maître. Les sources rapportent que différentes communautés religieuses récitèrent leurs prières autour de son cercueil, illustrant le caractère inclusif de son message spirituel.

Fondation de l’ordre des derviches tourneurs

Sultan Walad, fils de Rumi, organise la communauté des disciples en confrérie structurée. Sous sa direction puis celle de ses successeurs, se développe l’ordre Mevlevi, du nom honorifique de Rumi (Mawlana). Cette confrérie institutionnalise les pratiques spirituelles élaborées par le maître, notamment le samā’ et la danse tourbillonnante.

Les derviches Mevlevi établissent des couvents (tekke) à travers l’Empire ottoman. Ils développent un rituel élaboré combinant musique, poésie et danse. La cérémonie du samā’ devient un spectacle spirituel codifié où les danseurs vêtus de blanc tourbillonnent pendant des heures, bras ouverts, paume droite vers le ciel et paume gauche vers la terre, symbolisant la médiation entre le divin et le terrestre.

L’ordre joue un rôle culturel et spirituel important dans l’Empire ottoman jusqu’à sa dissolution officielle en 1925 lors des réformes kémalistes. Il connaît depuis une renaissance, avec des communautés actives en Turquie et dans différents pays.

Influence durable et réception contemporaine

Diffusion dans le monde islamique

L’œuvre de Rumi connaît une diffusion rapide dans le monde islamique médiéval. Le Mathnawi devient un texte de référence du soufisme, commenté par de nombreux maîtres. En Perse, en Anatolie, en Inde moghole, les poèmes de Rumi nourrissent la spiritualité de générations de mystiques. Son approche de l’amour divin influence durablement la poésie persane et turque.

Au-delà des cercles soufis, ses écrits touchent un public large. La beauté formelle de sa poésie, accessible même aux non-initiés, assure sa popularité. Les histoires du Mathnawi circulent oralement, transmises de bouche à oreille, adaptées selon les contextes culturels. Cette plasticité de l’œuvre facilite son appropriation par des traditions spirituelles diverses.

Redécouverte occidentale contemporaine

À partir du 20ᵉ siècle, Rumi connaît une notoriété croissante en Occident. Les traductions de ses poèmes se multiplient, d’abord confidentielles puis grand public. Aux États-Unis particulièrement, il devient dans les années 1990 l’un des poètes les plus lus, dépassant même certains auteurs contemporains en termes de ventes.

Cette popularité occidentale repose sur une lecture souvent décontextualisée. Les traductions privilégient la dimension universaliste et humaniste de l’œuvre, minimisant parfois son ancrage islamique. Rumi devient le chantre d’un amour spirituel œcuménique, figure de dialogue interreligieux, inspirateur de développement personnel. Cette réception, bien qu’éloignée du contexte original, témoigne de la puissance évocatrice de sa poésie.

Actualité de l’enseignement

L’enseignement de Rumi conserve une pertinence pour les chercheurs spirituels contemporains. Sa vision d’une transformation radicale de la conscience par l’amour répond aux aspirations de ceux qui recherchent une spiritualité vécue plutôt qu’une adhésion dogmatique. L’accent mis sur l’expérience directe plutôt que sur les formulations théoriques résonne avec les sensibilités modernes.

Sa poésie offre également un langage pour exprimer des dimensions de l’expérience humaine difficilement saisissables par la prose conceptuelle. Les métaphores de l’ivresse, de l’amour fou, de l’annihilation du moi touchent des lecteurs en quête de voies d’intensification de l’existence ordinaire. Au-delà des appropriations diverses, l’œuvre de Rumi demeure un témoignage puissant de la capacité humaine à transcender les limites apparentes de la condition individuelle par l’ouverture au divin.

Un héritage spirituel universel

Jalal ad-Din Muhammad Rumi occupe une place singulière dans l’histoire de la pensée islamique et de la spiritualité universelle. Formé dans la tradition savante orthodoxe, il opère par sa rencontre avec Shams une conversion radicale vers l’expérience mystique immédiate. Son œuvre poétique monumentale transmet un enseignement spirituel centré sur l’amour comme voie de transformation de la conscience.

Le Mathnawi et le Divan-e Shams constituent des sommets de la littérature persane et de la poésie mystique mondiale. Par leur richesse symbolique, leur profondeur psychologique et leur beauté formelle, ils continuent de nourrir la réflexion sur les possibilités d’élévation spirituelle de l’être humain. L’ordre Mevlevi perpétue ses pratiques, offrant une voie concrète d’actualisation de son enseignement.

Au-delà des frontières confessionnelles et culturelles, Rumi parle à l’humanité de son aspiration à l’absolu et de sa capacité à transcender les limitations de l’ego par l’amour. Cette dimension universelle de son message explique sa résonance contemporaine auprès de publics éloignés de son contexte historique originel, faisant de lui l’un des maîtres spirituels les plus lus et célébrés au monde.

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