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Structure
  1. En raccourci
    1. Un environnement intellectuel favorable
    2. Formation classique et éveil philosophique
    3. Premiers travaux et conversion à la philosophie linguistique
    4. Intermède guerrier et reconnaissance académique
    5. The Concept of Mind : déconstruction du mythe cartésien
    6. Direction de Mind et rayonnement institutionnel
    7. Dilemmes philosophiques et méthode de dissolution
    8. Derniers travaux et engagement platonicien
    9. Une personnalité philosophique singulière
    10. Héritage et postérité
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Représentation imaginaire de Gilbert Ryle, philosophe britannique du 20ᵉ siècle. Cette image est fictive et ne représente pas le personnage réel.
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Gilbert Ryle (1900–1976) : dualisme cartésien vs analyse du langage

  • 15/12/2025
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OrigineAngleterre
Importance★★★★★
CourantsPhilosophie analytique, philosophie du langage ordinaire
ThèmesCritique du dualisme cartésien, erreurs de catégorie, « fantôme dans la machine », distinction savoir-comment/savoir-que, analyse du langage ordinaire

Philosophe britannique de premier plan au milieu du XXᵉ siècle, Gilbert Ryle formule une critique dévastatrice du dualisme cartésien et développe une méthode d’analyse philosophique fondée sur l’examen du langage ordinaire. Son œuvre majeure, The Concept of Mind, marque un tournant dans la philosophie de l’esprit contemporaine.

En raccourci

Né à Brighton en 1900, Gilbert Ryle accomplit toute sa carrière à Oxford, où il enseigne la philosophie de 1924 à 1968. Formé aux classiques puis à la philosophie, il se tourne progressivement vers l’analyse du langage ordinaire comme méthode de résolution des problèmes philosophiques.

Dans « Systematically Misleading Expressions » (1931), il montre comment la structure grammaticale superficielle des énoncés induit les philosophes en erreur sur leur structure logique réelle. Cette idée culmine dans The Concept of Mind (1949), où il démonte le dualisme cartésien en le qualifiant de « mythe du fantôme dans la machine ». Pour Ryle, parler de l’esprit ne désigne pas une substance immatérielle séparée du corps, mais renvoie à des dispositions comportementales et des capacités d’action.

Sa distinction entre savoir-comment et savoir-que renouvelle l’épistémologie. Ryle dirige la revue Mind pendant vingt-quatre ans (1947–1971), façonnant ainsi le paysage de la philosophie analytique. Sa mort en 1976, après une journée de marche dans les landes du Yorkshire, clôt une vie entièrement consacrée à la clarification conceptuelle et à l’élucidation des confusions philosophiques nées de l’usage du langage.

Un environnement intellectuel favorable

Gilbert Ryle naît le 19 août 1900 à Brighton, dans le Sussex, au sein d’une famille nombreuse de dix enfants. Son père, Reginald John Ryle, exerce la médecine générale tout en nourrissant un intérêt marqué pour la philosophie et l’astronomie. Fils de John Charles Ryle, premier évêque anglican de Liverpool, Reginald a rompu avec l’évangélisme paternel pour embrasser l’agnosticisme. Cette rupture n’empêche pas la constitution d’une bibliothèque familiale impressionnante, où le jeune Gilbert lit avec avidité ouvrages philosophiques et scientifiques.

La famille Ryle appartient à la petite noblesse terrienne du Cheshire. Les frères de Gilbert connaîtront des carrières distinguées : John Alfred deviendra professeur de médecine à Cambridge et médecin du roi George V, tandis que George Bodley dirigera les services forestiers d’Angleterre. Parmi les cousins figurent l’architecte Giles Gilbert Scott, concepteur de la centrale électrique de Battersea.

L’atmosphère intellectuelle du foyer marque profondément la formation du jeune philosophe. Selon ses propres souvenirs, l’un de ses professeurs au Brighton College lui aurait dit : « Ryle, vous excellez dans les théories mais vous êtes faible sur les faits. » Cette remarque préfigure sa trajectoire philosophique, où l’analyse conceptuelle primera sur l’enquête empirique.

Formation classique et éveil philosophique

En 1919, Ryle entre au Queen’s College d’Oxford pour étudier les classiques. Capitaine du club d’aviron de son collège, il manifeste initialement un enthousiasme modéré pour les textes anciens. La logique devient rapidement son domaine de prédilection.

Le parcours académique de Ryle s’avère exceptionnel. En 1921, il obtient une mention « très bien » (first-class honours) en Classical Honour Moderations. Deux ans plus tard, nouvelle distinction dans le cursus de literae humaniores, qui combine philosophie ancienne et moderne, histoire antique et philologie. En 1924, nouvelle mention dans le programme nouvellement créé de philosophie, politique et économie. Ce « triple first » témoigne d’une virtuosité intellectuelle rare.

L’Oxford des années 1920 est celui d’une période de transition philosophique. Les néo-hégéliens idéalistes cèdent progressivement la place, mais la philosophie analytique d’Oxford, que Ryle contribuera à établir, demeure encore à l’état embryonnaire. Contrairement à nombre de ses collègues, Ryle s’intéresse à la philosophie continentale — il étudie Bolzano, Brentano, Meinong, Husserl et Heidegger — tout en suivant attentivement les développements de Cambridge, où Moore et Russell renouvellent la discipline.

Premiers travaux et conversion à la philosophie linguistique

Nommé chargé de cours (lecturer) à Christ Church en 1924, Ryle devient tuteur l’année suivante. Cette position, qu’il conserve jusqu’en 1940, lui permet d’affiner sa pensée au contact des étudiants. Durant cette période, il participe activement à la Jowett Society, société philosophique d’Oxford.

L’année 1931 marque un tournant décisif. Dans « Systematically Misleading Expressions », article publié dans les Proceedings of the Aristotelian Society, Ryle expose une méthode originale d’analyse philosophique. Selon lui, la structure grammaticale superficielle de nombreux énoncés induit les philosophes en erreur quant à la forme logique des faits qu’ils expriment. L’énoncé « M. Pickwick est un personnage de fiction » possède la même structure grammaticale que « Charles Dickens est un écrivain », mais ces deux phrases ne parlent pas de la même manière. La première ne parle pas réellement de M. Pickwick — qui n’existe pas puisque c’est un des personnages de Dickens, centre des « Aventures de Mr Pickwick » — mais concerne l’œuvre de Dickens ou le roman lui-même.

Cette remarque préfigure la philosophie du langage ordinaire. Contrairement aux gens ordinaires, qui ne se laissent pas tromper par ces tournures, les philosophes hypostasient souvent des entités inexistantes à partir d’expressions trompeuses. Selon le philosophe Bryan Magee, cet article contient « la première formulation publique claire de la conception de la philosophie connue sous le nom de philosophie linguistique ».

En 1937, Ryle approfondit son approche dans « Categories », où il montre comment les erreurs de catégorie — l’attribution d’un concept à une catégorie logique inappropriée — engendrent des pseudo-problèmes philosophiques. Cette analyse prépare directement son œuvre maîtresse.

Intermède guerrier et reconnaissance académique

L’éclatement de la Seconde Guerre mondiale interrompt la carrière académique de Ryle. Engagé volontaire en 1940, il est envoyés dans les Welsh Guards et rejoint rapidement les services de renseignement en raison de ses compétences linguistiques. Son aptitude à l’analyse lui vaut une promotion au grade de major avant la fin du conflit.

En 1945, il est élu professeur Waynflete de philosophie métaphysique à Oxford, chaire prestigieuse qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 1968. Cette nomination coïncide avec sa création du B.Phil. (Bachelor of Philosophy), diplôme de deuxième cycle qui transforme la formation philosophique à Oxford et ailleurs. L’innovation connaît un succès considérable, attirant des étudiants du monde entier et formant toute une génération de philosophes analytiques.

De 1945 à 1946, Ryle préside l’Aristotelian Society. Dans son allocution présidentielle, il développe la distinction entre savoir-comment (knowing-how) et savoir-que (knowing-that), thème qu’il approfondira dans The Concept of Mind. Cette distinction remet en question la « légende intellectualiste » selon laquelle toute compétence pratique reposerait sur la connaissance préalable de propositions théoriques.

The Concept of Mind : déconstruction du mythe cartésien

Publié en 1949, The Concept of Mind bouleverse la philosophie de l’esprit. Ryle y qualifie le dualisme cartésien de « mythe du fantôme dans la machine » (dogma of the Ghost in the Machine).

Selon la doctrine officielle héritée de Descartes, l’être humain se compose d’un corps matériel, soumis aux lois de la physique, et d’un esprit immatériel, substance mystérieuse échappant à l’observation. L’esprit habiterait le corps comme un pilote invisible manœuvre une machine.

Cette conception, soutient Ryle, repose sur une erreur de catégorie fondamentale. Prenons l’exemple d’un visiteur découvrant Oxford : on lui montre les bibliothèques, les laboratoires, les collèges, il rencontre étudiants et professeurs. S’il demande ensuite « mais où est l’Université ? », il commet une erreur de catégorie. L’Université n’est pas une entité supplémentaire du même type que ses composantes ; elle désigne simplement leur organisation collective.

De même, l’esprit n’est pas une entité supplémentaire distincte du corps. Parler d’esprit, de croyances, d’intentions ou d’intelligence, c’est décrire des dispositions — des capacités, des tendances, des propensions — à se comporter de certaines façons dans certaines circonstances. Être intelligent, ce n’est pas posséder une faculté mystérieuse appelée « intellect » qui produirait secrètement des actes intelligents. C’est manifester la capacité de résoudre des problèmes, d’apprendre, de s’adapter.

Ryle précise sa position sur l’introspection. Contrairement à la conception traditionnelle, introspecter ne consiste pas à observer intérieurement, par une sorte d’œil mental, des événements privés dans un flux de conscience. L’introspection relève plutôt de la rétrospection : nous nous souvenons de nos comportements passés, manifestes ou cachés, perçus avec nos sens ordinaires, et nous en tirons des conclusions dispositionnelles sur nous-mêmes.

L’ouvrage suscite immédiatement controverses et débats.

Beaucoup l’interprètent comme une forme de béhaviorisme philosophique. Ryle anticipe cette lecture dans sa préface, admettant que son livre « sera indubitablement, et sans dommage, étiqueté comme « béhavioriste » ». Néanmoins, il se défend d’identifier purement et simplement les états mentaux aux comportements observables. Il propose plutôt de reconnaître que notre vocabulaire mental décrit des capacités et des dispositions attestées par le comportement, sans postuler de mécanismes occultes.

L’influence de The Concept of Mind s’étend bien au-delà de la philosophie de l’esprit. L’ouvrage devient rapidement un classique de la philosophie analytique. Daniel Dennett, dans l’introduction de la réédition de 2002, salue un livre qui « a enfoncé le dernier clou dans le cercueil du dualisme cartésien ».

Direction de Mind et rayonnement institutionnel

En 1947, Ryle succède à G.E. Moore comme directeur de Mind, la plus influente revue de philosophie du monde anglophone. Il conserve cette fonction durant vingt-quatre ans, jusqu’en 1971. Cette longévité éditoriale sans précédent lui permet de façonner durablement le paysage philosophique.

Sous sa direction, Mind devient le forum privilégié de la philosophie analytique. Ryle sélectionne les articles avec une exigence rigoureuse. Une anecdote circule : quelqu’un lui aurait dit avoir entendu qu’il décidait du sort d’un article après avoir lu les deux premières pages ; Ryle aurait répondu que c’était vrai au début, mais qu’il ne lisait désormais que la première page. Bien qu’apocryphe, cette histoire illustre sa réputation de critique redoutable.

Anthony Flew le surnomme « le Proviseur » (the Headmaster). Contrairement à son prédécesseur Moore, qui appréciait la correspondance manuscrite personnelle, Ryle gère la revue dans un contexte d’expansion considérable du nombre de philosophes professionnels en Grande-Bretagne. Les contributions acceptées proviennent largement d’Oxford, mais aussi de Cambridge, des États-Unis et du Commonwealth.

Parallèlement à ses fonctions éditoriales, Ryle exerce une influence déterminante sur l’organisation de la philosophie à Oxford. Tolérant et dépourvu de censure avec ses collègues, il se montre néanmoins formidable adversaire dans les débats philosophiques. Détestant la pompe, la prétention et le jargon, il n’hésite pas à contester la vénération excessive vouée à Platon par certains classicistes, tout en s’opposant aux positions de contemporains comme Collingwood à Oxford ou Anderson en Australie.

Dilemmes philosophiques et méthode de dissolution

En 1954, Ryle publie Dilemmas, recueil des conférences Tarner qu’il a prononcées. L’ouvrage s’attaque à divers dilemmes philosophiques apparemment insolubles : comment concilier le libre arbitre avec le déterminisme ? Comment le mouvement est-il possible si l’espace est infiniment divisible ? Comment comprendre le plaisir ? Quelle relation entre l’explication scientifique et l’explication ordinaire ?

Plutôt que de trancher en faveur d’une corne du dilemme, Ryle cherche à dissoudre les problèmes en montrant qu’ils naissent de confusions conceptuelles. Selon lui, nombre de dilemmes opposent « réductionnistes » et « duplicatifs » : les premiers proclament « rien d’autre que… » (nothing but…), les seconds insistent « quelque chose de plus… » (something else as well…). Cette polarisation factice disparaît une fois qu’on cesse de chercher des objets correspondant à nos termes abstraits.

L’approche illustre sa conception générale de la philosophie. Contre la tentation de chercher des entités spéciales — Formes platoniciennes, Propositions, Objets intentionnels, Données sensorielles — qui constitueraient le domaine propre de la philosophie, Ryle affirme : « Les problèmes philosophiques sont des problèmes d’un certain type ; ce ne sont pas des problèmes d’un type ordinaire portant sur des entités spéciales. »

Dans une analogie devenue célèbre, il compare la philosophie à la cartographie. Les locuteurs compétents d’une langue sont pour le philosophe ce que les villageois ordinaires sont pour le cartographe : le villageois connaît intimement son village, mais ne possède pas de carte générale. Le philosophe, comme le cartographe, trace la « géographie logique » des concepts que nous utilisons quotidiennement avec succès, mais sans pouvoir expliciter les règles régissant leur usage correct.

Derniers travaux et engagement platonicien

En 1966, Ryle publie Plato’s Progress, ouvrage érudit et spéculatif sur le développement de la pensée platonicienne. Contrairement à The Concept of Mind, qui évitait les références érudites précises, ce livre témoigne d’une familiarité approfondie avec la littérature spécialisée. Ryle y propose une reconstruction audacieuse de la chronologie des dialogues et de la relation entre Platon et Aristote.

L’ouvrage divise les spécialistes. Certaines de ses hypothèses exercent une influence durable, d’autres sont vivement contestées. Néanmoins, le livre manifeste l’ampleur des intérêts de Ryle, qui ne se réduit jamais au seul domaine de la philosophie de l’esprit. Tout au long de sa carrière, il publie sur Aristote, l’éthique, la méthode philosophique et l’histoire de la philosophie ancienne.

En 1971 paraissent ses Collected Essays 1929–1968, en deux volumes comprenant cinquante-sept articles. Cette publication offre un panorama de l’évolution de sa pensée, depuis ses premiers travaux sur la négation et les propositions jusqu’à ses réflexions tardives sur la pensée et le langage.

Après sa retraite en 1968, Ryle s’installe à Islip, village de l’Oxfordshire, avec sa sœur jumelle Mary. Célibataire toute sa vie, il consacre son temps libre au jardinage et aux longues marches. Fumeur de pipe, il apprécie les plaisirs simples et la vie tranquille.

Une personnalité philosophique singulière

Contemporains et disciples décrivent une personnalité philosophique unique. J.L. Austin remarque justement : « Le style, c’est Ryle. » Sa prose combine clarté, vivacité et humour. Il excelle dans l’invention de métaphores frappantes et d’aphorismes mémorables. Réputé pour sa capacité à dégonfler les prétentions pompeuses, il use d’exemples concrets et de tournures familières pour éclairer les abstractions philosophiques.

Dans ses cours, il interroge rhétoriquement les étudiants : qu’y a-t-il de faux dans l’affirmation qu’un pré contient trois choses — deux vaches et une paire de vaches ? Le trou dans le tonneau de bière fait-il partie du tonneau ? Ces questions apparemment triviales cachent des subtilités logiques profondes.

Bien que souvent associé à Wittgenstein et à la philosophie du langage ordinaire, Ryle suit une trajectoire philosophique distincte. Certains protégés de Wittgenstein dédaignent son travail, mais les meilleurs commentateurs reconnaissent qu’il explore un terrain parallèle. Dès 1932, Ryle développe des thèmes — l’élasticité de la signification, les inflexions du sens, la critique de la « légende intellectualiste » — qui préfigurent l’œuvre du Wittgenstein tardif.

Son portrait par Rex Whistler, qu’il compare lui-même à celui d’« un général allemand noyé », témoigne d’un humour capable d’autodérision. Michael Dummett confirme : « mais c’était exactement ce à quoi il ressemblait ».

Héritage et postérité

Gilbert Ryle meurt le 6 octobre 1976 à Whitby, dans le North Yorkshire, après une journée de marche dans les landes. Sa disparition suscite de nombreux hommages. G.E.L. Owen, dans son allocution à l’Aristotelian Society, souligne l’amour de Ryle pour la philosophie ancienne, sa contribution à la création du B.Phil., et l’étendue de sa dette — contestée — envers Wittgenstein.

L’influence de The Concept of Mind décline quelque peu après les années 1950, supplantée par l’essor du fonctionnalisme et des sciences cognitives. Néanmoins, ses intuitions fondamentales — la critique du dualisme, l’analyse dispositionnelle, la distinction savoir-comment/savoir-que — continuent d’alimenter les débats contemporains.

La distinction entre savoir-comment et savoir-que, en particulier, connaît une fortune considérable. Elle influence les théories de la mémoire à long terme (distinction entre mémoire procédurale et déclarative), l’épistémologie contemporaine, et la philosophie de l’action. Bien que discutée et raffinée, elle demeure une contribution majeure.

Au-delà de la philosophie académique, les idées de Ryle trouvent des échos inattendus. L’anthropologue Clifford Geertz emprunte à Ryle la notion de « description épaisse » (thick description) pour fonder son approche interprétative de la culture. Geertz souligne que le même comportement — un clin d’œil — change de signification selon le contexte, une idée qu’il attribue à Ryle.

En philosophie de l’esprit, Daniel Dennett reconnaît ouvertement sa dette envers Ryle. Le rejet des « théâtres cartésiens » et l’insistance sur les capacités dispositionnelles préfigurent les approches fonctionnalistes et les théories de l’esprit incarné (embodied mind).

La méthode d’analyse du langage ordinaire, bien qu’éclipsée momentanément par la montée de la philosophie formelle et de la logique modale, retrouve aujourd’hui une actualité. La « philosophie expérimentale » et l’attention renouvelée aux intuitions ordinaires dans les débats métaphysiques témoignent d’un retour à des préoccupations ryléennes.

Ryle appartient à ces penseurs dont l’œuvre transcende les modes passagères. Si certaines de ses positions spécifiques — notamment son anti-béhaviorisme ambigu — suscitent désormais réserves, son diagnostic fondamental conserve sa pertinence : nombre de problèmes philosophiques naissent de confusions conceptuelles que seule une analyse rigoureuse du langage peut dissiper. Dans un paysage philosophique souvent fragmenté entre traditions analytique et continentale, approches naturalistes et spéculatives, Ryle incarne une voie médiane : celle d’une clarification conceptuelle patiente, attentive aux nuances du discours ordinaire, soucieuse de dissoudre plutôt que de résoudre les faux problèmes. Cette patience analytique, conjuguée à une prose vivante et à une profondeur historique, fait de lui l’un des philosophes les plus importants et les plus lisibles du XXᵉ siècle.

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