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Structure
  1. En raccourci
  2. Aux origines obscures de la philosophie pythagoricienne
    1. Une figure aux contours incertains
    2. Le rival d’Hésiode
  3. L’auteur d’une littérature sacrée
    1. Le Poème orphique et l’attribution problématique
    2. La Descente aux Enfers et le Traité sacré
  4. Une cosmologie géométrique
    1. La pluralité des mondes
    2. Une disposition triangulaire
  5. Aux frontières de la philosophie et du sacré
    1. Une pensée entre deux mondes
    2. Le silence des sources
  6. Legs et postérité
    1. Un jalon dans l’histoire de la pensée
    2. Une figure dans la pénombre
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Représentation imaginaire et fictive du philosophe Cercops, ne correspondant pas à son apparence réelle
  • Biographies
  • Présocratiques

Cercops (VIᵉ s. av. J.-C.) : entre orphisme et pythagorisme

  • 16/11/2025
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INFOS-CLÉS

Nom d’origineΚέρκωψ (Kerkôps)
OrigineGrèce
Importance★★
CourantsPythagorisme ancien
ThèmesOrphisme, cosmologie, littérature sacrée, pluralité des mondes

Cercops demeure l’un des premiers pythagoriciens attestés, figure dont la trace s’inscrit aux confins de la philosophie et de la religion dans la Grèce archaïque.

En raccourci

Cercops appartient à la première génération des pythagoriciens, ces penseurs qui mêlaient spéculation mathématique et quête spirituelle. Contemporain d’Hésiode qu’il aurait contesté, il incarne la transition entre la poésie religieuse archaïque et la pensée philosophique naissante.

Selon la tradition rapportée par Cicéron, Cercops aurait composé le Poème orphique, attribué au légendaire Orphée. Il aurait également rédigé une Descente aux Enfers et un Traité sacré, œuvres qui révèlent l’entrelacement de l’orphisme et du pythagorisme à leurs origines. Ces textes participaient d’une littérature ésotérique destinée à transmettre une vision du cosmos et une doctrine du salut de l’âme.

Sa pensée cosmologique proposait une pluralité des mondes organisée selon une disposition triangulaire, conception qui témoigne du rôle central accordé aux figures géométriques dans le pythagorisme primitif. Cercops illustre ainsi la fécondité d’une époque où philosophie, mathématiques et religion formaient encore un tout indissocié, avant que la pensée rationnelle ne s’émancipe progressivement des cadres mythiques.

Aux origines obscures de la philosophie pythagoricienne

Une figure aux contours incertains

La connaissance de Cercops repose sur quatre témoignages antiques seulement. Diogène Laërce le mentionne dans ses Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, ouvrage doxographique du IIIᵉ siècle de notre ère. Cicéron, dans son De natura deorum, évoque son nom en rapportant une opinion d’Aristote. Plutarque le cite dans son traité Pourquoi la prophétesse Pythie ne rend plus ses oracles en vers. Cette pauvreté documentaire laisse dans l’ombre la biographie du penseur, à l’instar de la plupart des pythagoriciens anciens dont les travaux précèdent ceux d’Alcméon de Crotone.

Le rival d’Hésiode

Aristote mentionne que certains philosophes furent l’objet de polémiques de leur vivant ou après leur mort. Socrate eut à affronter Antiloque de Lemnos et Antiphon ; Pythagore fut critiqué par Cylon de Crotone ; Homère par Suagros puis par Xénophane de Colophon. Dans cette série de confrontations intellectuelles, Hésiode aurait eu pour adversaire Cercops durant son existence, puis Xénophane après sa mort. Cette rivalité suggère que Cercops s’inscrivait dans le débat sur la nature des dieux et l’explication du cosmos, domaines qu’Hésiode avait codifiés dans sa Théogonie.

La mention d’une telle opposition indique que Cercops jouissait d’une notoriété suffisante pour contester l’autorité du grand poète béotien. Le contexte historique demeure incertain, mais cette rivalité témoigne d’une période d’effervescence intellectuelle où les anciennes cosmogonies poétiques commençaient à être remises en question par de nouvelles approches de la pensée.

L’auteur d’une littérature sacrée

Le Poème orphique et l’attribution problématique

Selon Cicéron, Aristote affirmait qu’Orphée n’avait jamais existé en tant que poète, et que le poème qui lui était attribué serait en réalité l’œuvre de Cercops, désigné comme pythagoricien. Cette attribution pose la question complexe des rapports entre orphisme et pythagorisme à l’époque archaïque. Plusieurs auteurs anciens, dont Épigénès dans son Sur les œuvres attribuées à Orphée, considéraient que les premiers textes orphiques avaient été composés par des pythagoriciens, parmi lesquels Cercops, Brontinos, Zopyros, Arignoté et Persinos.

L’orphisme, mouvement religieux fondé sur l’initiation et la promesse d’une vie après la mort, partageait avec le pythagorisme plusieurs doctrines : la croyance en la métempsychose, une vie ascétique, des prescriptions alimentaires strictes. Hérodote et Plutarque paraissent même identifier les deux courants. Lorsque les communautés pythagoriciennes se disloquèrent vers la fin du VIᵉ siècle, nombre de leurs membres se seraient affiliés aux thiases orphiques, apportant avec eux leurs conceptions philosophiques.

La Descente aux Enfers et le Traité sacré

Cercops aurait également composé une Descente aux Enfers, thème central de la mythologie orphique où le héros descend dans le monde souterrain pour ramener son épouse Eurydice. Ce motif de la catabase, voyage initiatique par excellence, servait de support à un enseignement sur la destinée de l’âme après la mort et les moyens d’échapper au cycle des réincarnations.

Le Traité sacré constituait vraisemblablement un exposé de doctrines théologiques et cosmologiques. Les œuvres orphiques visaient à répondre aux grandes interrogations qui tourmentaient l’esprit grec depuis le VIᵉ siècle : l’origine du monde et le destin de l’homme. Ces textes sacrés, réservés aux initiés, transmettaient un savoir ésotérique sur la nature des dieux et les secrets du cosmos.

Une cosmologie géométrique

La pluralité des mondes

Cercops défendait la thèse audacieuse d’une pluralité des mondes. Dans une période où la plupart des penseurs concevaient l’univers comme unique, cette position témoigne d’une spéculation cosmologique avancée. L’école pythagoricienne accordait une importance centrale aux nombres et aux figures géométriques, considérés comme les principes premiers de toute réalité.

Une disposition triangulaire

Les mondes multiples de Cercops s’ordonnaient selon une configuration triangulaire. Cette organisation révèle l’application d’un modèle mathématique à la structure de l’univers, démarche caractéristique du pythagorisme naissant. Le triangle, figure géométrique fondamentale, possédait une valeur symbolique dans la pensée pythagoricienne : il représentait le plan après le point et la ligne, principe de la surface avant l’apparition du volume pyramidal.

Cette cosmologie géométrique illustre comment les premiers pythagoriciens cherchaient à expliquer la totalité du réel à partir de principes mathématiques. Archytas de Tarente développera plus tard cette intuition en établissant les correspondances entre arithmétique, musique, géométrie et astronomie qui formeront le quadrivium.

Aux frontières de la philosophie et du sacré

Une pensée entre deux mondes

L’œuvre de Cercops se situe à la jointure de deux univers intellectuels. D’une part, il s’inscrit dans la tradition des poètes-théologiens comme Orphée, Musée ou Hésiode, qui transmettaient une sagesse divine par le biais de la poésie. D’autre part, il participe de l’émergence d’une pensée rationnelle qui cherche à expliquer le cosmos par des principes naturels plutôt que par l’action des dieux.

Cette position intermédiaire explique pourquoi ses écrits furent attribués à Orphée. Dans la Grèce archaïque, le recours à une autorité mythique garantissait la véracité d’un enseignement sacré. Cercops et d’autres pythagoriciens mirent sous le nom d’Orphée leurs propres compositions, pratique courante dans la littérature religieuse antique où l’anonymat renforçait l’autorité du texte.

Le silence des sources

Notre connaissance de Cercops demeure fragmentaire. Aucune œuvre ne nous est parvenue directement. Les informations transmises par les doxographes sont lacunaires et parfois contradictoires. Cette situation reflète le caractère oral et secret de l’enseignement pythagoricien primitif, où la transmission s’effectuait de maître à disciple selon des règles strictes : respect du silence, gradation de l’initiation, interdiction d’écrire les doctrines ésotériques.

Jamblique rapporte que les pythagoriciens distinguaient deux catégories de disciples : les acousmaticiens, simples auditeurs qui recevaient les préceptes sans démonstration, et les mathématiciens, initiés qui accédaient aux raisons profondes de la doctrine. Cercops appartenait vraisemblablement à cette élite intellectuelle qui élaborait les spéculations cosmologiques et métaphysiques de l’école.

Legs et postérité

Un jalon dans l’histoire de la pensée

Bien que l’œuvre de Cercops ait disparu, son nom témoigne de la richesse intellectuelle de la Grèce archaïque. Premier pythagoricien connu, il incarne cette génération de penseurs qui posèrent les fondements d’une réflexion sur le cosmos et l’âme humaine, réflexion qui allait nourrir toute la philosophie ultérieure.

Les thèses cosmologiques qu’il défendait, notamment la pluralité des mondes, seront reprises et développées par d’autres pythagoriciens comme Pétron. Elles préfigurent les spéculations atomistes de Leucippe et Démocrite sur l’infinité des mondes. Sa contribution à la littérature orphique illustre la fécondité de l’alliance entre pythagorisme et orphisme, deux courants qui partageaient une même aspiration à la purification de l’âme et à la libération du cycle des réincarnations.

Une figure dans la pénombre

Cercops demeure une figure dans l’ombre, à l’image de tant de penseurs présocratiques dont seuls quelques fragments ou témoignages indirects permettent d’entrevoir la pensée. Cette obscurité n’enlève rien à son importance historique : il appartient à cette lignée de pythagoriciens anciens qui, de Cercops à Parméniscos, contribuèrent à façonner une vision du monde où mathématiques, musique et métaphysique formaient un tout harmonieux.

Son nom traverse les siècles comme le rappel d’une époque où la philosophie naissante ne s’était pas encore séparée de la poésie religieuse, où la quête du savoir s’inscrivait dans une démarche initiatique. Cercops illustre ainsi la complexité des origines de la pensée rationnelle, qui ne surgit pas ex nihilo mais s’enracine dans les traditions sacrées de la Grèce archaïque tout en ouvrant des voies nouvelles.

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