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Structure
  1. En raccourci
  2. Une figure pythagoricienne dans la Grande-Grèce
    1. Le pythagorisme à Élée
    2. La pauvreté assumée
  3. L’enseignement silencieux
    1. Un maître sans œuvre
    2. La tranquillité de l’esprit
  4. La formation de Parménide
    1. De l’aristocratie à l’ascèse
    2. Un choix de vie
    3. La dette reconnue
  5. Postérité et signification
    1. Un modèle pythagoricien
    2. L’ombre portée
    3. Le paradoxe de la mémoire
  6. Au final
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Représentation imaginaire d'Ameinias, pythagoricien du VIᵉ siècle avant notre ère ; cette image fictive ne représente pas le philosophe historique
  • Biographies

Ameinias (actif vers 510 – 490 av. J.-C.) : le maître pythagoricien qui éveilla Parménide à la philosophie

  • 17/11/2025
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INFOS-CLÉS

Nom d’origineAmeinias (Ἀμεινίας)
OrigineÉlée, Grande-Grèce
Importance★★
CourantsÉcole pythagoricienne
Thèmespauvreté volontaire, vie philosophique, formation de Parménide, ascétisme pythagoricien

Figure presque entièrement effacée de l’histoire de la philosophie, Ameinias occupe néanmoins une place singulière comme celui qui détourna Parménide de la richesse pour l’orienter vers la contemplation.

En raccourci

Ameinias, fils de Diochètas, compte parmi les pythagoriciens établis à Élée, colonie grecque d’Italie méridionale, au tournant des VIᵉ et Vᵉ siècles. Notre connaissance de sa vie se limite à quelques lignes de Diogène Laërce.

Pythagoricien vivant dans la pauvreté volontaire, il incarne les valeurs d’ascétisme et de détachement matériel prônées par l’école. Les sources anciennes le qualifient d’« homme de bien » ou d’« honnête homme », témoignant d’une réputation morale qui transcendait sa condition économique modeste.

Sa contribution historique tient à une relation déterminante : il orienta Parménide d’Élée vers la vie philosophique. Parménide, issu d’une famille aristocratique fortunée, fréquenta d’abord Xénophane, mais découvrit auprès d’Ameinias une voie différente. L’ascétisme pythagoricien pratiqué par Ameinias offrait un modèle de détachement et de quête contemplative qui marqua profondément le jeune aristocrate.

Diogène Laërce rapporte que Parménide s’attacha davantage à Ameinias qu’à ses autres maîtres, privilégiant son enseignement moral et existentiel. Le biographe précise que Parménide dut à Ameinias, plutôt qu’aux leçons de Xénophane, « la tranquillité d’esprit » nécessaire à la méditation philosophique.

Après la mort d’Ameinias, Parménide lui éleva un monument funéraire – chapelle ou « herôon » –, geste témoignant de la vénération que le fondateur de l’éléatisme portait à celui qui l’avait initié à la vie contemplative.

Au-delà de cette transmission particulière, Ameinias représente ces pythagoriciens anonymes qui, par leur mode de vie exemplaire plutôt que par des écrits théoriques, transmirent les valeurs fondamentales de l’école : discipline, ascèse, recherche de l’équilibre intérieur et priorité accordée à la formation du caractère sur l’accumulation des connaissances.

—

Une figure pythagoricienne dans la Grande-Grèce

Le pythagorisme à Élée

Élée, colonie fondée par des exilés phocéens vers 540, devient rapidement un foyer intellectuel de premier plan dans la Grande-Grèce. Si la cité est surtout connue pour avoir vu naître l’école éléate avec Xénophane puis Parménide, elle accueille également une communauté pythagoricienne dont Ameinias constitue l’un des représentants attestés.

Fils de Diochètas selon Diogène Laërce, Ameinias appartient donc à cette génération de pythagoriciens qui, après la mort de Pythagore vers 495, diffusent les enseignements du Maître dans les différentes cités de l’Italie méridionale. L’implantation pythagoricienne à Élée témoigne du rayonnement de l’école au-delà de ses centres initiaux, Crotone et Métaponte.

La pauvreté assumée

Trait distinctif dans les brèves notices le concernant, Ameinias vit dans la pauvreté. Cette condition économique ne résulte probablement pas d’un accident biographique, mais d’un choix délibéré conforme aux idéaux pythagoriciens. L’école prône en effet le détachement des biens matériels, la mise en commun des possessions au sein de la communauté, et une vie frugale favorisant la contemplation.

Diogène Laërce précise qu’Ameinias était « pauvre, mais fort honnête homme ». Cette formulation oppose explicitement pauvreté matérielle et richesse morale. Dans le contexte grec où la fortune fonde largement le statut social, cette distinction acquiert un relief particulier : l’excellence morale d’Ameinias transcende sa condition économique modeste. La tradition philosophique reconnaît en lui un homme de bien dont la valeur ne se mesure pas à ses possessions terrestres.

L’enseignement silencieux

Un maître sans œuvre

Ameinias n’a laissé aucun écrit. Contrairement à certains pythagoriciens plus tardifs – Philolaos, Archytas – qui fixèrent par écrit des éléments de la doctrine, il appartient à cette première génération pour laquelle la transmission demeure exclusivement orale et existentielle. Le pythagorisme primitif privilégie l’enseignement direct, la formation du caractère, la discipline quotidienne plutôt que la production textuelle.

Cette absence d’œuvre ne signifie nullement absence d’influence. Ameinias enseigne par l’exemple, par sa manière de vivre, par l’incarnation des valeurs pythagoriciennes. Sa pauvreté volontaire, son honnêteté reconnue, son détachement matériel constituent un enseignement plus éloquent que bien des discours théoriques.

La tranquillité de l’esprit

Diogène Laërce formule une assertion remarquable : Parménide, bien qu’ayant eu Xénophane pour maître, dut à Ameinias « le bonheur d’avoir acquis la tranquillité d’esprit ». Cette ataraxie – terme que la philosophie grecque emploiera systématiquement plus tard – désigne cet état de sérénité intérieure, d’équilibre psychique, indispensable à l’activité contemplative.

Xénophane pouvait transmettre des connaissances, formuler des critiques de la religion traditionnelle, élaborer des théories cosmologiques. Ameinias offrait autre chose : une méthode pour apaiser les troubles de l’âme, une discipline pour accéder à la clarté mentale nécessaire à la méditation philosophique. Cette distinction entre savoir théorique et transformation intérieure structure profondément la pédagogie pythagoricienne.

La formation de Parménide

De l’aristocratie à l’ascèse

Parménide, fils de Pyrès, appartient à l’aristocratie éléate. Riche et puissant, il reçoit l’éducation traditionnelle des jeunes nobles : gymnastique, musique, fréquentation des intellectuels de passage. Xénophane, le vieux poète-philosophe exilé de Colophon, compte parmi ses premiers maîtres et lui transmet une approche critique de la mythologie homérique ainsi que des spéculations sur l’unité du divin.

Mais cette formation, pour substantielle qu’elle soit, ne satisfait pas entièrement le jeune aristocrate. La rencontre avec Ameinias marque un tournant. Diogène Laërce insiste : « Parménide s’attacha plus à lui qu’à tout autre. » Le pythagoricien pauvre, par son mode de vie exemplaire, offre un modèle de détachement qui fascine le riche héritier.

Un choix de vie

S’attacher à Ameinias signifie embrasser un mode de vie radicalement différent de celui auquel sa naissance destine Parménide. L’ascèse pythagoricienne impose renoncements et disciplines. Les membres de l’école observent des règles alimentaires strictes, pratiquent l’examen de conscience quotidien, se soumettent à des périodes de silence prolongées, mènent une vie communautaire réglée.

Ameinias ne convertit pas Parménide par des arguments théoriques, mais par son exemple vivant. La philosophie, dans cette tradition, ne se réduit pas à un ensemble de doctrines à mémoriser, mais constitue d’abord un art de vivre, une transformation de soi, une pratique quotidienne d’ascèse et de méditation.

La dette reconnue

Après la mort d’Ameinias, Parménide lui élève un monument funéraire. Selon les traductions, il s’agit d’une « chapelle » ou d’un « herôon », c’est-à-dire un sanctuaire dédié à un défunt héroïsé. Ce geste, inhabituel pour un simple particulier, témoigne de la vénération que Parménide porte à celui qu’il considère comme son véritable maître spirituel.

Construire un monument à Ameinias équivaut à le reconnaître publiquement comme la source principale de sa formation philosophique. Parménide, qui deviendra le fondateur de l’éléatisme et l’un des penseurs les plus influents de l’Antiquité, attribue ainsi son orientation vers la vie contemplative non à Xénophane, le philosophe célèbre, mais à Ameinias, le pythagoricien obscur et pauvre.

Postérité et signification

Un modèle pythagoricien

Ameinias incarne un type particulier de pythagoricien. Ni mathématicien comme Hippase, ni théoricien comme Philolaos, ni homme politique comme Archytas, il représente le pythagorisme comme discipline existentielle, comme ascèse quotidienne, comme recherche de la transformation intérieure. Sa pauvreté volontaire, sa réputation d’homme de bien, son influence sur un esprit aussi puissant que Parménide attestent l’efficacité de cette voie silencieuse.

L’école pythagoricienne distinguait, selon certaines sources, deux catégories d’adeptes : les acousmatiques, qui suivaient les prescriptions rituelles et les interdits sans en comprendre nécessairement les raisons profondes, et les mathématiciens, qui accédaient à l’enseignement théorique et cosmologique. Ameinias appartient probablement à une troisième catégorie, tacite dans les classifications : celle des maîtres de vie dont la sagesse pratique, l’exemplarité morale et la sérénité conquise constituent l’enseignement principal.

L’ombre portée

Si nous connaissons Ameinias, c’est uniquement par son influence sur Parménide. Sans cette relation pédagogique déterminante, son nom se serait entièrement perdu. Combien d’autres pythagoriciens, vivant dans la même pauvreté volontaire, pratiquant la même ascèse, ont disparu sans laisser de traces ? Ameinias ne représente probablement qu’un exemple parmi des dizaines de maîtres anonymes qui, dans les différentes cités de Grande-Grèce, transmirent les valeurs pythagoriciennes par leur seule existence exemplaire.

Cette transmission silencieuse, qui ne passe ni par l’écrit ni même nécessairement par l’enseignement oral explicite, constitue une dimension essentielle de la philosophie antique souvent occultée par notre focalisation sur les textes conservés. Ameinias enseigne que la philosophie s’apprend d’abord par fréquentation, par imprégnation, par mimétisme existentiel plutôt que par simple apprentissage conceptuel.

Le paradoxe de la mémoire

Un paradoxe final mérite attention : Ameinias, qui vécut dans le dénuement et ne produisit aucune œuvre, traverse les siècles grâce à la gratitude de son illustre disciple. Parménide, dont le Poème fonde une tradition philosophique majeure, assure la survie mémorielle de celui qui l’orienta vers la contemplation. Le maître obscur accède à une forme d’immortalité par le rayonnement posthume de l’élève.

Cette relation illustre une vérité profonde du pythagorisme : la transmission authentique ne requiert ni célébrité ni production textuelle abondante. Un homme pauvre, honnête, vivant en cohérence avec ses principes, peut transformer le cours d’une vie et, indirectement, celui de la philosophie. Ameinias ne cherchait probablement ni reconnaissance ni postérité ; il pratiquait simplement, dans la pauvreté volontaire et le détachement, l’idéal pythagoricien de l’équilibre intérieur. Parménide reconnut en lui un modèle authentique et lui rendit le seul hommage qui compte véritablement : transformer son propre existence à son exemple.

Au final

Presque entièrement effacé par le temps, Ameinias demeure présent comme l’incarnation d’une philosophie vécue plutôt qu’écrite, pratiquée plutôt qu’enseignée. Sa pauvreté volontaire, son honnêteté reconnue, sa capacité à transmettre la tranquillité de l’esprit font de lui le représentant d’une dimension essentielle du pythagorisme primitif : celle où la transformation intérieure prime sur l’accumulation des savoirs. En orientant Parménide vers la vie contemplative, ce maître oublié contribua indirectement à l’émergence de l’école éléate et à ses spéculations sur l’Être. Figure paradoxale, dont la pauvreté matérielle s’accompagnait d’une richesse morale suffisante pour éveiller un génie, Ameinias témoigne de cette vérité pythagoricienne : la philosophie authentique ne se mesure ni aux œuvres produites ni à la renommée acquise, mais à la qualité de l’existence menée et à la profondeur de l’influence exercée sur ceux qui partagent notre chemin.

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