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Structure
  1. En raccourci
  2. Enfance londonienne et rupture avec le christianisme
    1. Un orphelin entre science et quête spirituelle
    2. Formation scientifique et investigations occultes
  3. Maître d’Aleister Crowley et magie hermétique
    1. Rencontre décisive et transmission initiatique
    2. Entre ésotérisme occidental et quête orientale.
  4. Voyage en Orient et ordination monastique
    1. De Ceylan à la Birmanie
    2. Devenir moine theravada
    3. Présentation publique et confirmation de l’engagement
  5. Fondation de l’International Buddhist Society
    1. Projet éditorial et ambitions missionnaires
    2. Ambitions et difficultés éditoriales
  6. Mission britannique de 1908
    1. Fondation de la Buddhist Society
    2. Réception médiatique et obstacles pratiques
    3. Controverses et retour en Birmanie
  7. Années birmanes et œuvre éducative
    1. Enseignement et écriture
    2. Combat pour la pureté doctrinale
  8. Retour en Angleterre et dernières années
    1. Une pauvreté extrême
    2. Conférences ultimes et publication finale
  9. Mort et héritage posthume
    1. Redécouverte contemporaine
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Représentation imaginaire d'Allan Bennett, pionnier britannique du bouddhisme ; cette image fictive ne représente pas le personnage réel.
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Allan Bennett (1872–1923) : pionnier du bouddhisme en Occident

  • 14/01/2026
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INFOS-CLÉS

Nom d’origineCharles Henry Allan Bennett
Nom anglaisAllan Bennett
OrigineAngleterre (Londres)
Importance★★
CourantsBouddhisme theravada, mysticisme occidental
ThèmesTransmission du bouddhisme en Occident, méditation theravada, Hermetic Order of the Golden Dawn, mission bouddhiste britannique

Charles Henry Allan Bennett, devenu Bhikkhu Ananda Metteyya après son ordination monastique, incarne une figure singulière dans l’histoire de la transmission du bouddhisme vers l’Occident. Deuxième Britannique à recevoir l’ordination theravada complète, il consacra sa vie à établir les fondements d’une pratique bouddhiste authentique en Grande-Bretagne, malgré une santé fragile et une pauvreté persistante.

En raccourci

Né à Londres en 1872, Allan Bennett abandonne le catholicisme de son enfance pour explorer les traditions ésotériques occidentales, rejoignant la Hermetic Order of the Golden Dawn en 1894 où il devient le mentor d’Aleister Crowley. Affligé d’asthme chronique, il voyage en 1900 vers Ceylan puis la Birmanie, où il reçoit en 1902 l’ordination monastique sous le nom d’Ananda Metteyya, devenant ainsi l’un des premiers moines bouddhistes occidentaux. Fondateur de l’International Buddhist Society en 1903, il mène en 1908 une mission pionnière en Angleterre pour établir la Buddhist Society of Great Britain and Ireland. Éditeur de revues bouddhistes, auteur de textes sur la méditation et la philosophie birmane, Bennett œuvre inlassablement à transmettre les enseignements theravada en Occident, jusqu’à sa mort en 1923 dans la pauvreté la plus totale. Son héritage perdure dans les institutions bouddhistes britanniques qu’il contribua à fonder.

Enfance londonienne et rupture avec le christianisme

Un orphelin entre science et quête spirituelle

Londres accueille le 8 décembre 1872 la naissance de Charles Henry Allan Bennett. Son père, ingénieur de profession, meurt alors que l’enfant n’a pas encore atteint l’adolescence. Élevé par sa mère dans une stricte observance catholique romaine, le jeune Bennett manifeste précocement une intelligence remarquable. Dès l’adolescence, il rejette le christianisme qu’il juge incompatible avec les découvertes scientifiques de son époque et incapable d’expliquer la souffrance qu’il observe autour de lui.

L’asthme sévère qui le frappe dès son jeune âge constitue un élément déterminant de son parcours. Cette maladie respiratoire chronique le confine régulièrement au lit pendant des jours, parfois des semaines entières. L’invalidité récurrente forge chez lui une sensibilité particulière à la question de la souffrance, thème central qui orientera plus tard son adhésion au bouddhisme et à sa doctrine du dukkha.

Formation scientifique et investigations occultes

Bennett poursuit des études scientifiques au Hollesley College et à Bath, se spécialisant en chimie analytique et en génie électrique. Parallèlement à cette formation rationnelle, sa curiosité le pousse vers la lecture de textes hindous et bouddhistes.

Chimiste analytique de profession, vivant dans une précarité matérielle constante, Bennett gagne modestement sa vie dans un laboratoire tout en consacrant ses soirées à l’étude des traditions ésotériques.

En 1893, il adhère à la Theosophical Society, mouvement qui introduit alors les philosophies orientales auprès des intellectuels britanniques. Un an plus tard, en 1894, Bennett franchit une étape décisive en rejoignant la Hermetic Order of the Golden Dawn, prenant le nom initiatique de Frater Iehi Aour (« que la lumière soit »). Son intelligence et sa rigueur méthodologique impressionnent rapidement ses pairs. En l’espace d’une année, il accède au Second Order.

Maître d’Aleister Crowley et magie hermétique

Rencontre décisive et transmission initiatique

L’année 1898 marque la rencontre entre Bennett et un jeune homme prometteur nommé Aleister Crowley, fraîchement initié au Golden Dawn. Rapidement, Bennett devient l’un des deux principaux maîtres de Crowley, aux côtés de George Cecil Jones. Leur relation dépasse le simple cadre de l’instruction : Crowley, découvrant la pauvreté dans laquelle vit Bennett dans un appartement délabré qu’il partage avec d’autres locataires, l’invite à résider chez lui.

Durant cette période de cohabitation intellectuelle, Bennett transmet à Crowley ses connaissances en magie cérémonielle, en correspondances kabbalistes, et surtout en pratiques méditatives. Ensemble, ils travaillent sur un système de correspondances hermétiques qui formera la base du futur Liber 777 de Crowley. Bennett se distingue par une orientation mystique profonde plutôt que par la recherche de pouvoirs magiques. Son approche privilégie l’illumination intérieure.

Entre ésotérisme occidental et quête orientale.

Malgré son engagement dans les pratiques hermétiques, Bennett s’oriente progressivement vers le bouddhisme. Sa collaboration avec S.L. Mathers sur la kabbale témoigne de son respect pour le leader du Golden Dawn, mais son intérêt se déplace vers les philosophies orientales qui lui semblent offrir des réponses plus satisfaisantes aux questions existentielles qui le hantent.

Voyage en Orient et ordination monastique

De Ceylan à la Birmanie

En 1900, à l’âge de 28 ans, Bennett prend une décision radicale : quitter l’Angleterre pour l’Asie. Officiellement pour soigner son asthme dans un climat plus clément, ce départ marque surtout sa rupture avec l’ésotérisme occidental au profit d’une immersion totale dans le bouddhisme. Il offre la plupart de ses carnets magiques à Crowley, tournant symboliquement le dos à son passé hermétique.

Arrivé à Ceylan (actuel Sri Lanka), Bennett étudie le hatha yoga auprès du yogi Shri Parananda, connu aussi sous le nom de Ponnambalam. Il prend temporairement le nom de Swami Maitrananda. Crowley lui rend visite durant cette période, et les deux hommes louent ensemble un bungalow à Kandy pour une retraite de yoga intensive. Les pratiques yogiques — contrôle du souffle, méditation d’absorption (jhāna) — resteront des éléments constants de la pratique personnelle de Bennett, même après son adhésion formelle au bouddhisme.

Devenir moine theravada

En décembre 1901, Bennett se rend en Birmanie (actuel Myanmar) pour devenir novice dans la tradition theravada. Quelques mois plus tard, en février 1902, il reçoit l’ordination complète de moine au monastère Divigalahēna Dēvāgiri Purāna Vihāraya à Kumburugamuwa, sous la direction du vénérable Veragampita Rēvata Thera. Il adopte le nom monastique d’Ananda Maitreya, qu’il modifiera ensuite en sa forme pali Ananda Metteyya (« Félicité de la bienveillance aimante »), référence au Bouddha Maitreya.

Cette ordination fait de Bennett le deuxième Britannique à devenir moine theravada, après Gordon Douglas qui était décédé peu après son ordination en 1899. L’événement revêt une importance historique considérable pour la transmission du bouddhisme en Occident. En outre, Bennett se distingue rapidement par sa maîtrise de la langue pali. Après seulement six mois d’étude, ses contemporains témoignent qu’il peut « converser couramment dans cette langue sacrée ».

Présentation publique et confirmation de l’engagement

Peu après son ordination, Bennett prononce un discours public qui démontre une connaissance approfondie de la littérature pali et convainc son auditoire de la sincérité de son engagement bouddhiste. Sa présentation, particulièrement son explication émotionnelle et détaillée de la première noble vérité du dukkha (la souffrance), trahit ses propres expériences de maladie et d’adversité.

Crowley lui rend à nouveau visite après l’ordination, finançant une retraite commune consacrée au yoga et à la méditation bouddhiste. Les deux hommes discutent alors de la manière d’introduire le bouddhisme en Occident.

Fondation de l’International Buddhist Society

Projet éditorial et ambitions missionnaires

En 1903, Bennett, désormais connu sous son nom monastique d’Ananda Metteyya fonde à Rangoon la Buddhasāsana Samāgama (International Buddhist Society), marquant le début de son œuvre missionnaire. L’organisation vise explicitement à établir une communauté bouddhiste (sangha) en Angleterre et à promouvoir l’étude et la pratique du bouddhisme dans les pays anglophones. Metteyya lance immédiatement une revue ambitieuse, Buddhism: An Illustrated Quarterly Review, dont le premier numéro paraît en septembre 1903.

Cette publication, richement illustrée, contient des articles sur les traditions bouddhistes mondiales, des traductions de textes anciens, des analyses doctrinales et des nouvelles sur les activités bouddhistes internationales. Metteyya y signe de nombreux articles sous diverses signatures (Ananda M., son nom complet, ou anonymement). La revue est distribuée gratuitement avec la consigne de laisser chaque exemplaire sur les tables de lecture jusqu’à l’arrivée du numéro suivant, et atteint rapidement près de 600 bibliothèques en Angleterre et en Europe.

Ambitions et difficultés éditoriales

L’ambition d’une publication trimestrielle se révèle rapidement excessive. Si les trois premiers numéros paraissent selon le calendrier prévu (septembre et décembre 1903, mars 1904), le quatrième n’apparaît qu’en novembre 1904, le cinquième en octobre 1905, et le sixième et dernier en mars 1908. Les difficultés financières de l’entreprise, combinées aux problèmes de santé persistants de Metteyya, expliquent ces irrégularités.

Dans les pages de Buddhism, Metteyya développe sa vision du bouddhisme comme antidote à l’individualisme occidental qu’il juge destructeur. Il écrit que « le bouddhisme, avec son principe central de non-individualisation, peut offrir à l’Occident, à l’Angleterre, une échappatoire à cette malédiction de l’individualisme ». Il encourage ses lecteurs britanniques à adopter le tempérament birman où « on apprend à respecter non la richesse mais la charité, et à révérer non l’arrogance mais la piété ».

Mission britannique de 1908

Fondation de la Buddhist Society

Le 22 avril 1908, Ananda Metteyya débarque au Albert Dock à Londres à bord du vapeur Ava, accompagné de vingt-trois fidèles laïcs birmans, dont Mme Hla Oung. Cette mission constitue la première tentative organisée d’implanter le bouddhisme theravada en Grande-Bretagne. En préparation de sa visite, le Dr Ernest Reinhold Rost, fils de l’orientaliste Reinhold Rost et l’un des sponsors de Metteyya à Rangoon, avait établi les contacts nécessaires.

Immédiatement après son arrivée, les partisans de Metteyya créent la Buddhist Society of Great Britain and Ireland. L’organisation lance The Buddhist Review, dont Metteyya assume la direction éditoriale. Le moine donne de nombreuses conférences, notamment à la Theosophical Society le 10 juin 1908, où il présente une conférence intitulée « Buddhism ». Durant cette période, il rencontre D.T. Suzuki (Suzuki Daisetsu Teitarō), célèbre vulgarisateur japonais du zen qui influencera plus tard des figures comme Edward Conze, Alan Watts et Christmas Humphreys.

Réception médiatique et obstacles pratiques

La presse britannique couvre largement l’arrivée de Metteyya, principalement de manière positive. Les journaux saluent sa noblesse de maintien et sa maîtrise exceptionnelle de la philosophie bouddhiste. L’événement représente une nouveauté fascinante pour le public britannique, peu habitué à voir un moine bouddhiste britannique en robe safran prêcher sur son sol natal. En 1909, la Buddhist Society compte déjà trois cents membres.

Toutefois, Metteyya se heurte à de nombreuses difficultés pratiques. Respecter scrupuleusement les règles monastiques à Londres se révèle extrêmement ardu. Il ne peut monter dans un véhicule tiré par un cheval, ce qui limite ses déplacements dans une ville où les transports publics sont hippomobiles. Il ne peut manipuler d’argent, rendant impossible tout voyage en solitaire. Sa santé se détériore rapidement dans le climat londonien, et ses talents d’orateur sont limités : il ne parvient pas à captiver son auditoire.

Controverses et retour en Birmanie

Durant la mission, des controverses surgissent. Le moine irlandais U Dhammaloka publie dans la revue Truth un article accusant Metteyya de ne pas être reconnu en Birmanie comme moine correctement ordonné et d’avoir été expulsé de trois monastères à cause de son asthme. Metteyya obtient un droit de réponse et réfute efficacement ces accusations.

Plus dommageable à long terme, les liens passés de Metteyya avec le Golden Dawn et son amitié avec Aleister Crowley reviennent le hanter. Les articles de Truth et du journal The Looking Glass en 1910 le qualifient de « faux moine bouddhiste escroc » et le lient aux scandales entourant Crowley. George Cecil Jones intente un procès en diffamation contre The Looking Glass, qu’il perd, ce qui entache davantage la réputation de Metteyya. Le fait que celui-ci ne conteste pas directement les articles est interprété par certains comme un aveu de culpabilité.

Découragé par ces difficultés, épuisé par l’aggravation de son asthme, Metteyya retourne en Birmanie en septembre 1908, seulement six mois après son arrivée. Son départ marque la fin de la phase active de la mission. Buddhism: An Illustrated Quarterly Review cesse définitivement de paraître.

Années birmanes et œuvre éducative

Enseignement et écriture

De retour en Birmanie, Metteyya poursuit son engagement pour la diffusion du bouddhisme, malgré une santé précaire. Il concentre ses efforts sur l’enseignement du bouddhisme dans les écoles birmanes et sur la rédaction d’ouvrages destinés au public occidental. En 1911 paraît The Religion of Burma, texte explicatif du bouddhisme à destination des Occidentaux, qui sera réédité en 1929 par la Theosophical Publishing House sous le titre The Religion of Burma and Other Papers.

Metteyya rédige également de nombreux essais sur la méditation et la pratique bouddhiste. Son texte « On the Culture of the Mind » (1908), rebaptisé « Training of the Mind » lorsque Crowley le republie dans The Equinox en 1911, décrit comment la méditation peut cultiver la concentration juste (sammā samādhi), l’un des éléments du noble sentier octuple. Bien qu’ayant rejeté les pratiques magiques du Golden Dawn au profit du bouddhisme, Metteyya y enseigne des techniques comme la « mémoire à rebours » (remembering backwards), méthode méditative pour se remémorer les vies antérieures et accéder à l’insight.

Combat pour la pureté doctrinale

Face aux pressions missionnaires chrétiennes à Ceylan, Metteyya consacre également son énergie à « équiper les enfants bouddhistes pour résister aux arguments des missionnaires chrétiens », selon l’analyse de l’historien Ian Harris. Cette dimension engagée de son bouddhisme le place aux franges de ce qui sera plus tard appelé le « bouddhisme engagé » (Engaged Buddhism), bien avant que le terme ne soit formulé. Bien que la maladie l’empêche d’être un activiste social au sens plein, ses écrits soulignent constamment que l’amélioration de la société humaine constitue le fruit de la pratique bouddhiste.

Metteyya tente également de générer des revenus par des inventions scientifiques, mais sans succès. Sa santé continue de se détériorer, et ses espoirs d’établir une mission permanente en Californie ou de retourner en Angleterre s’amenuisent progressivement.

Retour en Angleterre et dernières années

Une pauvreté extrême

En 1914, l’asthme de Metteyya s’aggrave au point que les médecins birmans l’exhortent à rentrer en Angleterre où les traitements sont supposés meilleurs. Avant le voyage, il se défait de ses vœux monastiques car le trajet nécessite l’usage d’argent, prohibé par le Vinaya. Techniquement redevenu Allan Bennett, il continue néanmoins à signer « Ananda M. » dans ses écrits. Espérant rejoindre sa sœur aux États-Unis, il se voit refuser l’embarquement par le médecin du navire qui craint qu’il ne soit pas autorisé à entrer en Amérique.

Le retour en Angleterre s’effectue dans des conditions désastreuses. Bennett vit dans une pauvreté extrême et dépend entièrement de la charité. La section de Liverpool de la Buddhist Society s’occupe de lui pendant deux ans, mais le fardeau devient trop lourd. Un groupe anonyme de bienfaiteurs prend ensuite le relais, finançant ses besoins via la Buddhist Society pour éviter qu’il ne soit placé dans une institution publique. Les fonds arrivent tant d’Angleterre que d’Asie.

Conférences ultimes et publication finale

Pendant l’hiver 1917–1918, durant une brève amélioration de sa santé, Bennett donne une série de six conférences privées dans le studio du dramaturge Clifford Bax. Malgré la guerre qui fait rage, Bennett galvanise ses auditeurs en évoquant le sublime Nirvana, « l’Ultime, l’Au-delà, et le But de la Vie », décrivant comment notre subjectivité conditionnelle transitoire diffère radicalement de ce qui est « au-delà de toute dénomination et description, mais bien au-delà de la Pensée elle-même ».

Ces conférences, ainsi qu’un article supplémentaire sur la renaissance, sont rassemblées et publiées en janvier 1923 sous le titre The Wisdom of the Aryas. Cette publication constitue la dernière joie de Bennett. Deux mois après sa parution, affaibli et incapable de quitter son lit au 90 Eccles Road à Clapham Junction, il succombe à une occlusion intestinale le 9 mars 1923, à l’âge de 50 ans.

Mort et héritage posthume

Charles Alwis Hewavitharana, fidèle supporter ceylanais, envoie les fonds nécessaires pour acheter une tombe au cimetière de Morden dans le sud de Londres. Une cérémonie funéraire bouddhiste est organisée par des convertis britanniques.

Allan Bennett meurt dans un anonymat presque total, ne laissant derrière lui aucune possession hormis ses manuscrits, qui resteront largement méconnus pendant des décennies. À court terme, sa mission semble un échec : la Buddhist Society of Great Britain and Ireland décline après son départ en 1908, décimée par la Première Guerre mondiale, et ne survit que difficilement sous sa direction éditoriale à distance de The Buddhist Review, qui cesse de paraître peu avant sa mort en 1922.

Pourtant, l’impact de Bennett sur l’introduction du bouddhisme en Grande-Bretagne est fondamental. Comme le note l’historien Ian Harris, « sans lui, le bouddhisme ne serait pas entré dans le monde occidental de la manière dont il l’a fait ». Bennett introduit « l’étude sérieuse du bouddhisme comme pratique spirituelle » en Grande-Bretagne et favorise sa croissance en Birmanie et à Ceylan. Il plante des graines qui germeront lors de la « beat generation » des années 1950 et de la révolution psychédélique des années 1960, lorsque le bouddhisme deviendra une force populaire en Occident.

Redécouverte contemporaine

Dans les années 1990, la mémoire de Metteyya connaît une renaissance. Le Sri Saddhatissa International Buddhist Centre au nord-ouest de Londres organise à partir de 1996 une série annuelle de « United Kingdom Buddhist Days » explicitement liés à Metteyya, représenté comme fondateur du bouddhisme en Grande-Bretagne grâce à sa mission de 1908. En 2008, le centenaire de cette mission est commémoré en grande pompe : location du Brent Town Hall, production d’un DVD documentaire, et publication d’un recueil savant d’articles sur Metteyya.

Pionnier solitaire qui rejeta le confort matériel et la reconnaissance sociale pour une vie d’ascétisme monastique et de service missionnaire, Allan Bennett incarne la figure du passeur entre deux mondes, porteur d’une sagesse orientale vers une civilisation occidentale qu’il jugeait spirituellement appauvrie.

Il demeure une figure fascinante à la croisée de multiples courants : l’ésotérisme occidental fin-de-siècle, le mysticisme chrétien rejeté, la science positive victorienne, et le bouddhisme theravada traditionnel. Sa trajectoire illustre la soif spirituelle d’une génération d’intellectuels britanniques désillusionnés par le christianisme mais refusant le matérialisme pur. Contrairement à de nombreux occidentaux qui adoptèrent le bouddhisme de manière syncrétique, Bennett embrassa intégralement la discipline monastique theravada, acceptant ses contraintes rigoureuses malgré l’inadéquation de ce mode de vie aux conditions occidentales.

Son insistance sur la pratique méditative authentique plutôt que sur la spéculation philosophique, sa transmission directe des techniques de concentration et son refus de diluer les enseignements pour les rendre plus palatables à un public occidental, font de lui un précurseur du mouvement contemporain vers un bouddhisme occidental rigoureux et pratique.

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