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Structure
  1. En raccourci
  2. Contexte et sources
  3. Tarente, dernier bastion pythagoricien
  4. Innovations en artillerie
  5. Mathématiques pythagoriciennes
  6. La mobilité des ingénieurs
  7. La question de l’identité
  8. Héritage et postérité
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Représentation imaginaire de Zôpyros de Tarente, ingénieur pythagoricien du 5ᵉ siècle av. J.-C. Cette image est fictive et ne représente pas le personnage historique réel.
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Zôpyros de Tarente (actif vers 421–401 av. J.-C.) : ingénierie militaire et savoirs pythagoriciens

  • 03/01/2026
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INFOS-CLÉS

Nom d’origineΖώπυρος / Zṓpyros
OrigineTarente, Grande-Grèce (Italie du Sud)
Importance★
CourantsÉcole pythagoricienne
ThèmesMécanique, artillerie, gastraphètes, ingénierie militaire

Zôpyros de Tarente représente une figure énigmatique du pythagorisme tardif. Cet ingénieur spécialisé dans la conception d’armes de siège a su mettre en place des innovations techniques qui témoignent de l’application pratique des savoirs mathématiques pythagoriciens.

En raccourci

Zôpyros de Tarente est un pythagoricien de Tarente actif dans le dernier quart du 5ᵉ siècle av. J.-C. Il s’illustra en tant qu’ingénieur mécanicien spécialisé dans la conception d’armes d’artillerie. Mentionné dans le catalogue des pythagoriciens de Jamblique, il conçut deux types perfectionnés de gastraphètes — des sortes d’arcs à ventre montés sur support — pour les cités de Milet et Cumes. Ces machines, décrites au 2ᵉ siècle av. J.-C. par l’ingénieur Biton, utilisaient un système de treuil permettant de lancer de puissants projectiles.

Son activité s’inscrit dans le contexte troublé de la fin du 5ᵉ siècle, marqué par l’intensification des conflits militaires en Méditerranée. Un question d’identité existe entre Zôpyros de Tarente et Zôpyros d’Héraclée, auteur présumé de poèmes orphiques. Figure peu connue mais significative, Zôpyros témoigne de la diversité des engagements pythagoriciens et du rôle des savants grecs dans le développement des techniques militaires.

Contexte et sources

Les informations relatives à Zôpyros de Tarente proviennent de sources indirectes et tardives, ce qui impose une prudence méthodologique. Jamblique de Chalcis, philosophe néoplatonicien du 3ᵉ siècle apr. J.-C., le mentionne dans le catalogue de pythagoriciens qui conclut sa Vie de Pythagore, où il apparaît parmi les membres de l’école de Tarente. Cette attribution pythagoricienne, bien que non confirmée par les sources les plus anciennes, s’accorde avec le contexte intellectuel de la cité.

L’ingénieur Biton, actif au 2ᵉ ou au 3ᵉ siècle av. J.-C., constitue la principale source technique. Dans son traité Sur la construction des machines de guerre et des catapultes, il décrit minutieusement deux gastraphètes conçus par Zôpyros, l’un pour Milet, l’autre pour Cumes. Biton ne qualifie toutefois pas explicitement Zôpyros de pythagoricien, se contentant de souligner ses compétences d’ingénieur. La datation de l’activité de Zôpyros a longtemps oscillé entre la fin du 5ᵉ et le début du 4ᵉ siècle av. J.-C. ; les travaux de Peter Kingsley (1995) ont établi de façon convaincante qu’il était actif dans le dernier quart du 5ᵉ siècle, entre 421 et 401 environ.

Tarente, dernier bastion pythagoricien

Colonie spartiate fondée à la fin du 8ᵉ siècle av. J.-C., Tarente s’imposa progressivement comme la cité la plus prospère de Grande-Grèce. Au 5ᵉ siècle, elle devint le refuge principal des pythagoriciens après les persécutions qui frappèrent l’école de Crotone vers le milieu du siècle. Les révolutions démocratiques qui balayèrent plusieurs cités d’Italie méridionale provoquèrent l’incendie des maisons pythagoriciennes et la dispersion des membres de l’école. Seuls quelques rescapés, parmi lesquels Philolaos de Crotone et Lysis, parvinrent à gagner Tarente ou d’autres cités grecques.

Dans ce contexte troublé, Tarente offrait un environnement relativement stable où les pythagoriciens purent reconstituer leurs activités. La cité connaissait alors une période de prospérité économique fondée sur le commerce maritime et la pêche, ce qui favorisait le développement intellectuel. C’est dans cette atmosphère que Zôpyros développa ses compétences d’ingénieur, probablement grâce à une formation aux mathématiques pythagoriciennes.

Innovations en artillerie

L’ingénierie militaire connaissait au 5ᵉ siècle av. J.-C. des développements considérables. La gastraphète, mot utile pour briller en société qui signifie littéralement « arc à ventre », représentait une forme perfectionnée d’arbalète. Son mécanisme reposait sur un arc composite monté sur un cadre en bois. Pour bander l’arme, l’opérateur appuyait le ventre contre une cavité située à l’arrière et poussait de tout son poids, d’où son nom. Cette technique permettait d’accumuler une force bien supérieure à celle d’un archer traditionnel.

Zôpyros conçut des versions avancées de cette arme pour deux cités méditerranéennes confrontées à des menaces militaires. À Milet, cité ionienne d’Asie Mineure, il développa probablement son gastraphète avant 401 av. J.-C., date de l’annexion de la ville par les Perses. À Cumes, cité grecque de Campanie en Italie centrale, son intervention se situe vraisemblablement vers 421 av. J.-C., peut-être en lien avec la conquête sabellienne qui menaçait la région. Ces contextes suggèrent que Zôpyros mettait ses compétences au service de cités grecques confrontées à des adversaires puissants.

Les machines de Zôpyros se distinguaient par plusieurs innovations techniques. Montées sur support fixe plutôt que maniées à main levée, elles utilisaient un système de treuil pour bander l’arc, multipliant ainsi la puissance de tir. Selon Biton, elles pouvaient lancer simultanément deux projectiles mesurant environ 1,85 mètre de longueur et 11,4 centimètres de diamètre. Cette capacité de tir double, bien que réduisant probablement la portée, permettait d’accroître le volume de feu lors des sièges. Les dimensions imposantes des projectiles en faisaient sans aucun doute des armes redoutables.

Mathématiques pythagoriciennes

L’appartenance de Zôpyros à l’école pythagoricienne soulève la question des relations entre spéculation mathématique et technique appliquée. Les pythagoriciens cultivaient une approche du savoir fondée sur les nombres et les proportions, considérant que toute réalité pouvait s’exprimer en termes mathématiques. Cette vision impliquait l’étude de l’arithmétique, de la géométrie, de l’astronomie et de l’harmonique musicale, disciplines que les pythagoriciens regardaient comme des « sciences sœurs ».

La conception d’artillerie requérait précisément une maîtrise des proportions et des rapports mathématiques. Calculer la tension de l’arc, déterminer l’angle de tir optimal, évaluer les distances et trajectoires : toutes ces opérations mobilisaient des connaissances géométriques et arithmétiques. Philon de Byzance, ingénieur du 3ᵉ siècle av. J.-C., établira plus tard que toutes les dimensions d’une catapulte devaient être proportionnelles à la taille des ressorts de torsion, principe qui traduisait en formules mathématiques l’expérience empirique des constructeurs.

Néanmoins, aucune source n’établit de lien direct entre le pythagorisme de Zôpyros et ses travaux d’ingénieur. Certains historiens, comme Kingsley, ont postulé l’existence d’une « école pythagoricienne de mécanique », mais cette hypothèse demeure spéculative. D’autres pythagoriciens, notamment Archytas de Tarente au siècle suivant, s’intéressèrent à la mécanique et à ses applications, mais Platon reprochera précisément à Archytas d’avoir « contaminé » la géométrie par des procédés mécaniques, trahissant ainsi la vocation purement contemplative des mathématiques. Le pythagorisme était divisé entre la quête de pureté théorique et le désir d’utilité pratique.

La mobilité des ingénieurs

L’activité de Zôpyros à Milet et à Cumes témoigne de la mobilité des ingénieurs grecs à travers la Méditerranée. Loin de demeurer confinés dans leur cité d’origine, ces spécialistes voyageaient pour mettre leurs compétences au service de diverses puissances. Biton mentionne d’autres ingénieurs itinérants de son époque, tels que Charon de Magnésie ou Isidore d’Abydos, constructeurs de machines de siège. Cette circulation des savoirs techniques créait une communauté professionnelle transcendant les frontières politiques.

En 399 av. J.-C., Diodore de Sicile rapporte que Denys Ier, tyran de Syracuse, rassembla des artisans qualifiés venus d’Italie, de Grèce et de Carthage pour développer son artillerie en vue de la guerre contre les Carthaginois. Zôpyros, ingénieur réputé originaire d’Italie du Sud, aurait pu figurer parmi ces experts convoqués en Sicile. Cette hypothèse demeure toutefois incertaine. Ce qui apparaît clairement, c’est que les cités grecques reconnaissaient la valeur stratégique de l’expertise technique et n’hésitaient pas à recruter des spécialistes étrangers pour renforcer leurs capacités militaires.

La question de l’identité

Une controverse entoure l’identification de Zôpyros de Tarente avec un homonyme, Zôpyros d’Héraclée, mentionné par Clément d’Alexandrie et la Souda comme auteur de trois poèmes orphiques : Le Filet, La Robe et Le Cratère. Ces œuvres, aujourd’hui perdues, traitaient probablement de cosmologie et d’anthropologie dans une perspective mystique. Si cette identification s’avérait exacte, Zôpyros incarnerait la dualité caractéristique de certains pythagoriciens, partageant leur attention entre recherches scientifiques et spéculations religieuses.

Plusieurs éléments alimentent le débat. Héraclée pourrait désigner soit Héraclée du Pont, sur la mer Noire, soit une Héraclée proche de Tarente en Italie du Sud. Dans ce dernier cas, les deux figures se confondraient aisément. D’autres pythagoriciens sont associés à des écrits orphiques, ce qui n’aurait rien d’exceptionnel. Toutefois, une source tardive relie Zôpyros d’Héraclée à Pisistrate, tyran d’Athènes au 6ᵉ siècle, ce qui rendrait impossible son identification avec le Zôpyros actif vers 420–400. Les sources divergent, et la prudence s’impose.

Au sein de l’école pythagoricienne, la divergence entre « acousmaticiens », attachés aux enseignements ésotériques et aux préceptes de vie, et « mathématiciens », privilégiant l’étude rationnelle, structurait les débats internes. Zôpyros, qu’il ait ou non composé des poèmes orphiques, illustre cette diversité des engagements pythagoriciens, entre mystique et science.

Héritage et postérité

L’œuvre de Zôpyros s’inscrit dans le développement progressif de l’artillerie grecque qui connaîtra son apogée avec les catapultes à torsion du 4ᵉ siècle. Les gastraphètes à flexion qu’il perfectionna représentaient une étape transitoire vers des machines plus puissantes. Ses innovations techniques contribuèrent à la constitution d’un corpus de connaissances mécaniques transmis aux générations suivantes d’ingénieurs.

Il est certain que , dans l’histoire du pythagorisme, Zôpyros demeure une figure tout à fait secondaire.. Alors que Philolaos et Archytas de Tarente concentrent l’attention des historiens de la philosophie, des personnages comme Zôpyros rappellent que l’école pythagoricienne ne se limitait pas à la spéculation théorique. Mathématiques, astronomie, harmonique, mais aussi médecine, botanique et mécanique : les pythagoriciens exploraient une multiplicité de domaines, anticipant la diversification des savoirs qui caractérisera les périodes hellénistique et romaine.

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