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Structure
  1. En raccourci
  2. Formation mathématique et philosophique
    1. Parcours australien initial
    2. Études doctorales à Pittsburgh
  3. Carrière académique et premiers travaux
    1. Débuts à l’université de l’Illinois
    2. Développement d’une approche distinctive
  4. Betting on Theories et maturité intellectuelle
    1. Publication de l’ouvrage majeur
    2. Reconnaissance institutionnelle
  5. Logique inductive et paradoxes de la confirmation
    1. Le paradoxe des corbeaux
    2. Développement de la logique inductive
  6. Derniers travaux et retrait de la philosophie
    1. Synthèse théorique finale
    2. Cessation de l’activité philosophique
  7. Influence et actualité de la pensée
    1. Contribution méthodologique
    2. Actualité théorique
    3. Une voix singulière en philosophie analytique
    4. Pour aller plus loin
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Image fictive et imaginaire de Patrick Maher, philosophe analytique spécialiste de la probabilité inductive, ne le représentant pas réellement
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Patrick Maher (1950-) : la probabilité inductive et la confirmation scientifique

  • 05/12/2025
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OrigineAustralie et États-Unis
Importance★★★
CourantsPhilosophie analytique, philosophie des sciences
ThèmesProbabilité inductive, théorie de la confirmation, logique carnapienne, théorie bayésienne de la décision, paradoxe des corbeaux

Patrick Maher s’est imposé comme l’un des principaux théoriciens contemporains de la probabilité inductive et de la confirmation scientifique. Son œuvre renouvelle l’approche carnapienne de la logique inductive en proposant une conception rigoureuse de la probabilité comme explication logique. Professeur à l’université de l’Illinois durant plus de vingt-cinq ans, il a marqué la philosophie des sciences par ses analyses du paradoxe des corbeaux et sa défense d’une théorie bayésienne de la décision rationnelle.

En raccourci

Patrick Maher représente une voix singulière dans la philosophie analytique contemporaine. Formé en mathématiques puis en philosophie en Australie avant de poursuivre ses études à Pittsburgh, il construit une carrière académique centrée sur la compréhension logique de la probabilité. Son ouvrage majeur, Betting on Theories, publié en 1993, articule théorie de la décision bayésienne et théorie de la confirmation dans un cadre unifié. Maher s’attache à montrer que la probabilité inductive constitue une notion logique légitime, distincte de la simple croyance subjective.

Ses travaux sur le paradoxe des corbeaux éclairent les limites des principes de confirmation traditionnels. L’approche carnapienne qu’il développe identifie précisément lesquels de ces principes doivent être abandonnés. Cette contribution méthodologique influence durablement les débats en philosophie des sciences.

Au-delà de ses positions théoriques, Maher défend l’explication comme méthode philosophique essentielle, poursuivant ainsi le projet d’élucidation conceptuelle inauguré par Carnap. Sa décision de cesser toute activité philosophique en 2009, alors même qu’il poursuivait un manuscrit sur la nature de la probabilité, ajoute une dimension singulière à son parcours intellectuel.

Formation mathématique et philosophique

Parcours australien initial

Le parcours intellectuel de Patrick Maher débute en Australie, où il acquiert d’abord une solide formation mathématique. En 1972, il obtient un Bachelor of Science en mathématiques à l’université de Sydney. Cette orientation première témoigne d’un intérêt précoce pour le raisonnement formel et les structures logiques.

Après quelques années passées dans le monde professionnel, notamment chez Telecom Australia où il occupe divers postes entre 1967 et 1976, Maher se tourne vers la philosophie. Il reprend ses études et obtient en 1978 un Bachelor of Arts avec les plus hautes distinctions en philosophie, toujours à l’université de Sydney. Cette double compétence mathématique et philosophique oriente durablement sa réflexion vers les questions d’épistémologie formelle.

Études doctorales à Pittsburgh

En 1979, Patrick Maher intègre l’université de Pittsburgh, institution reconnue pour son excellence en philosophie des sciences. Il y poursuit simultanément des études en mathématiques et en philosophie, obtenant en 1982 deux Master of Arts distincts dans ces deux disciplines. Cette formation bifocale lui permet d’acquérir les outils techniques nécessaires à l’analyse rigoureuse des questions probabilistes.

Pittsburgh constitue alors un centre intellectuel majeur pour la philosophie des sciences, dans la lignée de figures comme Wesley Salmon et Adolf Grünbaum. Dans ce contexte stimulant, Maher développe son intérêt pour la théorie de la confirmation et la logique inductive. Il achève son doctorat en philosophie en 1984, posant ainsi les fondations d’une carrière académique consacrée à l’élucidation des concepts probabilistes.

Carrière académique et premiers travaux

Débuts à l’université de l’Illinois

Dès l’obtention de son doctorat en 1984, Maher obtient un poste de professeur assistant au département de philosophie de l’université de l’Illinois à Urbana-Champaign. Cette nomination lance une carrière de vingt-six ans dans cette institution. Entre 1987 et 1990, il bénéficie simultanément d’une affiliation prestigieuse comme postdoctorant au Michigan Society of Fellows et comme professeur assistant au département de philosophie de l’université du Michigan.

Les premières publications de Maher portent sur des questions fondamentales de théorie de la décision. Dès 1985, il explore les fondements de l’utilité espérée dans une perspective formelle. Ses articles sur la causalité dans la logique de la décision et sur l’action rationnelle montrent son souci d’articuler approche bayésienne et théorie de la décision sans présupposer une réduction de l’acceptation à la probabilité.

Développement d’une approche distinctive

À la fin des années 1980, Maher développe une position originale sur la nature de la confirmation scientifique. Dans plusieurs articles publiés dans Philosophy of Science, il examine comment la prédiction améliore la confirmation et pourquoi les scientifiques recherchent activement des preuves empiriques. Ces travaux montrent qu’il refuse de réduire l’acceptation rationnelle d’une théorie à l’attribution d’une forte probabilité subjective.

Parallèlement, Maher s’intéresse aux paradoxes classiques de la théorie de la décision, notamment le paradoxe d’Allais et le paradoxe d’Ellsberg. Ses analyses critiques des positions de Isaac Levi montrent sa maîtrise des débats techniques sur la rationalité de la décision dans des contextes d’incertitude. Cette période voit également ses premières contributions sur la rationalité diachronique, question qui restera centrale dans sa réflexion ultérieure.

Betting on Theories et maturité intellectuelle

Publication de l’ouvrage majeur

En 1993, Cambridge University Press publie Betting on Theories, l’ouvrage le plus ambitieux de Patrick Maher. Ce livre représente une contribution significative à la fois à la théorie de la décision et à la théorie de la confirmation. L’auteur y examine de manière approfondie la théorie bayésienne de la décision et la théorie de la confirmation, en raffinant et en élaborant les positions de Frank Ramsey et Leonard Savage.

Maher y défend la thèse selon laquelle le fondement le plus solide pour la théorie de la confirmation se trouve dans la théorie de la décision. Il fournit une dérivation décisionnelle des principes régissant la révision des probabilités au fil du temps. L’apport central consiste à définir une notion d’acceptation d’une hypothèse qui ne se réduit pas à la probabilité, mais qui s’avère nécessaire pour traiter certaines questions importantes en philosophie des sciences.

L’ouvrage propose un compte rendu bayésien de l’acceptation rationnelle, accompagné d’une preuve des fondements de cette théorie. Un chapitre final montre comment cette approche peut éclairer des questions controversées comme la vérisimilitude et le réalisme scientifique. Les recensions saluent la clarté de l’exposition et l’accessibilité des démonstrations mathématiques, permettant une lecture par des philosophes sans formation technique avancée.

Reconnaissance institutionnelle

Les années 1990 voient Patrick Maher recevoir plusieurs distinctions académiques. En 1993-1994, il effectue un séjour comme chercheur invité au Center for Philosophy of Science de l’université de Pittsburgh, son alma mater. De 1995 à 1998, il obtient le titre de University Scholar à l’université de l’Illinois, reconnaissance de l’excellence de ses recherches.

Sa progression dans la hiérarchie universitaire reflète cette reconnaissance. Promu professeur associé en 1992, il accède au rang de professeur titulaire en 2000. Cette période correspond à une productivité intellectuelle soutenue, avec la publication d’articles importants sur la confirmation subjective et objective, ainsi que sur les différents types de probabilités.

Logique inductive et paradoxes de la confirmation

Le paradoxe des corbeaux

En 1999, Maher publie dans Philosophy of Science un article décisif sur le paradoxe des corbeaux de Carl Hempel. Ce paradoxe classique naît de l’incompatibilité apparente entre trois principes de confirmation prima facie plausibles. Maher utilise la logique inductive carnapienne pour identifier lequel de ces principes doit être abandonné, expliquer pourquoi il est faux, et proposer un principe vrai suffisamment proche du principe faux pour expliquer sa plausibilité initiale.

Cette solution au paradoxe se distingue de toutes les réponses antérieures par sa rigueur formelle et sa clarté conceptuelle. L’approche néo-carnapienne de Maher montre que certains principes de confirmation intuitifs ne tiennent pas lorsqu’on examine leur formulation précise dans un cadre probabiliste rigoureux. Branden Fitelson et James Hawthorne reprendront cette analyse dans leurs propres travaux sur le traitement bayésien du paradoxe.

Développement de la logique inductive

Au cours des années 2000, Maher approfondit sa conception de la logique inductive. Dans une série d’articles publiés dans Erkenntnis et Philosophy of Science, il examine le concept de probabilité inductive et propose une conception générale de la logique inductive comme projet d’explication. L’explicandum est l’un des sens du mot probabilité dans le langage ordinaire, que Maher appelle probabilité inductive.

L’explicatum proposé consiste en une fonction de probabilité conditionnelle spécifiée par définition stipulative. Cette conception s’inspire directement de Carnap, mais Maher montre que les objections classiques à la logique inductive carnapienne ne s’appliquent pas à son approche. Il réfute notamment l’argument subjectiviste selon lequel les probabilités inductives n’existeraient pas.

En 2006, Maher contribue une entrée sur la théorie de la confirmation à la deuxième édition de l’Encyclopedia of Philosophy. Cette contribution synthétise l’état des débats et présente sa position sur les différentes conceptions de la confirmation scientifique. Il y défend l’idée que la probabilité capture la logique de la confirmation scientifique, position qu’il développe également dans Contemporary Debates in Philosophy of Science.

Derniers travaux et retrait de la philosophie

Synthèse théorique finale

Entre 2006 et 2010, Patrick Maher publie ses contributions les plus abouties sur la nature de la probabilité. Dans des articles parus dans Journal of Philosophical Logic et Synthese, il développe une théorie complète de l’explication de la probabilité inductive. Son article de 2010 sur l’explication de la probabilité inductive présente une méthode générale d’explication et applique cette méthode à l’explication due à Carnap.

Maher examine systématiquement les critiques courantes de la logique inductive de Carnap. Il montre que la plupart de ces critiques sont fallacieuses et que celles qui ont quelque validité ne sont pas fondamentales. Son article sur la probabilité bayésienne, publié également en 2010, propose une conception satisfaisante de la théorie de la décision bayésienne en considérant la probabilité bayésienne comme un explicatum de la probabilité inductive étant donné les preuves de l’agent.

Cessation de l’activité philosophique

En octobre 2009, Patrick Maher prend la décision de cesser de faire de la philosophie. Cette décision intervient alors qu’il travaillait sur un manuscrit important concernant la nature de la probabilité. Dans une note ultérieure, il explique qu’il n’avait initialement pas l’intention de rendre public ce brouillon inachevé. Cependant, constatant que de nombreuses personnes consultaient ses notes de cours et articles disponibles sur son site web, il décide finalement de mettre ce manuscrit à disposition.

Le manuscrit contient des analyses nouvelles, notamment un compte rendu de la théorie de la probabilité de Laplace fondé sur une lecture de textes importants qui semblent avoir échappé aux autres commentateurs. La discussion de la théorie de von Mises présente également des éléments originaux. Maher prend sa retraite de son poste de professeur à l’université de l’Illinois en mai 2010, recevant le titre de professeur émérite.

Après son retrait de l’activité philosophique, Maher se consacre à l’amélioration de son français, utilisant des programmes informatiques qu’il développe lui-même. Il déménage dans un appartement à Chicago en 2010, puis dans une maison à Decatur en 2014. Entre 2012 et 2017, il passe régulièrement le mois d’octobre à Paris, avant de cesser de prendre l’avion pour des raisons environnementales.

Influence et actualité de la pensée

Contribution méthodologique

L’apport de Patrick Maher à la philosophie des sciences se situe principalement sur le plan méthodologique. Sa défense de l’explication comme méthode philosophique s’inscrit dans la tradition carnapienne tout en l’adaptant aux exigences contemporaines. En montrant que des concepts vagues du langage ordinaire peuvent recevoir une explicitation formelle rigoureuse, Maher illustre la fécondité d’une approche qui refuse à la fois le réductionnisme simpliste et l’obscurantisme conceptuel.

Ses travaux sur le paradoxe des corbeaux ont influencé les débats ultérieurs en théorie de la confirmation. Des philosophes comme Branden Fitelson, James Hawthorne, et Colin Howson ont développé des approches qui s’appuient sur les distinctions établies par Maher. Sa solution néo-carnapienne au paradoxe reste une référence dans la littérature spécialisée, citée régulièrement dans les discussions sur les fondements de la confirmation scientifique.

Actualité théorique

La distinction que Maher établit entre probabilité inductive et degré de croyance garde toute sa pertinence dans les débats contemporains. Face aux approches purement subjectivistes qui dominent une partie de la philosophie analytique, sa défense d’une conception logique de la probabilité offre une alternative conceptuelle rigoureuse. Les arguments qu’il développe contre la réduction de la probabilité inductive à la croyance subjective interpellent les tenants d’un bayésianisme radical.

Son insistance sur l’irréductibilité de l’acceptation rationnelle à l’attribution de probabilités élevées résonne avec des préoccupations actuelles en épistémologie et en philosophie des sciences. Dans un contexte où la question de l’acceptation des théories scientifiques se pose avec acuité, notamment face aux controverses sur le réchauffement climatique ou l’efficacité vaccinale, les analyses de Maher sur la nature de l’acceptation rationnelle conservent leur force explicative.

Une voix singulière en philosophie analytique

Patrick Maher incarne une approche exigeante de la philosophie analytique, celle qui conjugue rigueur formelle et clarté conceptuelle au service de l’élucidation philosophique. Son œuvre, bien que technique, ne sacrifie jamais la pertinence philosophique à la virtuosité mathématique. En renouvelant le projet carnapien de logique inductive, il montre que les questions traditionnelles de la théorie de la connaissance peuvent recevoir un traitement formel sans perdre leur substance philosophique. Sa décision de se retirer de la philosophie, prise au sommet de sa maturité intellectuelle, ajoute une dimension singulière à son parcours, témoignant peut-être d’une certaine conception de l’intégrité intellectuelle face aux limites de la recherche philosophique.

 

Pour aller plus loin

  • Patrick Maher, Betting on Theories,

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