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Structure
  1. En raccourci
  2. Origines et formation mathématique
  3. Doctorat à Oxford et premières recherches
  4. Immersion dans la philosophie des sciences américaine
  5. Ascension académique et critique de Hempel
  6. Invention de l’évaluation formative et sommative
  7. Berkeley et consolidation de la théorie de l’évaluation
  8. Pensée critique et collaboration avec Richard Paul
  9. Responsabilités professionnelles et reconnaissance
  10. Pérégrinations académiques et interdisciplinarité
  11. Logique de l’évaluation et fondements théoriques
  12. Polymathe et entrepreneur intellectuel
  13. Mariage avec Mary Anne Warren et vie personnelle
  14. Publications prolifiques et influence durable
  15. Dernières années et synthèse intellectuelle
  16. Héritage philosophique et actualité
    1. Pour aller plus loin
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Image imaginaire de Michael Scriven, philosophe contemporain de la science et de l'évaluation. Cette représentation fictive ne correspond pas au personnage réel.
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  • Philosophie analytique

Michael Scriven (1928–2023) : l’architecte de la théorie de l’évaluation et critique du positivisme logique

  • 06/12/2025
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OrigineAngleterre, Australie, États-Unis
Importance★★★★
CourantsPhilosophie analytique, Philosophie des sciences, Philosophie de l'éducation
ThèmesÉvaluation formative et sommative, Critique du modèle nomologique-déductif, Pensée critique, Logique de l'évaluation, Explication scientifique

Michael Scriven compte parmi les figures majeures de la philosophie analytique du vingtième siècle. Son parcours intellectuel témoigne d’une polyvalence rare, alliant rigueur logique et préoccupations pratiques. Philosophe de formation, il bâtit une œuvre qui traverse les frontières disciplinaires et établit l’évaluation en tant que champ d’étude autonome.

En raccourci

Né en Angleterre et élevé en Australie, Michael Scriven commence sa carrière universitaire par des études de mathématiques avant de se tourner vers la philosophie à l’Université de Melbourne puis à Oxford. Sous la direction de Gilbert Ryle, il soutient en 1956 une thèse sur la logique de l’explication scientifique. Durant les années 1960, ses travaux en philosophie des sciences contestent le modèle nomologique-déductif de Carl Hempel, distinguant l’explication elle-même des raisons qui la justifient.

Scriven forge les concepts d’évaluation formative et sommative en 1967, transformant la façon dont les programmes éducatifs sont conçus et évalués. Il invente également l’évaluation sans référence aux objectifs (goal-free evaluation), une approche qui concentre l’attention sur les effets réels plutôt que sur les intentions déclarées.

Au cours d’une carrière s’étendant sur plus de cinq décennies, il enseigne dans des départements variés — mathématiques, philosophie, psychologie, éducation — à travers plusieurs continents. Ses contributions à la pensée critique, notamment sa définition élaborée avec Richard Paul, influencent durablement l’enseignement universitaire. Plus de 450 publications attestent de sa productivité intellectuelle exceptionnelle et de son engagement envers l’application pratique de la philosophie.

Origines et formation mathématique

Le 28 mars 1928, Michael John Scriven naît à Beaulieu, dans le Hampshire anglais. Sa famille émigre en Australie en 1940, période durant laquelle la Seconde Guerre mondiale bouleverse les équilibres mondiaux. L’Australie devient alors le cadre de sa formation intellectuelle.

Inscrit à l’Université de Melbourne, le jeune Scriven s’oriente d’abord vers les mathématiques. Il obtient en 1948 un baccalauréat avec mention dans cette discipline, puis poursuit avec un master combinant mathématiques et philosophie en 1950. Cette double formation initiale marque profondément sa méthode intellectuelle : la rigueur logique des mathématiques imprègne sa pratique philosophique ultérieure.

Doctorat à Oxford et premières recherches

De 1950 à 1956, Scriven séjourne à Oxford où il prépare son doctorat sous la supervision de Gilbert Ryle, figure centrale de la philosophie analytique britannique. Ryle, auteur de La Notion d’esprit, transmet à son étudiant une exigence de clarté conceptuelle et un souci constant d’analyser les usages ordinaires du langage.

La thèse de Scriven, intitulée « Explanations : a study of the logic of explanations in the sciences and the humanities », examine la structure logique de l’explication dans différents domaines du savoir. Dès ce travail inaugural, il questionne les présupposés du positivisme logique dominant. Parallèlement à ses recherches doctorales, Scriven fonde et préside la Society for Psychical Research d’Oxford, manifestant un intérêt précoce pour des questions situées aux marges de la science établie.

Immersion dans la philosophie des sciences américaine

En 1952, avant même l’achèvement de son doctorat, Scriven rejoint l’Université du Minnesota en tant qu’instructeur en philosophie. Il intègre le Minnesota Center for Philosophy of Science, haut lieu de recherche où se rassemblent les principaux représentants de l’empirisme logique aux États-Unis. Herbert Feigl, directeur du centre, l’associe à l’édition des Minnesota Studies in the Philosophy of Science, série de volumes qui deviendront des références majeures de la discipline.

Avec Feigl, Scriven coédite en 1956 le premier volume, The Foundations of Science and the Concepts of Psychology and Psychoanalysis, puis en 1958 le deuxième, Concepts, Theories, and the Mind-Body Problem. Ces collaborations le placent au cœur des débats philosophiques de l’époque sur le statut des sciences humaines et la nature de l’explication scientifique.

Durant cette période, Scriven développe une expertise sur la parapsychologie, publiant plusieurs articles analysant les implications philosophiques de la recherche psychique. Cette ouverture témoigne de son refus de limiter la réflexion philosophique aux seules sciences physiques.

Ascension académique et critique de Hempel

Après avoir enseigné à Swarthmore College de 1956 à 1960, Scriven devient professeur d’histoire et de philosophie des sciences à l’Université d’Indiana (1960-1966). Ces années marquent l’apogée de ses contributions à la philosophie des sciences proprement dite.

Ses articles des années 1960 remettent en question le modèle nomologique-déductif proposé par Carl Hempel et Paul Oppenheim. Selon ce modèle, expliquer un phénomène revient à le déduire logiquement de lois générales accompagnées de conditions initiales. Scriven conteste cette vision en distinguant nettement l’explication d’un événement des raisons qui nous permettent de tenir cette explication pour correcte. Une explication peut être adéquate sans nécessiter l’énoncé explicite de lois universelles ; elle doit simplement rendre compte de ce qui s’est effectivement produit.

Scriven propose l’exemple désormais classique : « Mon genou a heurté l’encrier, ce qui a causé son renversement » constitue une explication satisfaisante du renversement, bien qu’aucune loi générale n’y figure explicitement. L’affirmation causale suffit. Selon lui, Hempel confond l’explication avec sa justification épistémique — c’est-à-dire avec les raisons qui nous font croire qu’elle est vraie.

Cette critique pragmatique de la conception syntaxique de l’explication influence durablement le domaine. Scriven insiste sur le fait que l’explication dépend du contexte et de l’auditoire : ce qui compte en tant qu’explication varie selon ce que l’interlocuteur sait déjà et ce qu’il cherche à comprendre.

Invention de l’évaluation formative et sommative

L’année 1967 marque un tournant dans la trajectoire intellectuelle de Scriven. Dans un article intitulé « The Methodology of Evaluation », publié dans Perspectives of Curriculum Evaluation, il introduit la distinction entre évaluation formative et évaluation sommative. Cette conceptualisation transforme radicalement les pratiques éducatives.

L’évaluation formative vise l’amélioration continue d’un programme en cours de développement. Elle fournit un retour d’information permettant d’ajuster et de perfectionner les méthodes pédagogiques. L’évaluation sommative, quant à elle, intervient à l’issue d’un programme pour déterminer s’il atteint ses objectifs et mérite d’être adopté à plus grande échelle.

Benjamin Bloom reprend et développe ces notions l’année suivante dans le contexte de l’apprentissage pour la maîtrise. Toutefois, Scriven précise ultérieurement que sa distinction ne concerne pas tant le moment de l’évaluation que sa fonction : améliorer ou juger. Une même procédure d’évaluation peut servir les deux buts selon l’usage qui en est fait.

En 1971, Scriven propose l’évaluation sans référence aux objectifs (goal-free evaluation), approche qui concentre l’attention sur les effets réels d’un programme plutôt que sur ses intentions déclarées. L’évaluateur examine les résultats effectifs sans connaître au préalable les objectifs affichés, évitant ainsi le biais consistant à ne chercher que ce qui était prévu. Cette méthode permet de découvrir des conséquences inattendues, positives ou négatives.

Scriven définit l’évaluation comme la détermination systématique du mérite, de la valeur ou de la signification de quelque chose. Cette définition, fondée sur les notions de mérite et de valeur, devient la plus largement adoptée dans le domaine.

Berkeley et consolidation de la théorie de l’évaluation

De 1966 à 1978, Scriven enseigne à l’Université de Californie à Berkeley, d’abord en tant que professeur de philosophie, puis comme professeur d’éducation. Il occupe également le poste d’assistant spécial du vice-chancelier entre 1975 et 1977.

Durant cette période californienne, Scriven publie plusieurs ouvrages majeurs. Primary Philosophy (1966) présente une introduction à la philosophie destinée aux étudiants, caractérisée par sa clarté et son accessibilité. Reasoning (1976) développe une approche systématique de la pensée critique, incluant des chapitres sur l’analyse, l’argumentation et la clarification conceptuelle.

L’Evaluation Thesaurus (1977), coécrit avec Jacqueline Roth, établit un vocabulaire standardisé pour le domaine de l’évaluation. Cet ouvrage de référence définit avec précision les termes techniques et clarifie les concepts centraux du champ.

Scriven développe également la méthodologie des listes de vérification (checklist methodology), outil pratique permettant d’organiser systématiquement l’évaluation en s’assurant qu’aucun aspect pertinent n’est négligé. Cette approche méthodique reflète sa formation mathématique initiale et son souci de rigueur.

Pensée critique et collaboration avec Richard Paul

Parallèlement à ses travaux sur l’évaluation, Scriven contribue de manière significative au domaine de la pensée critique. En collaboration avec Richard Paul, il élabore une définition qui fait autorité : « La pensée critique est le processus intellectuellement discipliné qui consiste à conceptualiser, appliquer, analyser, synthétiser et évaluer activement et avec compétence l’information recueillie ou produite par l’observation, l’expérience, la réflexion, le raisonnement ou la communication. »

Cette définition souligne le caractère actif et discipliné de la pensée critique, qui s’appuie sur des valeurs intellectuelles universelles : clarté, précision, pertinence, cohérence, profondeur. Scriven insiste sur le fait que la pensée critique n’est pas simplement une disposition mentale, mais une compétence qui s’acquiert et se perfectionne par la pratique.

Son ouvrage Reasoning propose une pédagogie concrète de l’amélioration des capacités de raisonnement, utilisant des exemples tirés de la vie quotidienne. Scriven considère que ces compétences constituent des outils professionnels essentiels pour les enseignants, les juristes, les scientifiques et les dirigeants, mais également des compétences citoyennes fondamentales.

Responsabilités professionnelles et reconnaissance

En 1978-1979, Scriven préside l’American Educational Research Association, principale organisation professionnelle dans le domaine de la recherche en éducation. Il assume également la présidence de l’American Evaluation Association, institution qu’il a contribué à établir.

Ces positions de leadership attestent la reconnaissance de ses pairs. L’American Evaluation Association lui décerne la médaille Lazarsfeld pour ses contributions à la théorie de l’évaluation. En 2004, l’American Association of Teachers of Philosophy lui remet le prix pour sa contribution à vie à l’enseignement de la philosophie. L’Université de Melbourne lui confère un doctorat honorifique en éducation en 2013, près de cinquante ans après son PhD d’Oxford.

Scriven participe activement à l’institutionnalisation de l’évaluation en tant que transdiscipline — terme qu’il invente pour désigner un domaine qui transcende les frontières disciplinaires traditionnelles tout en possédant ses propres méthodes et concepts. L’évaluation s’applique à des objets variés : programmes, produits, personnels, politiques, performances, portefeuilles, propositions.

Pérégrinations académiques et interdisciplinarité

Après Berkeley, le parcours de Scriven se caractérise par une mobilité géographique et disciplinaire exceptionnelle. De 1978 à 1982, il enseigne à l’Université de San Francisco. Il rejoint ensuite l’Université d’Australie-Occidentale (1982-1990), où il dirige le Center for Tertiary Education Studies.

Cette période australienne le ramène sur le continent de sa jeunesse. Il poursuit ensuite sa carrière à la Pacific Graduate School of Psychology (1989-1992), à l’Université d’Auckland en tant que professeur d’évaluation (2003-2004), et à la Western Michigan University par intermittence.

À partir de 1997, Scriven s’installe à la Claremont Graduate University, où il devient professeur distingué au sein de la Division of Behavioral and Organizational Sciences. Il y demeure jusqu’à la fin de sa vie, contribuant au développement des programmes d’études supérieures en évaluation et du Claremont Evaluation Center.

Au fil de sa carrière, Scriven enseigne dans des départements de mathématiques, philosophie, psychologie, histoire et philosophie des sciences, droit, éducation, technologie et évaluation. Cette diversité témoigne de sa capacité à dialoguer avec de multiples disciplines et à appliquer les outils de l’analyse philosophique à des questions variées.

Logique de l’évaluation et fondements théoriques

Dans ses écrits ultérieurs, Scriven développe une « logique de l’évaluation », esquissant les structures d’argumentation propres aux raisonnements évaluatifs. Selon lui, l’évaluation suit des principes logiques spécifiques, distincts de ceux de l’explication scientifique ou de la démonstration mathématique.

Cette logique comporte quatre étapes : sélectionner les critères de mérite ou de valeur, établir des standards de performance pour ces critères, collecter des données de performance et les comparer aux standards requis, puis formuler le jugement évaluatif. L’évaluation est ainsi conçue comme un processus systématique et rationnel, bien que les valeurs y jouent un rôle incontournable.

Scriven conteste l’idée, héritée du positivisme logique, selon laquelle les jugements de valeur seraient nécessairement subjectifs ou arbitraires. Il argumente qu’il existe des fondements objectifs pour certains jugements évaluatifs, notamment lorsqu’on peut établir que quelque chose répond ou non à un besoin identifié.

Cette position en éthique descriptive influence son approche de l’éthique professionnelle et de l’éducation morale. Scriven défend une éthique humanitaire fondée sur la satisfaction des besoins humains fondamentaux plutôt que sur des principes abstraits.

Polymathe et entrepreneur intellectuel

Au-delà de ses contributions académiques, Scriven manifeste des intérêts diversifiés. Passionné d’automobile, il publie en 1956 un ouvrage technique sur les turbines à gaz dans la conception automobile. Il conçoit et supervise la construction de sa propre maison, appliquant des principes d’ingénierie et d’esthétique.

Amateur d’art et de musique, il développe également un goût pour la gastronomie. Ancien rameur, il maintient tout au long de sa vie une activité physique régulière. Ces activités extérieures à l’académie reflètent un esprit curieux et créatif, refusant de se cantonner aux limites de la spécialisation professionnelle.

Scriven fonde le Faster Forward Fund, organisation soutenant la recherche non conventionnelle et encourageant l’innovation intellectuelle. Cette initiative entrepreneuriale témoigne de sa conviction que l’avancement de la connaissance requiert parfois de sortir des cadres établis.

Il rencontre Albert Einstein durant sa période américaine et entretient des débats intellectuels avec plusieurs figures majeures de la philosophie contemporaine. Ces échanges enrichissent sa réflexion et contribuent à l’affiner.

Mariage avec Mary Anne Warren et vie personnelle

Scriven épouse Mary Anne Warren, philosophe féministe reconnue pour ses contributions à l’éthique appliquée et à la philosophie de l’avortement. Warren développe notamment le concept de « personnalité morale » et défend une position libérale sur les questions bioéthiques.

Cette union intellectuelle entre deux philosophes analytiques témoigne d’un partage de valeurs communes : rigueur argumentative, engagement envers l’application pratique de la philosophie, souci des questions éthiques concrètes. Le couple n’a pas d’enfants.

Warren prédécède Scriven, décédant en 2010. Cette perte marque profondément les dernières années du philosophe, bien qu’il continue d’enseigner et de publier activement.

Publications prolifiques et influence durable

Au cours de sa carrière, Scriven produit plus de 450 publications couvrant un spectre disciplinaire exceptionnellement large : philosophie générale, logique, esthétique, éthique, philosophie politique, philosophie du droit, philosophie de la religion, philosophie de l’histoire, philosophie des mathématiques, philosophie des sciences, cosmologie, biologie, informatique, psychologie, psychiatrie, parapsychologie, éducation et évaluation.

Son index h de 50 et ses plus de 12 000 citations le placent parmi les chercheurs les plus cités en sciences de l’éducation. Cette influence mesurable témoigne de l’impact durable de ses idées.

Parmi ses ouvrages marquants figurent Primary Philosophy, Reasoning, Evaluation Thesaurus et The Logic of Evaluation. Ces textes continuent d’être utilisés dans les cours universitaires et cités dans la littérature de recherche.

En 2012, des chercheurs proposent la création d’un « nombre de Scriven », analogue au nombre d’Erdős en mathématiques, pour mesurer la distance de collaboration entre chercheurs en évaluation et Scriven lui-même. Cette initiative souligne le rôle central qu’il occupe dans le réseau intellectuel du domaine.

Dernières années et synthèse intellectuelle

Dans ses dernières décennies, Scriven poursuit son enseignement à la Claremont Graduate University tout en servant de mentor à des centaines d’étudiants et de jeunes collègues. Son influence s’exerce moins par l’adhésion unanime à ses thèses que par sa capacité à stimuler la réflexion critique et le débat intellectuel.

De nombreux chercheurs en évaluation, même lorsqu’ils contestent certaines de ses positions, reconnaissent sa contribution fondamentale à l’établissement du domaine. Ses interventions lors de conférences demeurent attendues pour leur clarté analytique et leur capacité à identifier les failles dans les raisonnements proposés.

Scriven continue de publier jusqu’à un âge avancé, proposant des réflexions sur la nature de la compréhension scientifique et sur les fondements de l’éthique. Sa production intellectuelle tardive témoigne d’une vitalité intellectuelle persistante.

Le 28 août 2023, Michael Scriven décède à l’âge de 95 ans. Sa disparition suscite de nombreux hommages dans les communautés académiques de philosophie et d’éducation. La Claremont Graduate University et l’American Educational Research Association publient des notices nécrologiques saluant ses contributions.

Héritage philosophique et actualité

L’œuvre de Scriven traverse plusieurs registres de la philosophie analytique. En philosophie des sciences, ses critiques du modèle nomologique-déductif ont contribué à assouplir les conceptions trop rigides de l’explication scientifique et à reconnaître la dimension pragmatique de l’explication.

Sa distinction entre évaluation formative et sommative a transformé les pratiques éducatives mondiales. Des millions d’enseignants utilisent aujourd’hui ces concepts sans nécessairement connaître leur origine. L’évaluation formative est devenue une composante centrale des pédagogies contemporaines orientées vers l’apprentissage actif.

Dans le domaine de la pensée critique, la définition élaborée avec Richard Paul demeure l’une des plus citées. Les programmes universitaires de pensée critique s’appuient fréquemment sur les cadres conceptuels développés par Scriven.

Son insistance sur l’application pratique de la philosophie résonne avec les préoccupations contemporaines concernant la pertinence sociale de la recherche académique. Scriven incarne une philosophie engagée, qui ne se contente pas d’analyser des concepts abstraits mais cherche à résoudre des problèmes concrets.

Les débats actuels sur l’évaluation des programmes sociaux, sur les méthodes d’enseignement, sur les standards de la recherche scientifique et sur la formation à la pensée critique prolongent les questions qu’il a contribué à formuler. L’établissement de l’évaluation en tant que transdiscipline, avec ses revues spécialisées, ses instituts de recherche et ses programmes de formation, témoigne de la vision qu’il a portée.

Michael Scriven demeure une figure exemplaire de la philosophie analytique appliquée, conjuguant rigueur logique et engagement pratique. Son parcours illustre la fécondité d’une approche philosophique qui refuse de séparer la théorie de la pratique et qui reconnaît que les questions les plus importantes traversent les frontières disciplinaires.

Pour aller plus loin

  • Michael Scriven, Reasoning,
  • Michael Scriven, Evaluation Thesaurus,
  • Michael Scriven, Jean-Paul Sartre: Politics and Culture in Postwar France,
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