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Structure
  1. En raccourci
  2. Alexandrie au tournant du 2ᵉ siècle
    1. Une métropole intellectuelle
    2. Le cynisme à l’époque impériale
  3. Un enseignement fondé sur l’ascèse rigoureuse
    1. La formation par l’épreuve
    2. Les exercices de l’indifférence
  4. Les disciples d’un maître exigeant
    1. Démonax, le cynique tempéré
    2. Pérégrinus, le cynique spectaculaire
  5. Le témoignage des chroniqueurs
    1. La Chronique de Jérôme
    2. La Chronographie de Georges le Syncelle
  6. Un maître sans œuvre
    1. Le silence des textes
    2. L’enseignement incarné
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Représentation fictive et imaginaire d'Agathobulus, philosophe cynique d'Alexandrie, ne correspondant pas au personnage historique réel
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Agathobulus (vers 125 apr. J.-C.) : maître du cynisme alexandrin

  • 17/11/2025
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INFOS-CLÉS

Nom d’origineἈγαθόβουλος (*Agathoboulos*)
OrigineAlexandrie, Égypte
Importance★
CourantsCynisme
ThèmesAscétisme cynique, formation philosophique, indifférence stoïque, pédagogie directe

Agathobulus (ou Agathoboulos) incarne une figure méconnue mais déterminante du cynisme alexandrin au début du 2ᵉ siècle. Maître d’un ascétisme rigoureux, il forma des disciples qui marqueront l’histoire de la philosophie antique.

En raccourci

Philosophe cynique établi à Alexandrie vers 119 apr. J.-C., Agathobulus pratique un ascétisme d’une rigueur exceptionnelle. La Chronique de Jérôme le classe parmi les penseurs notables de son temps, aux côtés de Plutarque de Chéronée et d’Œnomaos.

Son enseignement attire deux disciples qui feront parler d’eux : Démonax de Chypre, que Lucien de Samosate admirera profondément, et Pérégrinus Protée, figure controversée qui terminera sa vie par une immolation publique aux Jeux olympiques.

À Alexandrie, cité cosmopolite où se croisent les traditions grecques, égyptiennes et juives, Agathobulus transmet la doctrine cynique dans sa forme la plus exigeante. Il enseigne l’indifférence aux conventions sociales et la maîtrise ascétique du corps, poussant ses disciples à des exercices spirituels qui choquent leurs contemporains.

Son nom traverse les siècles grâce aux témoignages de Lucien et aux chroniques historiques, mais son œuvre demeure silencieuse : aucun écrit ne lui est attribué avec certitude.

Alexandrie au tournant du 2ᵉ siècle

Une métropole intellectuelle

Lorsqu’Agathobulus établit son enseignement à Alexandrie, la cité fondée par Alexandre le Grand demeure l’un des principaux foyers culturels de la Méditerranée orientale. Au début du règne d’Hadrien, la ville accueille une population cosmopolite où cohabitent Grecs, Égyptiens, Juifs et Romains. La célèbre Bibliothèque, bien que diminuée, attire encore les savants. Les écoles philosophiques y prospèrent, du platonisme au stoïcisme en passant par le scepticisme.

Dans ce contexte foisonnant, le cynisme trouve une terre d’accueil particulière. Alexandrie offre un théâtre idéal pour la provocation cynique : ses places publiques animées, ses bains, ses marchés permettent aux philosophes itinérants de mettre en scène leur refus radical des conventions. La diversité culturelle de la métropole facilite aussi une certaine tolérance envers les comportements déviants.

Le cynisme à l’époque impériale

Le cynisme que pratique Agathobulus s’inscrit dans une longue tradition. Depuis Diogène de Sinope au 4ᵉ siècle av. J.-C., les cyniques prônent un retour à la nature et la recherche de l’autarcie (le terme grec désignant l’autosuffisance complète). Ils rejettent la richesse, le pouvoir politique et les raffinements culturels au profit d’une vie dénuée.

À l’époque d’Agathobulus, le cynisme connaît un renouveau. Les Romains cultivés s’intéressent à cette philosophie de la liberté individuelle. Musonius Rufus et son élève Épictète, bien que stoïciens, admirent profondément l’idéal cynique. Les empereurs, quant à eux, oscillent entre tolérance amusée et répression brutale face à ces philosophes sans gêne qui critiquent ouvertement le pouvoir.

Un enseignement fondé sur l’ascèse rigoureuse

La formation par l’épreuve

Les sources anciennes s’accordent sur un point : Agathobulus pratique et enseigne un ascétisme cynique d’une rigueur exceptionnelle. L’ascèse désigne ici l’ensemble des exercices physiques et spirituels visant à endurcir le corps et l’âme. Pour les cyniques, cette discipline n’est pas une fin en soi mais le moyen d’atteindre la vertu par la liberté totale.

Lucien de Samosate, dans son pamphlet contre Pérégrinus Protée, décrit les pratiques enseignées par Agathobulus. Son disciple se rase la moitié du crâne, se barbouille le visage de boue et s’exhibe devant la foule pour démontrer son indifférence absolue aux jugements sociaux. Ces actes délibérément provocants illustrent une méthode pédagogique cynique : détruire en soi toute honte (aidos) pour atteindre l’impassibilité (apatheia).

Les exercices de l’indifférence

La notion d’adiaphoria (indifférence) occupe une place centrale dans l’enseignement d’Agathobulus. Il s’agit de se rendre totalement insensible aux choses que le commun des mortels considère comme bonnes ou mauvaises : la richesse et la pauvreté, l’honneur et le déshonneur, le plaisir et la douleur. Seule la vertu mérite qu’on s’y attache ; tout le reste demeure sans importance.

Cette indifférence se cultive par des exercices progressifs. Les disciples d’Agathobulus mendient dans les rues pour vaincre leur fierté. Ils supportent les coups et les insultes pour endurcir leur caractère. Ils dorment à la dure et jeûnent régulièrement. Chaque épreuve franchie les rapproche de la liberté intérieure qui constitue le but ultime du cynisme.

Les disciples d’un maître exigeant

Démonax, le cynique tempéré

Parmi les élèves d’Agathobulus figure Démonax, né à Chypre vers 70 apr. J.-C. dans une famille aristocratique. Lucien de Samosate, qui le rencontre dans sa vieillesse, le décrit comme un sage exemplaire ayant vécu près d’un siècle.

Pérégrinus, le cynique spectaculaire

Pérégrinus Protée constitue le second disciple notable d’Agathobulus. Né à Parion vers 95 apr. J.-C., cet homme au parcours chaotique fréquente successivement les chrétiens de Palestine, les cyniques d’Alexandrie et les milieux philosophiques romains. Selon Lucien, qui le déteste cordialement, Pérégrinus se rend en Égypte vers 135 pour étudier auprès d’Agathobulus.

Le témoignage des chroniqueurs

La Chronique de Jérôme

Saint Jérôme, traducteur et continuateur de la Chronique d’Eusèbe de Césarée, mentionne Agathobulus dans sa liste des philosophes notables. Pour la 224ᵉ Olympiade (117-121 apr. J.-C.), il écrit : « Plutarque de Chéronée, Sextus, Agathobulus et Œnomaos sont considérés comme des philosophes notables. »

Cette mention place Agathobulus dans un groupe illustre. Plutarque de Chéronée, biographe et moraliste platonicien, domine la philosophie de son temps par l’étendue de son œuvre. Sextus Empiricus, médecin et philosophe sceptique, développe une critique systématique de tous les dogmatismes. Œnomaos de Gadara, cynique et critique des oracles, rédige des ouvrages polémiques contre la superstition.

La Chronographie de Georges le Syncelle

Georges le Syncelle, chroniqueur byzantin du 8ᵉ siècle, confirme la notoriété d’Agathobulus. Dans sa Chronographie, il note que « le philosophe Sextus, ainsi qu’Agathobulus et Œnomaos devinrent connus » dans la période 109-120 apr. J.-C. Cette seconde attestation, indépendante de Jérôme, prouve que la mémoire d’Agathobulus traverse les siècles.

Les sources divergent légèrement sur les dates précises de son floruit (période d’activité maximale). La fourchette 109-121 apr. J.-C. correspond au début du règne d’Hadrien, période de stabilité relative qui favorise l’activité philosophique. Alexandrie, bénéficiant de la bienveillance impériale, prospère alors comme centre intellectuel.

Un maître sans œuvre

Le silence des textes

Aucun écrit d’Agathobulus n’a survécu aux siècles. Cette absence ne surprend guère. Les cyniques privilégient l’exemple vécu sur le discours théorique. Diogène de Sinope, fondateur légendaire de l’école, n’a laissé que des anecdotes et des bons mots. Cratès de Thèbes compose quelques poèmes satiriques mais pas de traité systématique. Les cyniques considèrent que la philosophie se prouve par les actes plutôt que par les paroles.

Si Agathobulus écrivit quelque chose, ses textes se perdirent rapidement. La tradition cynique, essentiellement orale et performative, se transmet par l’imitation directe du maître. Le disciple observe comment son guide vit quotidiennement, supporte les privations, affronte les moqueries. Cette pédagogie par l’exemple ne laisse pas de traces écrites durables.

L’enseignement incarné

L’absence d’œuvre littéraire ne diminue en rien l’importance historique d’Agathobulus. Son influence se mesure aux disciples qu’il forme. Démonax incarnera un cynisme modéré qui séduira l’élite cultivée d’Athènes. Pérégrinus, malgré les controverses, popularisera le cynisme dans tout l’Empire romain. Ces deux trajectoires divergentes montrent qu’Agathobulus ne transmet pas un dogme figé mais une méthode de vie que chacun adapte à son tempérament.

Le maître alexandrin représente un maillon essentiel dans la chaîne de transmission du cynisme antique. Entre les fondateurs du 4ᵉ siècle av. J.-C. et les derniers cyniques de l’Antiquité tardive, des hommes comme lui maintiennent vivante une tradition philosophique originale. Ils offrent une alternative radicale aux systèmes sophistiqués de Platon, d’Aristote ou des Stoïciens.

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