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Structure
  1. En raccourci
  2. Babylone à l’aube de l’ère hellénistique
    1. Un prêtre au temple de Bel-Marduk
    2. Le bouleversement macédonien
  3.  L’œuvre fondatrice : les Babyloniaca
    1. Un projet de médiation culturelle
    2. Structure et contenu des Babyloniaca
    3. Une œuvre fragmentaire
  4. L’astronome et la théorie de la Grande Année
    1. Départ pour Cos et fondation d’une école
    2. Innovations astronomiques
    3. Influence sur le stoïcisme
  5. Réception et postérité
    1. Une source pour l’historiographie chrétienne
    2. Le faux Bérose d’Annius de Viterbe
  6. Une figure de passeur entre deux mondes
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Image fictive et imaginaire de Bérose le Chaldéen, ne représentant pas le personnage réel
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Bérose (vers 340 – IIIe s. av. J.-C.) : le passeur entre Babylone et la Grèce

  • 08/11/2025
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INFOS-CLÉS

Nom d’origineBēl re’ûšunu, 𒁹𒀭𒂗𒉺𒇻𒋙𒉡 (akkadien)
Nom anglaisBerossus
OrigineBabylone (Mésopotamie)
Importance★★★
CourantsAstronomie babylonienne, historiographie hellénistique
ThèmesTransmission culturelle, Grande Année, cosmologie cyclique, tradition mésopotamienne

Prêtre-scribe babylonien et astronome, Bérose compose en grec l’histoire millénaire de sa civilisation pour les nouveaux maîtres hellénistiques de la Mésopotamie, devenant ainsi l’un des principaux médiateurs entre la pensée orientale et le monde grec.

En raccourci

Né à Babylone vers 340 av. J.-C., Bérose exerce la fonction de prêtre de Bel-Marduk au grand temple de l’Esagil durant la période troublée qui voit Alexandre conquérir l’empire perse, puis ses successeurs séleucides s’installer en Mésopotamie.

Face à l’hellénisation croissante et au déclin de Babylone au profit de nouvelles capitales comme Séleucie du Tigre, il entreprend vers 280 av. J.-C. de rédiger en grec une vaste chronique intitulée Babyloniaca, dédiée au roi Antiochos Ier. Cette œuvre en trois livres retrace l’histoire de Babylone depuis la création du monde jusqu’à la conquête d’Alexandre, en s’appuyant sur les archives cunéiformes des temples.

Astronome réputé, il quitte ensuite la Mésopotamie pour fonder une école d’astrologie sur l’île de Cos, où il transmet les savoirs babyloniens aux Grecs. Il invente un cadran solaire cylindrique et diffuse la théorie de la Grande Année, cycle cosmique de 432 000 ans au terme duquel l’univers retrouve sa configuration initiale – doctrine qui influencera profondément le stoïcisme.

Son œuvre originale est perdue, mais subsiste à travers des citations fragmentaires préservées par des auteurs grecs et chrétiens comme Flavius Josèphe et Eusèbe de Césarée. Bérose incarne la figure du dernier savant babylonien tentant de préserver sa tradition face à l’oubli.

Babylone à l’aube de l’ère hellénistique

Un prêtre au temple de Bel-Marduk

Naît à Babylone vers 340 av. J.-C., peut-être même avant 336, au moment où l’empire achéménide vacille face aux ambitions d’Alexandre de Macédoine. Son nom akkadien, Bēl re’ûšunu, signifie « Bel est son berger » – formule qui atteste son appartenance au clergé du dieu tutélaire de la cité, Marduk, également désigné par l’épithète Bel (« le Seigneur »). Attaché à l’Esagil, le prestigieux sanctuaire de Marduk au cœur de Babylone, Bérose accède aux archives cunéiformes millénaires conservées dans les bibliothèques templières. Cette position lui confère non seulement des responsabilités rituelles, mais aussi une formation d’érudit dans les disciplines babyloniennes traditionnelles : astronomie, mathématiques, chronographie et littérature mythologique.

À cette époque, Babylone demeure un centre intellectuel majeur malgré son statut de province au sein d’un empire étranger. Les temples perpétuent une culture savante sophistiquée, fondée sur l’observation astronomique et la tenue de chroniques détaillées. Bérose appartient ainsi à une lignée de lettrés chaldéens dont les compétences en astrologie et en divination sont renommées dans tout le monde antique.

Le bouleversement macédonien

La conquête d’Alexandre en 331 av. J.-C. transforme radicalement le paysage politique de la Mésopotamie. Babylone devient temporairement capitale de l’empire macédonien, et le jeune Bérose assiste aux cérémonies où Alexandre adopte les titres et les devoirs du roi babylonien traditionnel. Toutefois, la mort prématurée du conquérant en 323 ouvre une période de guerres entre ses généraux – les Diadoques – qui se disputent l’héritage impérial. Séleucos Ier Nicator finit par s’imposer en Mésopotamie et fonde la dynastie séleucide, inaugurant une ère nouvelle où la culture grecque domine progressivement les élites locales.

Vers 305 av. J.-C., Séleucos Ier établit Séleucie du Tigre comme nouvelle capitale, à proximité immédiate de Babylone. Cette fondation marque le début du déclin de la cité antique, dont les fonctions politiques et économiques se déplacent vers la métropole hellénistique. Antiochos Ier, fils et successeur de Séleucos, règne de 281 à 261 av. J.-C. ; sous son autorité, la Babylonie conserve une importance religieuse et agricole, mais perd son statut de centre impérial. Les temples, incluant l’Esagil, nécessitent restauration : Antiochos entreprend notamment de rénover le sanctuaire de Nabû à Borsippa, témoignant d’une politique d’égards envers les institutions indigènes.

 L’œuvre fondatrice : les Babyloniaca

Un projet de médiation culturelle

Vers 280 av. J.-C., Bérose entreprend la rédaction d’une œuvre historique en grec, langue administrative et culturelle du nouvel empire séleucide. Cette chronique, intitulée Babyloniaca (ou parfois Chaldaïka), se compose de trois livres et couvre l’histoire de Babylone depuis la création du monde jusqu’à l’époque d’Alexandre le Grand. Dédiée à Antiochos Ier, elle s’adresse manifestement à un public grec désireux de comprendre les traditions du peuple qu’il gouverne désormais. Plusieurs hypothèses éclairent la motivation de Bérose : promouvoir la grandeur de Babylone auprès des nouveaux maîtres, plaider pour la restauration du prestige de la cité face à la concurrence de Séleucie, ou simplement préserver par écrit un savoir menacé par l’érosion culturelle.

Prêtre de Marduk, Bérose dispose d’un accès privilégié aux archives cunéiformes : listes royales, chroniques astronomiques, textes mythologiques, épopées comme celle de Gilgamesh. Il s’appuie sur ces sources pour construire une narration cohérente en langue grecque, adaptant les catégories babyloniennes aux attentes historiographiques hellénistiques. Son travail s’inscrit dans un mouvement plus large d’historiens indigènes – comme l’Égyptien Manéthon – qui rédigent en grec l’histoire de leur civilisation, cherchant ainsi à intégrer leurs traditions au discours culturel de l’époque hellénistique.

Structure et contenu des Babyloniaca

Le premier livre traite de la cosmogonie et des temps mythiques, relatant notamment l’émergence de la civilisation grâce à l’être amphibie Oannès, figure des sept sages antédiluviens (les apkallu) qui enseignèrent aux humains l’écriture, l’agriculture et les arts. Bérose évoque également le récit du Déluge, attesté dans la tradition mésopotamienne bien avant les textes bibliques, et retrace la succession des dynasties antédiluviennes dont les règnes s’étendent sur des durées fabuleuses (jusqu’à 432 000 ans au total). Ces chronologies hyperboliques visent à souligner l’ancienneté de la civilisation babylonienne, argument apologétique face aux Grecs qui prétendaient à la primauté culturelle.

Le deuxième livre couvre la période depuis le Déluge jusqu’à la domination assyrienne, présentant les dynasties historiques et leurs réalisations. Le troisième livre s’étend de l’empire néo-babylonien de Nabuchodonosor II jusqu’à Alexandre, offrant un récit plus détaillé et politiquement actuel. Les sources divergent sur la date précise de composition : entre 293 et 275 selon certains chercheurs, autour de 278 selon d’autres analyses philologiques. Quoi qu’il en soit, l’œuvre paraît sous le règne d’Antiochos Ier, au moment où la jeune dynastie séleucide consolide son pouvoir en Mésopotamie.

Une œuvre fragmentaire

Les Babyloniaca originales sont perdues. Elles ne subsistent qu’à travers des citations et des paraphrases conservées par des auteurs postérieurs. Alexandre Polyhistor, grammairien du Ier siècle av. J.-C., compile une partie substantielle des textes de Bérose ; ses extraits sont ensuite repris par Flavius Josèphe dans ses Antiquités judaïques (Ier siècle) et par Eusèbe de Césarée dans sa Chronique (début du IVe siècle). D’autres auteurs comme Abydène (IIe siècle) et Georges le Syncelle (VIIIe siècle) préservent également des fragments. Cette transmission indirecte pose d’importants problèmes d’authenticité et d’interprétation : les citations peuvent être altérées, abrégées ou influencées par les préoccupations apologétiques des compilateurs chrétiens.

Néanmoins, certains passages peuvent être confrontés aux tablettes cunéiformes découvertes par l’archéologie moderne. Les noms des rois antédiluviens cités par Bérose correspondent à ceux d’une liste royale sumérienne retrouvée à Uruk, datant de l’époque séleucide mais reproduisant une tradition beaucoup plus ancienne. Cette concordance atteste de la fidélité de Bérose envers ses sources babyloniennes, même si l’historien adapte parfois la présentation pour la rendre intelligible à un public grec.

L’astronome et la théorie de la Grande Année

Départ pour Cos et fondation d’une école

Après avoir achevé son œuvre historique, Bérose quitte la Mésopotamie pour s’établir en mer Égée. Selon Vitruve, il fonde une école d’astrologie sur l’île de Cos, importante centre intellectuel proche de l’Asie Mineure, sous le patronage du roi d’Égypte – probablement Ptolémée II Philadelphe, qui règne de 283 à 246 av. J.-C. Cos abrite à cette époque une célèbre école de médecine hippocratique et constitue un carrefour culturel où se rencontrent savoirs grecs et orientaux. Bérose y enseigne l’astrologie mésopotamienne, transmettant les méthodes d’observation et d’interprétation babyloniennes à des disciples grecs.

Plusieurs témoignages antiques attestent de sa réputation dans le monde hellénistique. Pline l’Ancien rapporte que les Athéniens érigèrent en son honneur, aux frais de l’État, une statue dans le Gymnase ornée d’une langue dorée, symbole de ses « divines prédictions ». Pausanias mentionne qu’il aurait eu une fille nommée Sabbé, prophétesse désignée tantôt comme sibylle égyptienne, tantôt comme sibylle babylonienne. Ces récits, même s’ils comportent des éléments légendaires, témoignent de la notoriété de Bérose en tant qu’astrologue chaldéen – figure prototypique du sage oriental détenteur de connaissances ésotériques.

Innovations astronomiques

Au-delà de l’astrologie, Bérose contribue à la science astronomique par plusieurs innovations techniques. Vitruve lui attribue l’invention d’un cadran solaire particulier, appelé hémicycle, composé d’un demi-cylindre creux dont les génératrices sont parallèles à l’axe polaire. Un style (gnomon) perpendiculaire projette son ombre sur la surface concave graduée, permettant de mesurer les heures avec précision. Cette invention s’inscrit dans la longue tradition babylonienne de mesure du temps et des mouvements célestes, adaptée aux exigences de la gnomonique grecque. Plusieurs auteurs anciens mentionnent également qu’il élabore une théorie rendant compte des phases de la lune, s’appuyant sur les observations accumulées par les astronomes babyloniens au cours des siècles.

La contribution la plus remarquable de Bérose à la pensée cosmologique concerne la doctrine de la Grande Année (magnus annus). Les astronomes babyloniens découvrirent que les révolutions synodiques des planètes, ainsi que les révolutions du Soleil et de la Lune, sont des sous-multiples d’une période commune : après un cycle complet, tous les astres retrouvent leur position initiale par rapport aux étoiles fixes. Cette observation conduit à l’idée d’un éternel retour, où l’univers repasse périodiquement par les mêmes configurations, engendrant les mêmes événements terrestres selon un rythme perpétuel.

Influence sur le stoïcisme

Bérose fixe la durée de la Grande Année à 432 000 ans, composée de 120 cycles de 3 600 ans (le saros babylonien). Selon sa doctrine, transmise notamment par Sénèque, deux cataclysmes majeurs ponctuent ce cycle cosmique : une conflagration universelle (ekpurosis) lorsque tous les astres se réunissent dans le signe du Cancer, et un déluge universel quand ils convergent dans le Capricorne. Ces catastrophes correspondent aux solstices d’été et d’hiver, moments où l’influence astrale atteint son paroxysme.

Cette théorie connaît une diffusion considérable dans le monde gréco-romain. Les stoïciens l’intègrent à leur cosmologie, développant l’idée d’une succession infinie de cycles où l’univers se consume périodiquement avant de renaître identique à lui-même. Bien qu’Héraclite ait déjà évoqué l’embrasement cosmique et que certains présocratiques aient conçu des cycles temporels, l’apport de Bérose consiste à fournir un cadre mathématique précis et une justification astronomique à ces spéculations. Zénon de Citium, fondateur du stoïcisme, et ses successeurs Cléanthe et Chrysippe élaborent la doctrine de l’apocatastase – retour à l’état initial – en s’inspirant des enseignements babyloniens transmis par Bérose.

Toutefois, l’authenticité de certains fragments astronomiques attribués à Bérose fait débat parmi les philologues modernes. Il est possible que des auteurs postérieurs, notamment les stoïciens eux-mêmes, aient projeté leurs propres conceptions sur Bérose pour les légitimer par l’autorité de la sagesse orientale. La question reste ouverte, mais témoigne néanmoins de l’influence durable exercée par la figure du prêtre chaldéen sur l’imaginaire philosophique hellénistique.

Réception et postérité

Une source pour l’historiographie chrétienne

Dès l’époque hellénistique, les fragments des Babyloniaca circulent parmi les érudits grecs. Alexandre Polyhistor, au Ier siècle av. J.-C., compose un ouvrage aujourd’hui perdu qui compile largement Bérose. Flavius Josèphe, historien juif du Ier siècle, cite Bérose à plusieurs reprises dans ses Antiquités judaïques pour corroborer les récits bibliques : le Déluge babylonien confirme celui de la Genèse, et les chronologies mésopotamiennes offrent un cadre chronologique pour l’histoire antique du Proche-Orient. Josèphe mentionne Bérose aux côtés de Manéthon et des annales phéniciennes comme témoins extérieurs validant l’ancienneté et la véracité de la tradition hébraïque.

Eusèbe de Césarée, au début du IVe siècle, incorpore les fragments de Bérose dans sa Chronique, œuvre fondatrice de la chronologie chrétienne qui synchronise les histoires des différents peuples depuis Abraham jusqu’à l’époque romaine. Pour Eusèbe, Bérose fournit des repères essentiels pour dater les événements de l’Ancien Testament et pour établir la continuité entre l’histoire profane et l’histoire sacrée. Cette instrumentalisation apologétique assure la survie des textes de Bérose dans la tradition manuscrite chrétienne, même si elle les détourne parfois de leur sens originel.

D’autres auteurs chrétiens comme Georges le Syncelle (VIIIe siècle) et Michel le Syrien (XIIe siècle) continuent de citer Bérose, perpétuant sa mémoire au Moyen Âge. Parallèlement, les auteurs latins comme Pline l’Ancien, Censorinus et Vitruve transmettent les données astronomiques et astrologiques attribuées au Chaldéen, contribuant à sa réputation de savant dans les domaines célestes.

Le faux Bérose d’Annius de Viterbe

À la Renaissance, la figure de Bérose connaît une résurgence inattendue à travers une vaste supercherie littéraire. En 1498, le dominicain Giovanni Nanni, dit Annius de Viterbe, publie à Rome un recueil intitulé Antiquitatum variarum volumina XVII, prétendant restituer les textes intégraux de plusieurs historiens de la haute Antiquité, dont Bérose, Manéthon et Mégasthène. Ces ouvrages, prétendument découverts à Mantoue, sont en réalité des fabrications d’Annius lui-même, accompagnées de commentaires érudits destinés à masquer la supercherie.

Le pseudo-Bérose d’Annius transforme le prêtre babylonien en prince et philosophe chaldéen, auteur d’une histoire fantaisiste où Noé aurait conduit une colonie de géants en Italie après le Déluge, fondant une civilisation italique antérieure à la Grèce. Cette invention sert les intérêts d’Annius, qui cherche à glorifier sa ville natale de Viterbe et à flatter les grandes dynasties européennes – notamment les Borgia et les Rois Catholiques d’Espagne – en leur fabriquant des généalogies prestigieuses remontant aux temps bibliques. Le faux Bérose connaît un succès considérable : réimprimé à Venise, Paris, Bâle, Anvers et Lyon, il influence profondément l’historiographie européenne du XVIe siècle.

Plusieurs érudits, comme Joseph Juste Scaliger à la fin du XVIe siècle et Juan de Vergara en Espagne, démontrent méthodiquement la fausseté des textes d’Annius par l’analyse philologique et la confrontation avec les sources authentiques. Pourtant, la falsification continue de circuler, servant d’argument à des discours nationalistes qui instrumentalisent l’ancienneté supposée de leur civilisation. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que l’imposture est définitivement reconnue et que le pseudo-Bérose sombre dans le discrédit. Néanmoins, cet épisode témoigne paradoxalement de l’aura persistante du véritable Bérose, dont le nom demeure synonyme de sagesse antique et de transmission des savoirs perdus.

Une figure de passeur entre deux mondes

Bérose incarne une position singulière dans l’histoire intellectuelle de l’Antiquité : dernier représentant de la tradition savante babylonienne, il devient le principal médiateur entre la Mésopotamie millénaire et le monde hellénistique. À un moment où Babylone décline face aux nouvelles capitales grecques, où la langue akkadienne recule devant le grec et l’araméen, où les temples perdent leur centralité culturelle, Bérose entreprend de préserver et de transmettre l’héritage de sa civilisation. Son œuvre répond à une double exigence : sauver de l’oubli les traditions mésopotamiennes en les traduisant dans la langue dominante de son époque, et affirmer la dignité de Babylone face aux prétentions culturelles des Grecs.

L’influence de Bérose dépasse largement le cadre de l’historiographie. Par sa transmission de la cosmologie babylonienne, il contribue au développement de doctrines philosophiques majeures du monde hellénistique et romain, notamment le stoïcisme. La théorie de la Grande Année et de l’éternel retour traverse les siècles, nourrissant les réflexions sur le temps cyclique, la répétition des événements et la structure de l’univers. Même si l’œuvre originale est perdue et ne subsiste qu’à l’état fragmentaire, même si certaines attributions demeurent douteuses, Bérose demeure une figure essentielle pour comprendre les échanges culturels et intellectuels entre Orient et Occident dans l’Antiquité.

Aujourd’hui, les travaux philologiques et archéologiques permettent de mieux cerner l’apport réel de Bérose et de distinguer les fragments authentiques des interpolations ultérieures. Les découvertes de tablettes cunéiformes confirment la fidélité de Bérose envers ses sources babyloniennes et attestent de son rôle de passeur fidèle. En consignant en grec les annales de Babylone, en enseignant l’astronomie chaldéenne aux Grecs de Cos, en diffusant les conceptions cosmologiques mésopotamiennes, Bérose accomplit une œuvre de traduction culturelle dont les effets se propagent bien au-delà de son époque, jusqu’à façonner certaines représentations du temps et du cosmos qui traversent encore notre imaginaire occidental.

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