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Structure
  1. En raccourci
  2. Origine bourgeoise et formation juridique
    1. La conversion aux études savantes
  3. Émergence dans la République des Lettres
    1. Les premières publications savantes
  4. L’apogée de l’érudition humaniste
    1. Une méthode philologique innovante
  5. Au service de François Iᵉʳ
    1. Honneurs et responsabilités
  6. La fondation du Collège royal
    1. L’institution des lecteurs royaux
  7. La correspondance européenne
    1. Les réseaux humanistes français
  8. L’œuvre philologique tardive
    1. Les derniers travaux juridiques
  9. Vie familiale et personnalité
    1. Un travailleur acharné
  10. Mort et réception immédiate
    1. Legs scientifique
  11. Héritage et postérité
    1. La mémoire institutionnelle
  12. Une place dans l’histoire intellectuelle
    1. Un idéal encyclopédique
  13. Influence durable
    1. Le patron des études classiques
  14. Une actualité persistante
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Représentation imaginaire de Guillaume Budé, humaniste français de la Renaissance. Cette image fictive ne représente pas le personnage historique réel.
  • Biographies
  • Humanisme

Guillaume Budé (1467–1540) : le renouveau de l’érudition philologique en France

  • 08/11/2025
  • 14 minutes de lecture
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OrigineFrance (Paris)
Importance★★★★
CourantsHumanisme de la Renaissance, philologie
Thèmesétudes grecques, numismatique, droit romain, bibliothèque royale, Collège royal

Parmi les figures qui ont marqué le renouveau intellectuel de la Renaissance française, Guillaume Budé occupe une position singulière, entre l’érudition philologique et l’engagement au service de l’État.

En raccourci

Guillaume Budé naît à Paris le 26 janvier 1467 (ou 1468 selon certaines sources) dans une famille de la bourgeoisie récemment anoblie.

Après une jeunesse studieuse et des études de droit à Orléans, il se consacre vers l’âge de vingt-quatre ans à l’apprentissage autodidacte du grec et du latin avec une intensité remarquable. Son œuvre la plus célèbre, le De Asse et Partibus Eius (1515), révolutionne l’étude des monnaies et mesures antiques par une approche philologique innovante.

Premier bibliothécaire royal de François Iᵉʳ, Budé joue un rôle déterminant dans la création du Collège royal (futur Collège de France) en 1530, institution destinée à enseigner les langues anciennes contre l’opposition de l’Université de Paris.

Sa correspondance avec Érasme et Thomas More témoigne de sa place centrale dans la République des Lettres européenne. Maître d’une érudition encyclopédique, il consacre sa vie à l’étude des textes anciens et à la défense des humanités.

Budé meurt à Paris le 20 août 1540, laissant une œuvre considérable qui pose les fondements de la philologie française moderne.

Origine bourgeoise et formation juridique

Guillaume Budé voit le jour à Paris le 26 janvier 1467, au sein d’une famille qui incarne l’ascension sociale de la bourgeoisie parisienne. Son père, Jean Budé, occupe des fonctions de trésorerie et de chancellerie auprès des rois de France. La famille, anoblie depuis la fin du XVᵉ siècle, appartient à ce milieu de serviteurs de la couronne dont les charges se transmettent presque héréditairement.

Cette origine façonne son destin intellectuel. La maison paternelle de la rue Saint-Martin à Paris abrite une bibliothèque riche où le jeune Guillaume découvre les livres. Jean Budé, lettré et bibliophile, transmet à son fils le goût des textes et de l’étude, même si celui-ci ne manifeste pas immédiatement les dispositions qui le rendront célèbre.

Conformément à la tradition familiale, Guillaume entreprend des études de droit à l’Université d’Orléans. Durant plusieurs années, il mène une existence que les sources contemporaines qualifient de dissipée et oisive. Les moyens dont il dispose lui permettent de différer l’application sérieuse aux études, et il tarde à développer la passion intellectuelle qui caractérisera sa maturité.

La conversion aux études savantes

Vers l’âge de vingt-quatre ans, aux environs de 1491, survient un tournant décisif. Budé découvre soudainement une vocation impérieuse pour l’étude. Cette transformation, que ses contemporains décrivent presque en termes de conversion, l’amène à entreprendre un apprentissage méthodique et solitaire des langues anciennes.

Il se consacre principalement à l’étude du grec, qu’il apprend de manière autodidacte avec une rapidité étonnante. Son acharnement au travail devient légendaire parmi ses pairs. Il étudie jusqu’à l’épuisement physique, manifestant pour la philologie une passion qu’il compare lui-même à un amour dévorant.

Cette période d’apprentissage intense forge sa méthode de travail. Budé accumule des fiches lexicographiques, compare méthodiquement les textes, collationne les manuscrits. Il développe une familiarité exceptionnelle avec le grec et le latin, au point qu’il correspond dans ces deux langues avec une aisance remarquable.

Émergence dans la République des Lettres

Au début du XVIᵉ siècle, Budé commence à occuper des fonctions administratives. Sous Charles VIII, il obtient le titre de secrétaire du roi. En 1502, Louis XII l’envoie comme ambassadeur à Rome pour assister au couronnement du pape Jules II. Cette mission lui permet de découvrir l’Italie humaniste et d’enrichir sa connaissance des manuscrits anciens.

Toutefois, sous le règne de Louis XII, Budé se tient relativement à l’écart de la cour. Il consacre l’essentiel de son temps à ses travaux d’érudition, partageant son existence entre sa charge administrative, l’administration de ses biens et l’étude passionnée des textes antiques.

Les premières publications savantes

En 1508 paraissent les Annotationes in XXIV libros Pandectarum, commentaire philologique des Pandectes de Justinien. Cet ouvrage marque une rupture méthodologique dans l’étude du droit romain. Budé y applique systématiquement la philologie et l’histoire à l’analyse juridique, écartant les gloses médiévales pour revenir aux sources originales.

Sa méthode suscite l’admiration des juristes humanistes. Il confronte les textes juridiques avec les sources historiques, démontre l’évolution du vocabulaire juridique, restitue le contexte institutionnel des lois romaines. Cette approche ouvre la voie à l’humanisme juridique français qui s’épanouira avec François Hotman et Jacques Cujas.

L’œuvre établit sa réputation dans les cercles érudits européens. Elle attire l’attention d’Érasme, qui commence en 1516 une correspondance avec le savant parisien. Cette relation épistolaire, menée en grec et en latin, place Budé au cœur du réseau intellectuel transnational que constitue la République des Lettres.

L’apogée de l’érudition humaniste

En 1515, Budé publie son ouvrage le plus ambitieux : De Asse et Partibus Eius libri quinque. Ce traité monumental consacré aux monnaies et mesures romaines constitue un chef-d’œuvre d’érudition historique. Partant d’un passage des Pandectes énumérant les divisions de la monnaie romaine, Budé développe une enquête qui embrasse l’ensemble de la vie économique antique.

L’ouvrage fonde véritablement la numismatique en tant que science. Budé confronte systématiquement les textes des historiens, des jurisconsultes et les données de l’Histoire naturelle de Pline pour établir des équivalences entre les unités monétaires et pondérales antiques et les valeurs modernes.

Une méthode philologique innovante

Au-delà de son contenu scientifique, le De Asse manifeste une approche méthodologique novatrice. Budé associe le lecteur au cheminement de sa recherche, expose les impasses et les déductions, raconte presque comme une aventure intellectuelle le processus de découverte. Il compare directement les poids, les mesures, les dosages, consulte les collections numismatiques disponibles.

Le succès de l’ouvrage dépasse toutes les attentes. François Iᵉʳ, impressionné, demande à Budé d’en réaliser un abrégé en français. Le Summaire ou Épitome du livre de Asse paraît en 1522 et connaît plusieurs rééditions. L’œuvre est également traduite en italien, diffusant largement la méthode budéenne en Europe.

Dans les digressions qui parsèment le De Asse, Budé développe des réflexions philosophiques sur la valeur, la richesse et l’éducation. Son style, très orné et tendu, contraste avec la sobriété de l’exposé scientifique. Il y critique également les conseillers du roi qui négligent les hommes de lettres, plaidant pour une meilleure reconnaissance des humanistes au service de l’État.

Au service de François Iᵉʳ

L’avènement de François Iᵉʳ en 1515 marque un tournant dans la carrière de Budé. Le nouveau roi manifeste pour les lettres un intérêt qui suscite l’enthousiasme des humanistes. Budé se rapproche de la cour et devient l’un des principaux conseillers du roi pour les questions intellectuelles et culturelles.

En 1520, il accompagne François Iᵉʳ au Camp du Drap d’or, où il rencontre Thomas More. Cette rencontre concrétise une correspondance épistolaire commencée en 1518. Les échanges entre Budé et More révèlent une profonde harmonie intellectuelle. More avait sollicité une contribution de Budé pour l’édition de son Utopie, et le savant français y avait rédigé une lettre célèbre où il introduit le néologisme « Udépotie ».

Honneurs et responsabilités

L’année 1522 concentre une série d’honneurs exceptionnels. François Iᵉʳ confère simultanément à Budé les charges de maître des requêtes et de maître de la librairie royale. Cette dernière fonction lui confie la responsabilité de la bibliothèque du roi au château de Fontainebleau. Budé entreprend d’enrichir systématiquement les collections, particulièrement en manuscrits grecs.

Il organise des missions d’acquisition et de copie en Italie, multipliant les achats auprès des libraires vénitiens et florentins. Sous son impulsion, la collection passe d’une quarantaine de manuscrits grecs à plus de deux cent soixante-dix volumes en 1544. Cette bibliothèque constitue le noyau de la future Bibliothèque nationale de France.

La même année, les citoyens parisiens élisent Budé prévôt des marchands, fonction équivalente à celle de maire de Paris. Il exerce cette charge jusqu’en 1523. Budé considère ces honneurs comme une reconnaissance du mérite intellectuel dans une société qui privilégie traditionnellement la naissance et la fortune.

La fondation du Collège royal

Dès le début du règne de François Iᵉʳ, Budé conçoit le projet d’une institution nouvelle consacrée à l’enseignement des langues anciennes. L’Université de Paris, dominée par la scolastique décadente, refuse d’enseigner le grec et l’hébreu. Elle s’oppose farouchement aux innovations humanistes et maintient son monopole sur l’enseignement.

Budé s’inspire des modèles européens, notamment du Collège des Trois Langues de Louvain fondé par des proches d’Érasme et de l’Université d’Alcalá de Henares en Espagne. Il conçoit un « temple des Muses » où le savoir gréco-romain serait enseigné directement par la lecture des textes originaux, sans les gloses scolastiques qui les déforment.

L’institution des lecteurs royaux

En 1530, François Iᵉʳ institue en vertu de son autorité souveraine six lecteurs royaux. Pierre Danès et Jacques Toussaint enseignent le grec ; Agathias Guidacerius, François Vatable et Paul Paradis l’hébreu ; Oronce Finé les mathématiques. Ces professeurs, rémunérés sur les fonds royaux, enseignent gratuitement et publiquement.

Le succès est immédiat. Les auditeurs affluent auprès des nouveaux maîtres. L’enseignement direct des textes anciens dans les langues originales remplace les disputes scolastiques stériles. En 1534, Barthélémy Masson est nommé pour enseigner l’éloquence latine, puis Guillaume Postel introduit l’enseignement de l’arabe en 1538.

Budé rédige en 1530 le De Philologia, dialogue fictif entre le roi et lui-même où il célèbre la philologie et les savants. Il y développe sa vision d’une éducation humaniste fondée sur la connaissance directe de l’Antiquité. L’ouvrage constitue un plaidoyer vibrant pour la reconnaissance institutionnelle des études littéraires.

La correspondance européenne

La correspondance de Budé avec Érasme constitue un document majeur pour l’histoire de l’humanisme. Commencée en 1516 à l’initiative d’Érasme, elle témoigne d’une admiration réciproque teintée de rivalité intellectuelle. Érasme salue en Budé « la merveille de la France », le seul humaniste au nord des Alpes qui réunisse tous les dons du parfait érudit.

Les échanges révèlent également des tensions. Budé et Érasme défendent des conceptions esthétiques différentes. Érasme privilégie la clarté et la diffusion large du savoir ; Budé cultive un style complexe, mêlant grec et latin, forgeant des néologismes, destiné à un public restreint d’érudits. Cette correspondance s’interrompt définitivement en 1527 après diverses aigreurs.

Les réseaux humanistes français

Au-delà d’Érasme, Budé entretient des relations épistolaires avec les principaux savants européens. Il correspond avec Thomas Linacre, Christophe de Longueil, Luis Vivès, Cuthbert Tunstall. Ses lettres, rédigées en grec avec une pureté remarquée, circulent dans les milieux lettrés et contribuent à établir sa réputation.

En France, il fréquente les cercles humanistes parisiens. Il rencontre régulièrement Lefèvre d’Étaples, Étienne Dolet, François Rabelais. Ce dernier lui adresse vers 1520 une lettre où il se dit son disciple. Budé appartient au réseau intellectuel qui gravite autour de l’imprimerie de Josse Bade, lieu de rencontres et de débats des lettrés parisiens.

Il assume consciemment le rôle d’avocat de la « nation des Philologues » à la cour. Dans ses écrits, il plaide inlassablement pour que le roi confie les charges administratives aux hommes de lettres plutôt qu’aux ignorants qui monopolisent les fonctions. Cette revendication traverse toute son œuvre et inspire sa conception de l’humanisme au service de l’État.

L’œuvre philologique tardive

En 1529 paraissent les Commentarii linguae Graecae, somme lexicographique monumentale. Budé y accumule le fruit de décennies de lecture méthodique des auteurs grecs. Chaque entrée résulte d’un travail de comparaison textuelle minutieux, consigné sur des fiches que l’humaniste a patiemment rassemblées.

L’ouvrage constitue une mine de données pour les lexicographes futurs. Il manifeste la maîtrise exceptionnelle que Budé a acquise de la langue grecque. Ses contemporains s’étonnent de sa capacité à correspondre en grec avec une aisance qui en fait presque une langue vivante pour lui. Il forge même des néologismes latins sur des modèles grecs, créant un style hybride très personnel.

Les derniers travaux juridiques

Budé ne cesse jamais de travailler au Corpus juris. En 1526, il publie un complément à ses Annotations aux Pandectes. À sa mort, il laisse de nouvelles additions que ses héritiers feront publier. Cette fidélité au droit romain témoigne de la cohérence de son projet intellectuel : restituer l’Antiquité dans son intégralité par une approche philologique rigoureuse.

Son œuvre juridique influence profondément l’École historique du droit. François Hotman et Jacques Cujas développeront les principes méthodologiques établis par Budé. L’humanisme juridique français, qui rejette les commentaires médiévaux pour revenir aux sources romaines, trouve en lui son fondateur.

L’ouvrage De l’Institution du prince, rédigé vers 1518-1519, applique l’érudition humaniste à la pensée politique. Budé y développe une réflexion sur l’éducation du souverain et les devoirs du prince chrétien. Le texte s’inscrit dans le genre du miroir des princes renouvelé par l’humanisme, aux côtés de l’Institutio Principis Christiani d’Érasme.

Vie familiale et personnalité

Budé représente un type nouveau d’écrivain humaniste : non clerc mais laïque, marié et père d’une famille nombreuse. Il épouse Roberte Le Lieur, alors âgée d’environ quinze ans. Le couple a plusieurs enfants, dont Dreux Budé qui mourra en 1547.

La gestion de ses biens occupe une partie de son temps. Il possède des propriétés à Paris et des maisons de campagne qu’il doit administrer. Cette situation matérielle lui permet de mener ses recherches sans dépendre entièrement des pensions royales, mais l’oblige à partager son temps entre les obligations domestiques et l’étude.

Un travailleur acharné

Ses contemporains décrivent un homme entièrement dévoué à l’étude. Il travaille jusqu’à l’épuisement physique, négligeant parfois sa santé pour approfondir ses recherches. Il appelle la philologie sa « maîtresse » et ses « amours », manifestant pour les textes anciens une passion exclusive.

Son caractère semble plus réservé que celui d’Érasme. Il privilégie la retraite studieuse aux mondanités. Ses écrits révèlent une certaine fierté intellectuelle et une conscience aiguë de sa valeur. Les tensions avec Érasme résultent partiellement de cette difficulté à supporter la critique, même amicale.

Budé cultive délibérément un style d’écriture complexe, hermétique même, destiné à un public d’initiés. Il refuse la vulgarisation facile, considérant que la profondeur de l’érudition exige un langage à sa mesure. Cette position explique en partie pourquoi son œuvre reste moins accessible que celle d’Érasme.

Mort et réception immédiate

Guillaume Budé meurt à Paris le 20 août 1540, à l’âge de soixante-treize ans. Sa disparition suscite une vive émotion dans les milieux humanistes européens. François Iᵉʳ perd l’un de ses principaux conseillers intellectuels. Le Collège royal, dont Budé avait défendu l’existence contre les attaques de l’Université, poursuit son développement.

Ses contemporains célèbrent unanimement sa mémoire. Rabelais, qui admirait profondément Budé, le mentionne dans ses œuvres. Les juristes humanistes reconnaissent en lui le fondateur de leur méthode. Marc-Antoine Muret et Jacques Cujas perpétuent son approche philologique du droit.

Legs scientifique

Les Annotationes in Pandectas, le De Asse et les Commentarii linguae Graecae constituent les premiers exemples de monographies scientifiques consacrées à l’Antiquité. Budé y établit une méthode d’investigation qui combine la philologie, l’histoire et l’analyse matérielle des vestiges antiques.

Sa contribution à la numismatique demeure fondamentale. Le De Asse reste pendant plus de deux siècles l’ouvrage de référence sur les systèmes monétaires antiques. Il inspire les collectionneurs et les érudits qui développent l’étude des monnaies en tant que sources historiques.

L’approche encyclopédique que Budé applique à l’étude de l’Antiquité ouvre des perspectives nouvelles. Il démontre que seule une connaissance globale de la civilisation ancienne permet de comprendre correctement les textes. Cette vision holistique influence profondément les études classiques ultérieures.

Héritage et postérité

Le Collège royal, devenu Collège de France, perpétue l’idéal budéen d’un enseignement libre et gratuit des savoirs en formation. L’institution traverse les siècles en conservant ses principes fondateurs : la recherche de pointe transmise directement au public, l’indépendance vis-à-vis des programmes universitaires traditionnels.

La méthode philologique développée par Budé inspire les générations suivantes d’humanistes. L’École historique du droit français trouve en lui son fondateur. Les lexicographes grecs et latins exploitent pendant des décennies les matériaux accumulés dans les Commentarii linguae Graecae.

La mémoire institutionnelle

En 1917, des hellénistes et latinistes français fondent l’Association Guillaume Budé. Cette société savante se consacre à l’édition critique des textes grecs et latins. Les éditions des Belles Lettres, qui publient la Collection des Universités de France, perpétuent l’œuvre de diffusion des textes anciens initiée par Budé.

De nombreux établissements scolaires portent son nom en France. Cette reconnaissance tardive contraste avec l’oubli relatif dont son œuvre a souffert. Le choix qu’il fit d’une expression latine complexe et d’un public restreint explique partiellement cette moindre notoriété comparée à celle d’Érasme.

Budé incarne l’humanisme érudit français dans sa dimension la plus exigeante. Il représente cette alliance entre l’étude désintéressée de l’Antiquité et le service de l’État que la Renaissance française tente de réaliser. Sa conception de l’humanisme chrétien, qui cherche à concilier l’héritage païen et la foi catholique, reflète les tensions propres à son époque.

Une place dans l’histoire intellectuelle

L’apport de Budé à l’histoire des idées dépasse la seule érudition technique. Il pose la question fondamentale du rapport entre les études littéraires et l’action politique. Toute son œuvre plaide pour une reconnaissance institutionnelle des lettres et pour l’accès des humanistes aux fonctions de gouvernement.

Sa réflexion sur l’éducation princière participe au débat sur la formation des élites qui traverse la Renaissance. Le De l’Institution du prince développe l’idée que la sagesse antique doit nourrir la pratique politique chrétienne. Cette articulation entre philosophie païenne et éthique chrétienne caractérise l’humanisme de la première moitié du XVIᵉ siècle.

Un idéal encyclopédique

Budé défend une conception encyclopédique du savoir. Sa propre érudition embrasse le droit, l’histoire, l’économie, la linguistique, la philosophie. Il considère que la compréhension authentique de l’Antiquité exige cette approche globale, seule capable de restituer la complexité de la civilisation ancienne.

Cette vision influence la conception même du Collège royal. Les chaires créées couvrent progressivement l’ensemble des disciplines humanistes. L’institution incarne l’idée que le savoir forme un tout organique dont aucune partie ne peut être négligée.

La réflexion de Budé sur le statut de l’intellectuel à la Renaissance conserve son actualité. Il interroge la place du savoir dans la société, le rôle des lettrés dans la cité, la responsabilité de l’État envers la culture. Ces questions traversent son œuvre et expliquent son engagement au service de François Iᵉʳ.

Influence durable

L’œuvre de Budé, malgré sa relative confidentialité, a profondément marqué l’histoire intellectuelle française. Elle établit les fondements méthodologiques des études classiques modernes. L’approche philologique rigoureuse qu’il développe devient la norme pour l’édition et l’interprétation des textes anciens.

Son combat pour l’enseignement du grec en France porte ses fruits. Au XVIᵉ siècle, la France devient l’un des principaux centres européens des études helléniques. Les imprimeurs parisiens publient des éditions grecques qui diffusent largement les textes antiques. Cette floraison des lettres grecques en France découle directement de l’impulsion donnée par Budé.

La numismatique lui doit son statut de discipline scientifique. Après le De Asse, l’étude des monnaies antiques cesse d’être une simple curiosité de collectionneurs pour devenir une branche de l’histoire. Les catalogues et traités numismatiques ultérieurs s’appuient sur les principes méthodologiques établis par Budé.

Le patron des études classiques

La figure de Budé devient symbolique pour les défenseurs des humanités classiques. Son nom évoque l’alliance entre la rigueur scientifique et la passion pour l’Antiquité. L’Association Guillaume Budé perpétue cet idéal en promouvant la connaissance directe des textes grecs et latins.

Son exemple inspire également une réflexion sur l’autodidaxie savante. Budé apprend le grec sans maître, par un travail acharné et méthodique. Cette formation solitaire produit pourtant une maîtrise qui impressionne les plus grands hellénistes de son temps. Elle démontre que la passion intellectuelle peut suppléer l’enseignement institutionnel.

L’humanisme budéen se caractérise par son exigence. Il refuse les facilités de la vulgarisation pour préserver l’intégrité du savoir. Cette position, qui limite son audience immédiate, assure paradoxalement la pérennité de sa méthode. Les érudits ultérieurs reconnaissent en Budé un modèle de rigueur intellectuelle.

Une actualité persistante

La pensée de Budé conserve une pertinence pour les débats contemporains sur l’éducation et la culture. Sa défense des humanités classiques contre l’utilitarisme anticipe les controverses actuelles. Son plaidoyer pour un enseignement gratuit et ouvert à tous, matérialisé par le Collège de France, résonne avec les préoccupations modernes sur l’accès au savoir.

La méthode philologique qu’il élabore reste fondamentale pour les sciences humaines. L’attention portée au contexte historique, la critique textuelle rigoureuse, la restitution du sens originel des œuvres constituent des principes toujours actuels. Les études classiques contemporaines perpétuent cet héritage méthodologique.

Son œuvre témoigne également de la possibilité d’une érudition profonde menée hors des structures académiques traditionnelles. Budé construit son savoir de manière autonome, puis contribue à créer les institutions qui permettront aux générations suivantes d’accéder plus facilement aux études classiques. Cette trajectoire illustre la capacité de l’engagement individuel à transformer les structures collectives.

Guillaume Budé demeure ainsi une figure tutélaire de l’humanisme français, incarnant l’alliance entre la passion du savoir, la rigueur philologique et le service de l’intérêt public. Son nom rappelle qu’une érudition exigeante peut nourrir un projet de transformation institutionnelle et que la défense des lettres constitue un enjeu politique autant qu’intellectuel.

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