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  1. Définition et étymologie
  2. Saṃsāra dans l’hindouisme
  3. Saṃsāra dans le bouddhisme
  4. La roue de l’existence
  5. Karma et perpétuation du saṃsāra
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Samsara (Saṃsāra)

  • 15/11/2025
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Définition et étymologie

Le terme saṃsāra (sanskrit : saṃsāra, pāli : saṃsāra) désigne le cycle perpétuel des renaissances, le flux incessant des existences conditionnées caractérisé par la naissance, la mort et la renaissance. L’étymologie sanskrite décompose le mot en sam- (ensemble, complètement) et la racine sṛ- (couler, errer), signifiant littéralement « ce qui coule continuellement » ou « l’errance perpétuelle ». Cette image fluviale suggère un mouvement sans début ni fin déterminables, un devenir incessant où les êtres sensibles transmigrent d’une existence à l’autre.

Le saṃsāra constitue un concept fondamental partagé par l’hindouisme, le bouddhisme et le jaïnisme, bien que ces traditions divergent sur sa nature ontologique et les mécanismes qui le régissent. Dans toutes ces philosophies, le saṃsāra représente une condition d’asservissement dont la libération constitue l’objectif sotériologique suprême. Il ne s’agit pas d’un lieu mais d’un processus, d’un mode d’existence caractérisé par l’impermanence, la souffrance et l’illusion.

Saṃsāra dans l’hindouisme

Les Upaniṣad (VIIIe-VIe siècle avant notre ère) introduisent la doctrine du saṃsāra en relation avec la loi du karma. La Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad formule explicitement la théorie de la transmigration : « Selon qu’on agit, selon qu’on se comporte, ainsi devient-on. Celui qui fait le bien devient bon, celui qui fait le mal devient mauvais. » Le saṃsāra représente ainsi la conséquence logique du karma : les actions (karman) génèrent des résidus qui conditionnent les renaissances futures.

Dans la perspective védāntique, le saṃsāra résulte de l’ignorance métaphysique (avidyā) qui voile la véritable nature du Soi (ātman) et sa non-différence d’avec l’Absolu (brahman). Śaṅkara (VIIIe siècle), fondateur de l’Advaita Vedānta, explique que le saṃsāra n’a pas de réalité ultime : il constitue une apparence (māyā) superposée sur le brahman par l’ignorance. La libération (mokṣa) survient par la connaissance discriminante (jñāna) qui dissipe cette illusion et révèle l’identité fondamentale entre ātman et brahman.

Les Yoga Sūtra de Patañjali analysent le saṃsāra comme résultant des afflictions mentales (kleśa) et des impressions latentes (saṃskāra) accumulées par les actions passées. Le yoga vise à neutraliser ces mécanismes par la discipline psychophysique et la méditation, conduisant au kaivalya (isolement du principe conscient).

Saṃsāra dans le bouddhisme

Le bouddhisme reprend le concept de saṃsāra tout en rejetant la notion d’un soi permanent (ātman) qui transmigre. Cette position apparemment paradoxale s’explique par la doctrine de l’absence de soi (anātman) : ce n’est pas une entité substantielle qui renaît, mais un continuum causal de processus psychophysiques. Les skandha (agrégats) se dissolvent à la mort et un nouvel ensemble d’agrégats émerge dans l’existence suivante, reliés causalement mais sans substance identique persistante.

Le Visuddhi Magga de Buddhaghosa utilise la métaphore de la flamme : de même qu’une flamme en allume une autre sans qu’une substance matérielle ne passe de l’une à l’autre, la conscience d’un être décédé conditionne causalement la conscience d’un être naissant sans qu’un soi ne transmigre. Cette analyse sophistiquée résout l’apparente contradiction entre renaissance et absence de soi.

La cosmologie bouddhique décrit six domaines d’existence (gati) au sein du saṃsāra : les enfers, les esprits avides (preta), les animaux, les humains, les dieux jaloux (asura) et les dieux (deva). Ces royaumes ne sont pas nécessairement des lieux littéraux mais peuvent être interprétés comme états de conscience ou modes d’existence psychologique. La naissance humaine est considérée comme particulièrement précieuse car elle offre les conditions optimales pour pratiquer le dharma et atteindre le nirvāṇa.

La roue de l’existence

L’iconographie bouddhique représente le saṃsāra comme la roue de l’existence (bhavacakra), tenue dans les mâchoires du démon de l’impermanence. Cette représentation symbolique illustre les douze maillons de la coproduction conditionnée (pratītya-samutpāda) : l’ignorance (avidyā) conditionne les formations karmiques (saṃskāra), qui conditionnent la conscience (vijñāna), puis le nom-et-forme (nāma-rūpa), les six sphères sensorielles, le contact, la sensation, le désir-soif (tṛṣṇā), l’appropriation, le devenir, la naissance, et finalement la vieillesse et la mort.

Nāgārjuna, dans le Mūlamadhyamakakārikā, analyse le saṃsāra sous l’angle de la vacuité (śūnyatā). Puisque tous les phénomènes sont vides de nature propre, le saṃsāra lui-même est vide. Cette perspective n’annule pas la réalité conventionnelle du cycle des renaissances mais révèle son absence de fondement ontologique ultime. Dans son affirmation paradoxale que « le saṃsāra ne diffère en rien du nirvāṇa« , Nāgārjuna pointe vers une compréhension non-dualiste où la libération ne consiste pas à quitter un lieu pour un autre mais à reconnaître la nature vide de ce qui apparaît comme cycle.

Karma et perpétuation du saṃsāra

Le saṃsāra fonctionne selon la loi du karma, principe de causalité morale où les actions intentionnelles produisent des effets correspondants. Les actions positives (kuśala-karma) génèrent des renaissances favorables, tandis que les actions négatives (akuśala-karma) produisent des renaissances défavorables. Cependant, même les actions positives maintiennent l’être dans le saṃsāra : seules les actions non-contaminées par l’ignorance et la soif, accomplies par le sage libéré, n’engendrent plus de renaissance.

La Bhagavad Gītā (IIe siècle avant notre ère – IIe siècle de notre ère) propose une voie d’action désintéressée (niṣkāma-karma) où l’agent abandonne les fruits de ses actes à la divinité, neutralisant ainsi leur pouvoir de produire des renaissances futures. Cette synthèse entre action dans le monde et détachement spirituel offre une alternative à la renonciation complète.

Le saṃsāra représente ainsi le problème existentiel fondamental pour les philosophies indiennes : comment échapper à ce cycle perpétuel ? La réponse varie selon les traditions, mais toutes s’accordent sur la nécessité de dépasser l’ignorance fondamentale qui enchaîne les êtres à l’existence conditionnée.

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