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Structure
  1. Définition et origine
  2. Application en philosophie médiévale
  3. Usage en philosophie des sciences
  4. Interprétations et débats
  5. Limites et critiques
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Rasoir d’Ockham

  • 29/11/2025
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Définition et origine

Le rasoir d’Ockham, également appelé principe de parcimonie ou principe d’économie, est un principe méthodologique stipulant que, face à plusieurs explications concurrentes d’un même phénomène, il convient de préférer celle qui fait appel au plus petit nombre d’hypothèses ou d’entités. En d’autres termes : « les entités ne doivent pas être multipliées sans nécessité » (entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem).

Ce principe doit son nom au philosophe et théologien franciscain anglais Guillaume d’Ockham (vers 1285-1347), bien qu’il ne l’ait jamais formulé exactement dans ces termes. Ockham utilisait plutôt des maximes comme « la pluralité ne doit pas être posée sans nécessité » (pluralitas non est ponenda sine necessitate) ou « ce qui peut être expliqué par moins est expliqué en vain par davantage » (frustra fit per plura quod potest fieri per pauciora).

La métaphore du « rasoir » apparaît plus tardivement et suggère l’idée de « couper » ou d’éliminer les hypothèses superflues, de la même manière qu’un rasoir élimine ce qui est en excès. Le principe lui-même est cependant plus ancien qu’Ockham : on en trouve des formulations chez Aristote, Ptolémée, et surtout chez Thomas d’Aquin qui affirme que « si une chose peut être accomplie adéquatement par un seul moyen, il est superflu de l’accomplir par plusieurs. »

Application en philosophie médiévale

Dans le contexte médiéval, Ockham utilise ce principe pour défendre une position nominaliste radicale contre le réalisme des universaux. Le débat porte sur le statut ontologique des concepts généraux : la « rougeur » ou l' »humanité » existent-elles comme réalités indépendantes des choses particulières rouges ou des êtres humains individuels?

Les réalistes, héritiers de Platon et influencés par les néoplatoniciens, affirment que les universaux possèdent une réalité substantielle, soit dans un monde des Idées, soit dans l’intellect divin. Ockham applique son rasoir pour rejeter cette multiplication d’entités : pour expliquer notre capacité à former des concepts généraux, il suffit de poser l’existence d’objets particuliers et d’actes mentaux de généralisation. Les universaux ne sont que des signes (termini) dans notre langage et notre pensée, non des réalités existant indépendamment.

Cette application du principe de parcimonie s’inscrit dans le projet philosophique plus large d’Ockham visant à simplifier l’ontologie et à réduire les présupposés métaphysiques. Son nominalisme influencera profondément la philosophie moderne, notamment l’empirisme britannique.

Usage en philosophie des sciences

Le rasoir d’Ockham devient un principe méthodologique central en philosophie des sciences moderne. Il guide le choix entre théories rivales lorsque plusieurs explications rendent compte également bien des données observées.

Isaac Newton l’invoque explicitement dans ses Principia Mathematica (1687) : « Nous ne devons admettre de causes des choses naturelles que celles qui sont à la fois vraies et suffisantes pour expliquer leurs apparences. » Cette règle justifie sa préférence pour la simplicité mathématique et sa méfiance envers les hypothèses non nécessaires.

Au XIXe siècle, le physicien Ernst Mach défend une version radicale du principe de parcimonie dans sa philosophie positiviste. Pour Mach, toute entité théorique non directement observable (comme les atomes) constitue une multiplication illégitime d’entités et devrait être éliminée au profit de descriptions purement phénoménales.

Bertrand Russell et les positivistes logiques du Cercle de Vienne au XXe siècle utilisent également le rasoir d’Ockham pour éliminer les entités métaphysiques et construire une philosophie scientifique rigoureuse. Russell propose notamment son principe de « constructions logiques » : « Partout où c’est possible, il faut substituer des constructions logiques à partir d’entités connues aux inférences concernant des entités inconnues. »

Interprétations et débats

Le rasoir d’Ockham admet plusieurs interprétations qui ne sont pas équivalentes. Dans sa version ontologique, il prescrit de minimiser le nombre de types d’entités postulées (éviter de multiplier les catégories d’être). Dans sa version théorique, il recommande de minimiser le nombre d’hypothèses ou de principes explicatifs. Dans sa version syntaxique, il suggère de préférer les formulations les plus simples ou les plus économes.

Ces différentes versions peuvent entrer en conflit. Une théorie peut être ontologiquement simple mais mathématiquement complexe, ou inversement. La relativité générale d’Einstein, par exemple, postule une ontologie géométrique élégante mais requiert un formalisme mathématique sophistiqué.

Une question philosophique fondamentale concerne la justification du principe lui-même. Pourquoi la nature devrait-elle être simple? Pourquoi la simplicité serait-elle un guide vers la vérité? Karl Popper argumente que des théories plus simples sont plus facilement falsifiables, donc préférables méthodologiquement. D’autres, comme Elliott Sober, adoptent une justification pragmatique : la simplicité facilite la compréhension et l’application sans nécessairement garantir la vérité.

Limites et critiques

Le rasoir d’Ockham comporte des limites importantes. D’abord, la « simplicité » elle-même est ambiguë. Une théorie simple dans une formulation peut être complexe dans une autre. La mécanique quantique, par exemple, est mathématiquement complexe mais ontologiquement plus économe que des théories alternatives à variables cachées.

Ensuite, l’histoire des sciences montre que la nature n’est pas toujours simple. La physique du XXe siècle a multiplié les types de particules élémentaires, révélant une complexité inattendue. Privilégier systématiquement la simplicité aurait pu retarder ces découvertes.

Certains philosophes, comme Henri Poincaré, soulignent que le principe est utile heuristiquement mais ne doit pas être absolutisé. La recherche scientifique requiert un équilibre entre parcimonie et adéquation empirique, entre élégance théorique et pouvoir explicatif.

En épistémologie contemporaine, le rasoir d’Ockham demeure un outil méthodologique précieux mais son statut exact reste débattu. Il s’agit moins d’un principe a priori garantissant la vérité que d’une règle pragmatique guidant la construction théorique face à la sous-détermination des théories par les données. Sa valeur réside dans sa capacité à discipliner la spéculation et à favoriser la testabilité, tout en reconnaissant que la réalité peut parfois s’avérer plus riche et complexe que nos préférences pour la simplicité ne le suggèrent.

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