Philosophes.org
Structure
  1. Définition et origine du concept
  2. Les fondements linguistiques : Austin et les actes de langage
  3. Judith Butler et la théorie du genre performatif
  4. Les mécanismes de la performativité
  5. Implications philosophiques et politiques
  6. Critiques et développements
Philosophes.org
Lexique : mots commençant par P
  • Glossaire

Performativité du genre

  • 11/12/2025
  • 4 minutes de lecture
Total
0
Shares
0
0
0

Définition et origine du concept

La performativité du genre désigne l’idée selon laquelle le genre n’est pas une essence ou une identité stable préexistante, mais se constitue par la répétition d’actes, de gestes et de comportements stylisés. Le genre n’est donc pas quelque chose que l’on est, mais quelque chose que l’on fait continuellement à travers des performances réitérées qui créent l’illusion d’une substance ou d’un noyau intérieur stable.

Le terme « performativité » provient du latin performare (accomplir, exécuter) et a été théorisé dans un contexte linguistique avant d’être appliqué au genre. La performativité du genre ne doit pas être confondue avec la simple « performance » au sens théâtral : il ne s’agit pas d’un jeu conscient ou d’un choix délibéré, mais d’un processus de constitution du sujet par la répétition contrainte de normes sociales.

Les fondements linguistiques : Austin et les actes de langage

Le concept de performativité trouve son origine dans la philosophie du langage de J.L. Austin, développée dans How to Do Things with Words (1962). Austin identifie les « énoncés performatifs » qui ne décrivent pas une réalité mais accomplissent une action par le fait même d’être prononcés. Ainsi, dire « je vous déclare mari et femme » ne décrit pas un état mais crée une nouvelle réalité sociale.

Cette théorie linguistique devient le point de départ d’une réflexion plus large sur la façon dont les catégories sociales, y compris le genre, se constituent par des actes réitérés plutôt que par une essence préexistante. Le langage et les actes sociaux ne reflètent pas simplement des identités de genre préexistantes, mais les produisent activement.

Judith Butler et la théorie du genre performatif

C’est la philosophe américaine Judith Butler qui développe de manière systématique la théorie de la performativité du genre, principalement dans Gender Trouble (1990) et Bodies That Matter (1993). Butler s’appuie sur Austin mais également sur les analyses du pouvoir de Michel Foucault pour montrer que le genre se constitue par la répétition forcée de normes régulatrices.

Pour Butler, le genre est un « faire » répétitif qui produit l’effet d’une substance, d’un « être » naturel. Cette répétition n’est pas libre : elle s’effectue sous contrainte des normes hétérosexuelles qui structurent la société. Le sujet genré est ainsi produit par un processus de « citation » des normes de genre, comparable à la façon dont un énoncé performatif cite des conventions sociales pour être efficace.

Butler déconstruit l’opposition classique entre sexe (biologique) et genre (social) en montrant que le « sexe » lui-même est déjà une construction performative. Le corps sexué n’est pas une donnée naturelle brute mais est toujours déjà interprété selon des schèmes culturels de genre.

Les mécanismes de la performativité

La performativité du genre s’opère à travers plusieurs mécanismes. D’abord, la répétition : c’est par la réitération quotidienne d’actes, de gestes, de manières de parler, de se vêtir, que se stabilise l’apparence d’une identité de genre cohérente. Cette répétition crée un « style corporel » qui produit l’illusion d’une intériorité genrée.

Ensuite, la contrainte normative : la performativité n’est pas un choix libre mais s’effectue sous la pression de normes sociales qui prescrivent ce qu’est un « vrai » homme ou une « vraie » femme. Ces normes s’appuient sur la matrice hétérosexuelle qui organise les identités de genre selon une logique binaire et complémentaire.

Enfin, la dimension productive : la performativité ne se contente pas de reproduire des normes existantes, elle produit effectivement les sujets genrés. Il n’y a pas de sujet derrière les actes : c’est la répétition des actes qui constitue le sujet.

Implications philosophiques et politiques

La théorie de la performativité a des implications philosophiques majeures. Elle remet en question les conceptions essentialistes de l’identité et montre que ce qui apparaît comme naturel est en réalité historiquement et culturellement construit. Elle s’inscrit dans une tradition anti-essentialiste qui va de Nietzsche à Foucault.

Sur le plan politique, cette théorie ouvre des possibilités de résistance et de subversion. Si le genre est performatif, alors il est potentiellement modifiable par des performances alternatives. Les pratiques drag, les identités trans, les expressions de genre non-conformes peuvent être comprises comme des « répétitions subversives » qui révèlent la nature construite du genre et ouvrent des espaces de transformation.

Butler insiste cependant sur le fait que la subversion n’est jamais totale ni simple : elle s’effectue toujours à partir des normes existantes, dans un processus de « recitation » qui peut déplacer ou déstabiliser ces normes sans pour autant les abolir complètement.

Critiques et développements

La théorie de la performativité a suscité de nombreux débats. Certaines critiques, notamment féministes matérialistes, reprochent à Butler de négliger la dimension matérielle du corps et des structures économiques. D’autres questionnent la possibilité réelle de subversion dans un cadre si fortement contraint par les normes.

Butler elle-même a nuancé et approfondi sa théorie dans ses travaux ultérieurs, en explorant notamment les dimensions affectives et vulnérables de la vie corporelle. La performativité du genre reste néanmoins un concept fondamental des études de genre contemporaines et continue d’influencer les théories féministes, queer et postcoloniales.

Total
0
Shares
Share 0
Tweet 0
Share 0
Article précédent
immigration
  • Questions actuelles

Migrations et transformations culturelles en perspective

  • 08/12/2025
Lire l'article
Article suivant
simone de beauvoir
  • Philosophies

Simone de Beauvoir aujourd’hui : pourquoi (re)lire Le Deuxième Sexe au 21ème siècle ?

  • 11/12/2025
Lire l'article
Vous devriez également aimer
Lexique : mots commençant par P
Lire l'article
  • Glossaire

Personnalisme

  • Philosophes.org
  • 05/02/2026
Lexique : mots commençant par P
Lire l'article
  • Glossaire

Propédeutique

  • Philosophes.org
  • 27/01/2026
Lexique : mots commençant par C
Lire l'article
  • Glossaire

Cohérentisme

  • Philosophes.org
  • 26/01/2026
Lexique : mots commençant par F
Lire l'article
  • Glossaire

Fondationnalisme

  • Philosophes.org
  • 25/01/2026
Lexique : mots commençant par L
Lire l'article
  • Glossaire

Locus de contrôle

  • Philosophes.org
  • 25/01/2026
Lexique : mots commençant par H
Lire l'article
  • Glossaire

Hétairie

  • Philosophes.org
  • 03/01/2026
Lexique : mots commençant par Q
Lire l'article
  • Glossaire

Quadrivium

  • Philosophes.org
  • 03/01/2026
Lexique : mots commençant par G
Lire l'article
  • Glossaire

Grande Année cosmique

  • Philosophes.org
  • 03/01/2026

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Philosophes.Org
  • A quoi sert le site Philosophes.org ?
  • Politique de confidentialité
  • Conditions d’utilisation
  • Qui sommes-nous ?
  • Contact
  • FAQ – Questions fréquentes
  • Disciplines d’intérêt
  • Transparence éditoriale
  • Newsletter
La philosophie au quotidien pour éclairer la pensée

Input your search keywords and press Enter.