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Structure
  1. Définition et étymologie
  2. La pensée dans la philosophie antique
  3. Le cogito et la modernité
  4. Kant et la révolution critique
  5. Pensée et langage
  6. Critiques contemporaines
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Pensée

  • 11/11/2025
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Définition et étymologie

La pensée désigne l’activité mentale par laquelle l’esprit humain forme des représentations, élabore des concepts, établit des relations, raisonne et produit du sens. Elle englobe l’ensemble des processus cognitifs conscients et inconscients : perception, imagination, mémoire, jugement, raisonnement, réflexion. Au sens plus restreint, la pensée s’identifie à l’exercice de la raison, à la capacité d’abstraction et de conceptualisation qui caractérise spécifiquement l’intelligence humaine.

L’étymologie renvoie au latin pensare, fréquentatif de pendere (« peser », « examiner »), suggérant l’idée d’une pesée, d’une évaluation attentive. La pensée est originellement conçue comme un examen méticuleux, une délibération intérieure. Le grec ancien utilise plusieurs termes : noûs (νοῦς) désigne l’intellect, la faculté de penser ; dianoia (διάνοια), la pensée discursive qui procède par étapes ; logos (λόγος), la raison et le discours rationnel.

La pensée dans la philosophie antique

Pour les présocratiques, la pensée s’identifie au principe même de connaissance du réel. Parménide, dans son poème philosophique, affirme l’identité de l’être et de la pensée : « car c’est la même chose que penser et être » (to gar auto noein estin te kai einai). La pensée n’est pas une activité subjective arbitraire mais l’accès à la vérité de l’être.

Platon distingue plusieurs niveaux de pensée dans l’allégorie de la ligne divisée (République, Livre VI). La noêsis (intellection pure) appréhende directement les Formes intelligibles, tandis que la dianoia (pensée discursive) procède par raisonnements et hypothèses, caractéristique des mathématiques. Cette hiérarchie établit la supériorité de l’intuition intellectuelle sur le raisonnement démonstratif.

Aristote développe une analyse systématique de la pensée dans le De Anima. Il distingue l’intellect passif (nous pathêtikos), qui reçoit les formes intelligibles abstraites des objets sensibles, et l’intellect agent (nous poiêtikos), principe actif et immortel qui actualise les intelligibles potentiels. La pensée humaine s’élève du sensible à l’universel par abstraction (aphairesis).

Le cogito et la modernité

René Descartes opère une révolution en faisant de la pensée le fondement absolu de la certitude. Dans les Méditations métaphysiques (1641), le doute méthodique conduit à l’évidence première : « Je pense, donc je suis » (Cogito, ergo sum). La pensée devient la substance même du sujet, ce qui le définit essentiellement : « Je suis une chose qui pense (res cogitans), c’est-à-dire qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. »

Descartes identifie pensée et conscience : toute pensée est immédiatement présente à elle-même, transparente au sujet. Cette conception influence toute la philosophie moderne, établissant l’introspection comme méthode d’accès privilégié aux contenus mentaux.

Les empiristes britanniques contestent l’innéisme cartésien. Pour John Locke, l’esprit à la naissance est une tabula rasa : toutes les idées proviennent de l’expérience, soit par sensation (expérience externe), soit par réflexion (expérience interne de nos opérations mentales). David Hume radicalise cette position : la pensée n’est qu’une succession d’impressions et d’idées liées par association, sans substrat permanent.

Kant et la révolution critique

Emmanuel Kant transforme radicalement la compréhension de la pensée dans la Critique de la raison pure (1781). La pensée n’est pas réception passive d’informations mais activité synthétique structurante. L’entendement (Verstand) organise le divers sensible selon des catégories a priori (quantité, qualité, relation, modalité) qui sont les conditions de possibilité de toute expérience.

Kant distingue penser et connaître : « Je puis penser ce que je veux, pourvu seulement que je ne me contredise pas moi-même, c’est-à-dire pourvu que mon concept soit une pensée possible, quoique je ne puisse répondre que, dans l’ensemble de toutes les possibilités, à ce concept corresponde aussi un objet. » On peut penser sans connaître (les noumènes), mais on ne peut connaître sans penser (application des catégories aux phénomènes).

Pensée et langage

La relation entre pensée et langage devient une question centrale. Wilhelm von Humboldt affirme que « la langue est l’organe formateur de la pensée » : nous ne pensons pas d’abord dans une langue mentale universelle puis traduisons, mais la structure linguistique façonne nos modes de pensée.

Le tournant linguistique du XXe siècle, avec Frege, Russell et Wittgenstein, soumet la pensée à l’analyse logique du langage. Gottlob Frege distingue la pensée (Gedanke), contenu objectif exprimé par une proposition, du processus psychologique subjectif de penser. Une pensée est le sens d’une proposition, entité abstraite indépendante de tout acte mental particulier.

Ludwig Wittgenstein, dans le Tractatus logico-philosophicus (1921), affirme : « La pensée est la proposition pourvue de sens » (Der Gedanke ist der sinnvolle Satz). Puis, dans les Recherches philosophiques (1953), il critique cette conception et montre que la signification réside dans l’usage linguistique au sein de « jeux de langage » inscrits dans des formes de vie.

Critiques contemporaines

Martin Heidegger, dans Qu’appelle-t-on penser ? (Was heißt Denken?, 1954), distingue la pensée authentique (Denken) du simple calcul (Rechnen). La pensée technique moderne, dominée par la rationalité instrumentale, oublie l’être. La véritable pensée est méditation (Besinnung), questionnement qui s’ouvre à ce qui donne à penser.

La phénoménologie de Maurice Merleau-Ponty critique le mentalisme cartésien. Dans la Phénoménologie de la perception (1945), il montre que la pensée n’est pas activité désincarnée d’une conscience pure mais émerge de l’expérience corporelle préréflexive. La pensée se constitue dans notre engagement pratique avec le monde, non dans un for intérieur isolé.

Les sciences cognitives contemporaines interrogent les mécanismes computationnels sous-jacents à la pensée. Jerry Fodor postule un « langage de la pensée » (mentalais), système de représentations symboliques manipulées par des processus formels. Cette approche réactualise le débat entre conceptions représentationnelles et conceptions enactives de la cognition.

La pensée demeure ainsi un concept philosophiquement irréductible, lieu de tension entre intériorité et expression, entre universalité logique et singularité existentielle, entre processus computationnel et expérience vécue, questionnant ultimement ce qui fait la spécificité de l’humain.

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