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Structure
  1. Définition et étymologie
  2. Les racines antiques du holisme
    1. Aristote et l’organicisme
    2. Le stoïcisme cosmique
  3. Le holisme moderne
    1. Spinoza et le monisme substantiel
    2. L’idéalisme allemand
    3. Le romantisme et l’organicisme
  4. Le holisme épistémologique
    1. Pierre Duhem et la thèse Duhem-Quine
    2. Thomas Kuhn et les paradigmes
  5. Le holisme en biologie
    1. L’émergentisme biologique
    2. L’organicisme contemporain
  6. Le holisme en psychologie
    1. La Gestalt-théorie
    2. La psychologie systémique
  7. Le holisme en sciences sociales
    1. Le holisme sociologique
    2. L’anthropologie structurale
  8. Critiques du holisme
    1. L’individualisme méthodologique
    2. Le réductionnisme scientifique
    3. Les critiques logiques
  9. Le holisme contemporain
    1. La complexité et l’auto-organisation
    2. L’écologie profonde
    3. Le holisme en médecine
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Holisme

  • 25/09/2025
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Définition et étymologie

Le holisme (du grec « holos », ὅλος, signifiant « entier », « complet », « total ») désigne toute doctrine qui privilégie la totalité sur les parties qui la composent, affirmant que le tout possède des propriétés émergentes irréductibles à la simple somme de ses éléments. Cette approche s’oppose à l’atomisme et au réductionnisme qui tentent d’expliquer les phénomènes complexes par leurs composants élémentaires.

Le terme lui-même est relativement récent, forgé par le philosophe sud-africain Jan Smuts en 1926 dans son ouvrage « Holism and Evolution ». Cependant, l’idée holiste traverse l’histoire de la philosophie sous diverses formes : organicisme aristotélicien, monisme spinoziste, idéalisme allemand, et trouve des applications contemporaines en biologie, psychologie, sociologie et épistémologie.

Le principe holiste fondamental peut se résumer par la formule : « le tout est plus que la somme de ses parties ». Cette « plus-value » ontologique du tout sur les parties constitue le cœur des débats philosophiques autour du holisme et soulève des questions fondamentales sur la nature de la réalité et de la connaissance.

Les racines antiques du holisme

Aristote et l’organicisme

Aristote (384-322 av. J.-C.) développe une vision organiciste qui préfigure le holisme moderne. Dans la « Métaphysique », il critique l’atomisme démocritéen et affirme que « le tout est antérieur aux parties ». Cette antériorité n’est pas seulement temporelle mais ontologique : les parties n’ont de sens et de fonction que dans le contexte du tout qui les organise.

L’exemple paradigmatique est celui de l’organisme vivant : la main séparée du corps n’est plus réellement une main mais seulement de la chair et des os. Cette analyse révèle que l’identité des parties dépend essentiellement de leur appartenance au tout organique.

Cette conception aristotélicienne de la substance (ousia) comme totalité structurée influence durablement la tradition philosophique occidentale et fournit un cadre conceptuel pour penser l’émergence et la causalité descendante.

Le stoïcisme cosmique

Les stoïciens développent un holisme cosmologique avec leur doctrine de la « sympathie universelle » (sympatheia tôn holôn). Selon eux, l’univers constitue un organisme vivant unifié où chaque partie influence toutes les autres selon des liaisons causales nécessaires.

Cette vision holiste du cosmos s’accompagne d’une physique du pneuma (souffle) qui assure la cohésion et la communication à travers l’univers entier. Marc Aurèle exprime cette intuition : « Nous avons été faits pour collaborer comme les pieds, les mains, les paupières. »

Le holisme moderne

Spinoza et le monisme substantiel

Baruch Spinoza (1632-1677) développe dans l' »Éthique » un holisme métaphysique radical. Sa doctrine de la substance unique (« Deus sive Natura ») affirme que tous les modes finis ne sont que des modifications d’une seule et même substance infinie.

Cette conception moniste implique un holisme épistémologique : pour comprendre adéquatement un phénomène particulier, il faudrait connaître l’ensemble infini de ses relations causales. Spinoza anticipe ainsi certains développements de l’épistémologie holiste contemporaine.

L’idéalisme allemand

Les philosophes de l’idéalisme allemand (Schelling, Hegel) développent des systèmes holistes où l’Absolu se déploie dialectiquement à travers ses déterminations particulières. Hegel théorise explicitement cette logique dans sa « Science de la logique » : le vrai est le tout, et le tout n’est que l’essence s’achevant par son développement.

Cette dialectique de la totalité influence profondément la philosophie continentale et fournit des outils conceptuels pour penser les totalités dynamiques et auto-organisatrices.

Le romantisme et l’organicisme

Le romantisme allemand (Novalis, Schleiermacher) développe une vision organiciste de la nature et de l’art qui s’oppose au mécanisme cartésien et newtonien. Cette Naturphilosophie holiste influence les sciences naturelles (Goethe) et la médecine (vitalisme).

Le holisme épistémologique

Pierre Duhem et la thèse Duhem-Quine

Pierre Duhem (1861-1916) découvre dans « La Théorie physique » (1906) que les hypothèses scientifiques ne peuvent être testées isolément mais seulement en blocs interconnectés. Cette observation remet en question l’empirisme naïf qui croit pouvoir confronter directement les énoncés théoriques à l’expérience.

Willard Van Orman Quine (1908-2000) généralise cette intuition dans « Deux dogmes de l’empirisme » (1951) et développe un holisme épistémologique radical : nos théories affrontent le « tribunal de l’expérience » comme un tout interconnecté, sans qu’aucun énoncé individuel puisse être réfuté isolément.

Thomas Kuhn et les paradigmes

Thomas Kuhn (1922-1996) développe dans « La Structure des révolutions scientifiques » (1962) une approche holiste de l’histoire des sciences. Les « paradigmes » scientifiques constituent des totalités conceptuelles qui déterminent les problèmes légitimes et les solutions acceptables.

Cette conception holiste de la rationalité scientifique influence profondément l’épistémologie contemporaine et relativise les prétentions à l’objectivité universelle de la science.

Le holisme en biologie

L’émergentisme biologique

L’émergentisme biologique, développé notamment par C.D. Broad et Samuel Alexander, soutient que les propriétés biologiques « émergent » des propriétés physico-chimiques sans s’y réduire. Cette émergence constitue une forme de holisme ontologique modéré.

Cette approche permet de rendre compte de la spécificité du vivant sans recourir au vitalisme tout en évitant le réductionnisme physicaliste strict.

L’organicisme contemporain

Les biologistes comme Ludwig von Bertalanffy développent une « théorie générale des systèmes » qui formalise l’approche holiste. Cette théorie influence de nombreux domaines : cybernétique, écologie, médecine systémique.

L’écologie développe particulièrement une approche holiste avec le concept d’écosystème où les relations entre espèces s’avèrent aussi importantes que les espèces elles-mêmes.

Le holisme en psychologie

La Gestalt-théorie

L’école de la Gestalt (Wertheimer, Köhler, Koffka) révolutionne la psychologie au début du XXe siècle avec sa critique de l’associationnisme atomiste. Les Gestaltistes démontrent expérimentalement que la perception saisit d’abord des totalités structurées (formes, mélodies) irréductibles à leurs éléments.

Cette découverte remet en question l’empirisme classique et révèle l’activité organisatrice de la conscience perceptive.

La psychologie systémique

La thérapie familiale systémique (École de Palo Alto) applique l’approche holiste aux dysfonctionnements psychologiques en considérant l’individu dans le système familial total. Cette perspective révèle l’importance des interactions et des communications dans la genèse des troubles.

Le holisme en sciences sociales

Le holisme sociologique

Émile Durkheim (1858-1917) développe un holisme sociologique avec sa théorie des « faits sociaux » qui exercent une contrainte externe sur les individus. Cette approche privilégie l’explication par les structures sociales totales contre l’individualisme méthodologique.

Cette tradition holiste influence la sociologie française (Mauss, Lévi-Strauss) et s’oppose à l’individualisme méthodologique anglo-saxon (Weber, Boudon).

L’anthropologie structurale

Claude Lévi-Strauss développe une anthropologie structurale holiste qui étudie les systèmes symboliques comme totalités cohérentes. Les structures de parenté, les mythes, les systèmes de classification révèlent des logiques globales irréductibles aux éléments particuliers.

Critiques du holisme

L’individualisme méthodologique

L’individualisme méthodologique (Weber, Popper, Boudon) critique le holisme sociologique en affirmant que les phénomènes sociaux doivent s’expliquer par les actions individuelles. Cette approche dénonce l’hypostase des totalités collectives et privilégie les explications « bottom-up ».

Le réductionnisme scientifique

Le réductionnisme scientifique conteste la réalité des propriétés émergentes et soutient qu’une science unifiée doit pouvoir réduire tous les phénomènes aux lois physiques fondamentales. Cette position s’oppose frontalement aux prétentions holistes.

Les critiques logiques

Certains philosophes analytiques (Hempel) critiquent l’imprécision conceptuelle du holisme et dénoncent le caractère métaphysique de la notion d’émergence. Ces critiques appellent à une clarification des concepts holistes.

Le holisme contemporain

La complexité et l’auto-organisation

Les sciences de la complexité (Prigogine, Atlan, Morin) renouvellent l’approche holiste en étudiant les phénomènes d’auto-organisation dans les systèmes complexes. Ces recherches révèlent l’émergence spontanée d’ordres globaux à partir d’interactions locales.

L’écologie profonde

L’écologie profonde (Arne Naess) développe un holisme environnemental qui considère les écosystèmes comme des totalités ayant une valeur intrinsèque. Cette approche influence l’éthique environnementale contemporaine.

Le holisme en médecine

La médecine holistique privilégie une approche globale du patient contre la spécialisation médicale excessive. Cette perspective intègre les dimensions physiques, psychologiques et sociales de la santé.

Le holisme demeure ainsi une perspective philosophique féconde qui continue d’interroger les relations entre parties et tout, individualité et totalité, réduction et émergence, nourrissant les débats contemporains en épistémologie, éthique et sciences humaines.

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