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Structure
  1. Définition et étymologie
  2. Usage philosophique
    1. Genèse et contexte d’émergence
    2. Les figures fondatrices
    3. L’apogée avicennien
    4. La critique averroïste
    5. Déclin et transmissions
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Falsafa

  • 13/11/2025
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Définition et étymologie

La falsafa (فلسفة) désigne la tradition philosophique rationaliste développée dans le monde islamique médiéval, représentant l’appropriation et le prolongement créatif de l’héritage philosophique grec, principalement aristotélicien et néoplatonicien. Le terme constitue une arabisation directe du grec philosophia (φιλοσοφία), témoignant de la transmission culturelle opérée lors du grand mouvement de traduction des textes grecs en arabe aux VIIIe-IXe siècles.

Les praticiens de cette discipline, nommés falâsifa (singulier faylasûf), se distinguent des théologiens (mutakallimûn) pratiquant le kalâm (théologie dialectique) et des mystiques soufis par leur méthodologie fondée sur la démonstration rationnelle (burhân) et leur référence première aux autorités philosophiques grecques plutôt qu’exclusivement aux sources révélées.

Usage philosophique

Genèse et contexte d’émergence

La falsafa naît du vaste projet de traduction entrepris sous le califat abbasside, particulièrement sous al-Ma’mûn (813-833), qui fonde la Bayt al-Hikma (Maison de la Sagesse) à Baghdad. Des traducteurs comme Hunayn ibn Ishâq rendent accessibles en arabe les corpus d’Aristote, Platon, Plotin (dont les Ennéades circulent sous le titre trompeur de Théologie d’Aristote), Galien et Ptolémée.

Cette transmission s’accompagne d’une transformation : les falâsifa ne se contentent pas de commenter, mais élaborent des systèmes originaux tentant de concilier raison philosophique et vérité révélée. Cette entreprise pose la question fondamentale des rapports entre philosophie et religion, raison et foi, qui structure toute l’histoire de la falsafa.

Les figures fondatrices

Al-Kindî (c. 801-873), « philosophe des Arabes », inaugure le mouvement en affirmant la compatibilité essentielle entre philosophie et islam. Il développe une métaphysique néoplatonicienne de l’Un et introduit la distinction aristotélicienne entre substance et accident dans la pensée arabe. Son projet vise explicitement à montrer que « la vérité ne saurait contredire la vérité », établissant le principe de non-contradiction entre vérités rationnelles et révélées.

Al-Fârâbî (872-950), le « Second Maître » (après Aristote), systématise la falsafa en édifiant une synthèse monumentale intégrant logique, physique, métaphysique et philosophie politique. Sa Cité vertueuse transpose la République platonicienne dans un contexte islamique, identifiant le philosophe-roi au prophète législateur. Il introduit la distinction cruciale entre essence (mâhiyya) et existence (wujûd), qui deviendra centrale dans la métaphysique islamique.

L’apogée avicennien

Ibn Sînâ (Avicenne, 980-1037) porte la falsafa à son apogée en élaborant un système philosophique d’une ampleur inégalée. Son Kitâb al-Shifâ’ (Livre de la guérison) constitue une encyclopédie philosophique exhaustive couvrant logique, sciences naturelles, mathématiques et métaphysique.

Sa contribution majeure réside dans sa preuve de l’existence de Dieu par la distinction entre l’être nécessaire (wâjib al-wujûd) et l’être contingent (mumkin al-wujûd). Tout contingent requiert une cause expliquant son passage de la possibilité à l’actualité, mais cette chaîne causale ne peut remonter à l’infini ; elle doit culminer en un Être nécessaire par soi, identifié à Dieu. Cette démonstration influence profondément la scolastique latine, notamment Thomas d’Aquin.

Avicenne développe également une psychologie sophistiquée distinguant les facultés de l’âme et proposant, avec l’expérience de pensée de « l’homme volant » (un homme créé en suspension sans contacts sensoriels demeure conscient de son existence), une intuition du cogito préfigurant Descartes.

La critique averroïste

Ibn Rushd (Averroès, 1126-1198) représente simultanément le sommet et le chant du cygne de la falsafa en terre d’islam. Face à la critique dévastatrice d’al-Ghazâlî dans Tahâfut al-Falâsifa (Incohérence des philosophes), Averroès rédige le Tahâfut al-Tahâfut (Incohérence de l’incohérence), défendant la légitimité rationnelle de la philosophie.

Son commentaire exhaustif d’Aristote établit le texte canonique de l’aristotélisme médiéval, influençant massivement la scolastique latine où il devient simplement « Le Commentateur ». Sa théorie de l’intellect agent unique et de la double vérité (philosophique et religieuse) suscite des controverses durables.

Averroès élabore dans son Fasl al-Maqâl (Discours décisif) une herméneutique philosophique du Coran, distinguant sens apparent (zhâhir) et sens caché (bâtin), et réservant l’interprétation allégorique (ta’wîl) aux philosophes capables de démonstration.

Déclin et transmissions

Après Averroès, la falsafa périclite dans le monde islamique occidental, supplantée par la synthèse ghazâlienne intégrant soufisme et théologie, et par l’essor de philosophies alternatives comme l’ishrâqisme (philosophie illuminative) de Suhrawardî. En revanche, elle perdure en Perse où Mullâ Sadrâ (XVIe-XVIIe siècles) opère une synthèse créative entre falsafa, théologie et mystique.

L’impact de la falsafa sur la philosophie européenne s’avère considérable. Les traductions latines des œuvres d’Avicenne et Averroès, réalisées à Tolède et en Sicile aux XIIe-XIIIe siècles, transmettent à l’Occident latin non seulement Aristote mais une tradition interprétative raffinée. L’averroïsme latin influence l’université médiévale, tandis qu’Avicenne marque profondément la métaphysique scolastique jusqu’à Duns Scot.

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