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Structure
  1. Définition et origine
  2. Le Cercle de Vienne et ses représentants
  3. Les principes fondamentaux
    1. Le principe de vérification
    2. La distinction analytique/synthétique
    3. L’unité de la science
  4. Développements et réformes
  5. Héritage et postérité
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Empirisme logique

  • 29/11/2025
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Définition et origine

L’empirisme logique, également désigné sous le terme de positivisme logique, représente un courant philosophique qui s’est développé dans les années 1920-1930, principalement au sein du Cercle de Vienne (Wiener Kreis). Ce mouvement se caractérise par la volonté de fonder la connaissance scientifique sur une base empirique rigoureuse, tout en utilisant les outils de la logique moderne pour analyser le langage et éliminer les propositions dépourvues de sens.

L’expression « empirisme logique » combine deux héritages philosophiques distincts : d’une part, l’empirisme (du grec empeiria, « expérience »), qui affirme que toute connaissance provient de l’expérience sensible ; d’autre part, la logique formelle développée par Gottlob Frege, Bertrand Russell et Ludwig Wittgenstein, qui permet d’analyser avec précision la structure du langage et du raisonnement.

Le Cercle de Vienne et ses représentants

Le Cercle de Vienne, fondé en 1922 autour de Moritz Schlick (1882-1936), constitue le foyer principal de l’empirisme logique. Parmi ses membres les plus éminents figurent Rudolf Carnap (1891-1970), Otto Neurath (1882-1945), Hans Hahn (1879-1934) et Friedrich Waismann (1896-1959). Le groupe organisait des séances de discussion hebdomadaires où s’élaborait progressivement une philosophie scientifique radicale.

Alfred Jules Ayer (1910-1989) introduisit les idées du Cercle de Vienne dans le monde anglophone avec son ouvrage Language, Truth and Logic (1936), tandis que Carl Hempel (1905-1997) contribua de manière significative à l’analyse de l’explication scientifique. L’influence de Ludwig Wittgenstein, bien que ce dernier ne fût pas membre du Cercle, s’avéra déterminante, notamment à travers son Tractatus Logico-Philosophicus (1921).

Les principes fondamentaux

Le principe de vérification

Au cœur de l’empirisme logique se trouve le principe de vérification (Verifikationsprinzip), selon lequel une proposition n’a de sens que si elle est soit analytique (vraie en vertu de sa forme logique), soit empiriquement vérifiable. Carnap formule ce principe de manière rigoureuse : toute proposition cognitive doit pouvoir être confirmée ou infirmée par l’expérience sensible.

Cette exigence conduit à rejeter comme dépourvues de sens les propositions métaphysiques, théologiques ou éthiques qui ne peuvent être soumises à vérification empirique. Par exemple, l’énoncé « Dieu existe » ou « Le néant néantit » (Heidegger) sont considérés comme des pseudo-propositions, non pas fausses, mais littéralement dénuées de signification cognitive.

La distinction analytique/synthétique

L’empirisme logique reprend et radicalise la distinction kantienne entre jugements analytiques et synthétiques. Les propositions analytiques (comme « Tous les célibataires sont non-mariés ») sont vraies en vertu de la signification des termes qu’elles contiennent et relèvent de la logique ou des mathématiques. Les propositions synthétiques (comme « La température de l’eau bout à 100°C au niveau de la mer ») requièrent une vérification empirique.

Cette dichotomie structure l’ensemble de la connaissance humaine : d’un côté, les sciences formelles (logique, mathématiques) qui produisent des vérités analytiques a priori ; de l’autre, les sciences empiriques qui élaborent des hypothèses synthétiques devant être confrontées à l’expérience.

L’unité de la science

Neurath et Carnap défendent le projet d’une science unifiée (Einheitswissenschaft) où toutes les disciplines scientifiques partageraient un langage commun, le langage physiciste, permettant de traduire tous les énoncés scientifiques en termes d’observables physiques. Cette conception vise à éliminer les barrières artificielles entre sciences naturelles et sciences humaines.

Développements et réformes

Face aux critiques, notamment celle de Karl Popper qui substitue le critère de falsifiabilité à celui de vérifiabilité, l’empirisme logique évolue. Carnap abandonne progressivement le principe de vérification stricte au profit d’une conception plus souple fondée sur la confirmabilité graduelle : une proposition est scientifique si des observations peuvent augmenter ou diminuer son degré de confirmation.

Willard Van Orman Quine (1908-2000) porte un coup sévère à l’édifice de l’empirisme logique dans son article « Two Dogmas of Empiricism » (1951), en contestant la distinction analytique/synthétique et l’idée d’une vérification isolée des propositions. Quine propose une vision holiste où c’est l’ensemble du système théorique qui est confronté à l’expérience, non des propositions isolées.

Héritage et postérité

Malgré les critiques qui ont conduit à l’abandon de ses thèses les plus radicales, l’empirisme logique a profondément marqué la philosophie du XXe siècle. Il a contribué à l’émergence de la philosophie analytique comme tradition dominante dans le monde anglophone, à la clarification du statut épistémologique des théories scientifiques, et au développement de la logique formelle appliquée au langage naturel.

Son exigence de rigueur conceptuelle et son attention portée à l’analyse logique du langage scientifique demeurent des acquis méthodologiques essentiels de la philosophie contemporaine, même si sa conception restrictive du sens et sa confiance dans la possibilité d’une fondation purement empirique de la connaissance ont été largement remises en question.

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