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Structure
  1. Définition et étymologie
  2. L’arétè homérique et aristocratique
  3. La révolution socratique et platonicienne
  4. Aristote et les vertus éthiques
  5. Postérité philosophique
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Arétè

  • 26/11/2025
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Définition et étymologie

L’arétè (ἀρετή) désigne dans la pensée grecque antique l’excellence, la vertu ou la perfection propre à un être ou à une chose, correspondant à l’accomplissement optimal de sa fonction naturelle. Le terme n’a pas d’équivalent exact dans les langues modernes, ce qui rend sa traduction problématique : « vertu » est trop restrictif sur le plan moral, « excellence » trop général, et « perfection » trop absolu.

L’étymologie du mot demeure incertaine. Certains philologues le rattachent à arestos (agréable, satisfaisant) ou à Arès, le dieu de la guerre, suggérant initialement une connotation de vaillance guerrière. Dans les poèmes homériques, l’arétè désigne principalement le courage martial et la prouesse au combat, qualités indispensables au héros. Toutefois, le concept évolue progressivement pour englober toutes les formes d’excellence humaine, dépassant la seule bravoure militaire.

L’arétè implique la réalisation de ce qu’un être peut accomplir de meilleur selon sa nature. Un couteau possède l’arétè s’il coupe bien, un cheval s’il court vite, un homme s’il actualise pleinement ses capacités rationnelles et morales. Cette conception téléologique suppose que chaque chose possède une fonction (ergon) dont l’accomplissement définit son excellence spécifique.

L’arétè homérique et aristocratique

Dans l’Iliade et l’Odyssée, l’arétè caractérise les héros nobles qui se distinguent par leur bravoure, leur force physique, leur habileté au combat et leur éloquence. Achille incarne l’arétè guerrière dans sa forme la plus pure : sa supériorité martiale le place au-dessus des autres combattants grecs. Cette excellence héroïque s’accompagne d’un désir de gloire (kleos) et d’honneur (timè), récompenses sociales qui confirment la valeur du guerrier.

Ulysse représente une forme plus complexe d’arétè combinant la ruse (mètis), l’endurance et la sagesse pratique. Son excellence ne se limite pas à la force brute mais inclut l’intelligence stratégique et la capacité d’adaptation. Cette diversification annonce l’élargissement ultérieur du concept au-delà des seules qualités martiales.

L’arétè reste néanmoins liée à la naissance et au statut social. Les nobles possèdent naturellement cette excellence qu’ils transmettent à leurs descendants. L’éducation (paideia) vise alors à cultiver et développer des qualités déjà présentes chez les individus bien nés.

La révolution socratique et platonicienne

Socrate bouleverse radicalement la conception traditionnelle de l’arétè en affirmant qu’elle constitue un savoir pouvant s’enseigner par la méthode dialectique. Dans les dialogues platoniciens, notamment Ménon, Socrate interroge la nature de la vertu et son mode de transmission. Si l’arétè était héréditaire, les fils des grands hommes devraient systématiquement posséder les qualités paternelles, ce qui n’est manifestement pas le cas.

Pour Socrate, l’arétè s’identifie à la connaissance. L’homme vertueux est celui qui connaît le bien et agit conformément à ce savoir. Nul n’est méchant volontairement : le vice résulte de l’ignorance. Cette intellectualisation de la vertu rompt avec la conception aristocratique en faisant de l’excellence morale une affaire de connaissance accessible théoriquement à tous, indépendamment de l’origine sociale.

Platon développe une théorie des quatre vertus cardinales dans la République : la sagesse (sophia), le courage (andreia), la tempérance (sophrosunè) et la justice (dikaiosunè). Chaque vertu correspond à l’excellence d’une partie de l’âme : la sagesse appartient à la raison, le courage à l’élément irascible, la tempérance harmonise les différentes parties, et la justice maintient chacune dans sa fonction propre. L’arétè complète résulte de l’ordre hiérarchique où la raison gouverne les appétits et les émotions.

Aristote et les vertus éthiques

Aristote systématise la réflexion sur l’arétè dans l’Éthique à Nicomaque. Il distingue les vertus intellectuelles (dianoétiques) des vertus morales (éthiques). Les premières, comme la sagesse théorique (sophia) ou la prudence (phronesis), s’acquièrent par l’enseignement. Les secondes, comme le courage ou la générosité, se développent par l’habituation et la pratique répétée d’actions vertueuses.

La vertu éthique constitue une disposition (hexis) à choisir le juste milieu entre deux extrêmes vicieux. Le courage se situe entre la lâcheté et la témérité, la générosité entre l’avarice et la prodigalité. Cette doctrine du juste milieu ne propose pas une moyenne arithmétique mais un équilibre relatif à chaque individu et à chaque situation, déterminé par la raison droite (orthos logos).

L’arétè aristotélicienne vise le bonheur (eudaimonia), accomplissement de la fonction proprement humaine qui est l’activité de l’âme conforme à la raison. L’homme vertueux actualise ses potentialités rationnelles et réalise la vie bonne, caractérisée par l’excellence dans l’action et la contemplation.

Postérité philosophique

Le concept d’arétè influence profondément l’éthique des vertus, tradition philosophique remontant à Aristote et revitalisée par des penseurs contemporains comme Alasdair MacIntyre ou Philippa Foot. Ces approches privilégient la formation du caractère et la cultivation des dispositions excellentes plutôt que l’obéissance à des règles abstraites.

L’arétè interroge aussi la possibilité d’une excellence spécifiquement humaine dans un monde où les conceptions téléologiques de la nature sont contestées. Peut-on encore parler d’une fonction humaine définissant notre bien propre ? Cette question anime les débats éthiques contemporains sur le perfectionnisme moral et les fondements de la vie bonne.

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