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Structure
  1. En raccourci
  2. Origines et formation
    1. L’érudition précoce à Cologne
    2. Le service de l’Empereur
  3. Une vie d’errance et de conflits
    1. Les déceptions françaises
    2. Historiographe aux Pays-Bas
  4. L’œuvre double : Magie et Scepticisme
    1. De occulta philosophia : La magie des trois mondes
    2. De incertitudine : Le grand démantèlement du savoir
    3. Résoudre la contradiction : Le fidéisme
  5. Dernières années et persécution
    1. Pour aller plus loin
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Cornelius Agrippa, philosophe et érudit de la Renaissance, basé sur le sujet de l'article. L'image est imaginaire et non une représentation réelle.
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Cornelius Agrippa (1486-1535) : La magie comme philosophie, le doute comme méthode

  • 04/11/2025
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INFOS-CLÉS

Nom d’origineHeinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim
OrigineSaint-Empire romain (Cologne)
Importance★★★★
CourantsPhilosophie de la Renaissance, Hermétisme, Scepticisme
ThèmesMagie occulte, Fidéisme, Microcosme/Macrocosme, Kabbale

En raccourci

Heinrich Cornelius Agrippa von Nettesheim naît à Cologne en 1486. Esprit universel, il mène une vie d’errance à travers l’Europe, changeant sans cesse de protecteurs et de métiers. Il est tour à tour soldat, médecin, juriste, diplomate et théologien.

Son parcours intellectuel est marqué par deux œuvres majeures en apparence contradictoires. Très jeune, il rédige La Philosophie Occulte (publiée bien plus tard), un immense traité qui cherche à fonder la magie comme la plus haute des sciences. Il y décrit un univers hiérarchisé en trois mondes (naturel, céleste, divin) que le « mage » peut manipuler par la connaissance des correspondances.

Plus tard, il publie De l’incertitude et vanité des sciences (1530). Cet ouvrage est une attaque féroce contre toutes les disciplines humaines, de la logique à la médecine, en passant par la théologie elle-même. Il y dénonce leur arrogance et leur incapacité à atteindre la vérité. Cette apparente contradiction se résout dans le fidéisme : Agrippa utilise le doute pour démolir la prétention de la raison humaine, afin de ne laisser place qu’à la foi pure et à la révélation directe de Dieu. Accusé d’hérésie et constamment persécuté, il meurt dans la misère à Grenoble en 1535.

Origines et formation

La trajectoire de Cornelius Agrippa s’explique en partie par son contexte de naissance. Il est le pur produit du bouillonnement intellectuel de la Renaissance germanique, où l’humanisme redécouvre les textes antiques, mais où persistent aussi de puissants courants mystiques et ésotériques.

L’érudition précoce à Cologne

Heinrich Cornelius Agrippa naît à Cologne en 1486, dans une famille de petite noblesse. Il étudie à l’Université de Cologne, un bastion de la théologie scolastique, mais aussi un lieu où circulent des idées nouvelles. Il y acquiert une maîtrise impressionnante des arts libéraux, du droit, de la médecine et des langues, dont le grec et l’hébreu.

Cette maîtrise de l’hébreu lui donne un accès direct aux textes de la Kabbale juive, qui marqueront profondément sa pensée. Très tôt, il s’intéresse aux écrits hermétiques et néoplatoniciens, notamment ceux de Marsile Ficin et de Pic de la Mirandole. Il cherche une synthèse entre le christianisme et cette « philosophie éternelle » (Prisca theologia) d’origine prétendument égyptienne.

Le service de l’Empereur

Agrippa n’est pas un pur universitaire. C’est un homme d’action. Il entre au service de l’empereur Maximilien Ier, pour qui il remplit des missions militaires et diplomatiques. Ses voyages le mènent en Espagne et en Italie.

Cette période italienne est déterminante. Il y fréquente des cercles humanistes, donne des conférences sur le Pimandre d’Hermès Trismégiste et approfondit sa connaissance de la magie et de l’alchimie. C’est durant cette période, vers 1510, qu’il rédige une première version de son œuvre maîtresse, De occulta philosophia libri tres (Les trois livres de la philosophie occulte). Il ne la publiera que vingt ans plus tard, après maintes révisions.

Une vie d’errance et de conflits

La carrière d’Agrippa est une succession de protections prestigieuses et de ruptures brutales. Son caractère entier, son refus des compromis et la nature sulfureuse de ses écrits lui attirent des ennemis puissants, notamment au sein de l’Église.

Les déceptions françaises

Après avoir servi l’Empereur, Agrippa cherche fortune en France. Il devient médecin personnel de Louise de Savoie, mère du roi François Ier. L’astrologie est alors une pratique courante à la cour. Agrippa s’y livre, mais sa franchise déplaît.

Il tombe en disgrâce lorsqu’il refuse d’établir un horoscope favorable à une campagne militaire du roi. Il critique ouvertement la superstition de la cour. Perdant sa pension et sa position, il quitte la France et se retrouve dans une situation financière précaire.

Historiographe aux Pays-Bas

Il trouve refuge aux Pays-Bas, où il est nommé historiographe et archiviste à la cour de Marguerite d’Autriche, régente des Pays-Bas. C’est une période de relative stabilité qui lui permet de travailler et de publier. Il rédige notamment un traité sur la supériorité des femmes, De nobilitate et praecellentia foeminei sexus, dédié à sa protectrice.

Cette accalmie est de courte durée. La publication de son second grand ouvrage, De l’incertitude et vanité des sciences, en 1530, provoque un scandale. Les théologiens de Louvain l’attaquent violemment. Il critique toutes les institutions, y compris la cour qui le nourrit. À la mort de Marguerite d’Autriche en 1530, il perd sa protection et doit fuir à nouveau.

L’œuvre double : Magie et Scepticisme

L’héritage intellectuel d’Agrippa repose sur deux livres monumentaux que tout semble opposer. Le premier, De occulta philosophia, est le manuel le plus complet de la magie de la Renaissance. Le second, De incertitudine, est une démolition sceptique de tout le savoir humain.

De occulta philosophia : La magie des trois mondes

Publié finalement entre 1531 et 1533, La Philosophie Occulte est une œuvre de jeunesse mûrie pendant vingt ans. Agrippa y propose une vision grandiose et unifiée de l’univers. Il rejette la sorcellerie démoniaque et la nécromancie vulgaire. Il cherche à restaurer la « magie » dans sa dignité originelle : la plus haute des sciences, l’accomplissement de la philosophie.

L’ouvrage systématise la pensée magique de la Renaissance. L’univers est structuré en trois mondes hiérarchisés, liés par des correspondances analogiques :
1. Le Monde Élémentaire : le monde sublunaire, la nature, les minéraux, les plantes, les animaux.
2. Le Monde Céleste : les astres, les planètes, le zodiaque, qui influencent le monde élémentaire.
3. Le Monde Intellectuel (ou Supercéleste) : les anges, les intelligences pures, les noms divins, Dieu lui-même.

Le Mage est le philosophe qui connaît ces trois mondes et les analogies qui les unissent. Par sa connaissance, il peut attirer les vertus du monde supérieur pour agir sur le monde inférieur. Agrippa intègre la Kabbale (l’étude des noms divins et des lettres hébraïques) comme l’outil suprême pour opérer dans le monde intellectuel. La magie devient une « physique » opérative et une voie d’ascension spirituelle.

De incertitudine : Le grand démantèlement du savoir

À peine un an avant la publication de son traité de magie, Agrippa fait paraître De l’incertitude et vanité des sciences et des arts (1530). Le ton change radicalement. Ce livre est une charge féroce contre la totalité du savoir humain. Agrippa y mène une revue critique de toutes les disciplines : grammaire, logique, rhétorique, mathématiques, musique, mais aussi droit, médecine, philosophie et même la théologie scolastique.

Aucune science ne trouve grâce à ses yeux. Il les accuse d’être vaines, incertaines et arrogantes. Elles sont des constructions humaines, des opinions qui masquent la vérité au lieu de la montrer. La raison humaine, laissée à elle-même, ne produit que des chimères et des conflits. Ce scepticisme radical est dévastateur.

Résoudre la contradiction : Le fidéisme

Comment le même homme peut-il écrire une encyclopédie de la magie et un pamphlet qui détruit toute science ? L’historiographie a longtemps vu une volte-face, Agrippa reniant la magie de sa jeunesse. L’interprétation la plus cohérente est ailleurs. Les deux livres ne se contredisent pas ; ils se complètent.

Le De incertitudine n’est pas un scepticisme nihiliste. C’est un scepticisme chrétien, un fidéisme. Agrippa utilise le doute comme une arme théologique. Son but est de détruire l’orgueil de la raison (la vana scientia) pour ne laisser debout qu’une seule source de vérité : la Révélation divine, la parole de Dieu contenue dans les Écritures.

Une fois le terrain déblayé de l’arrogance scolastique, deux choses subsistent : la Foi pure et la vraie connaissance opérative. Cette vraie connaissance est celle que Dieu a lui-même inscrite dans le livre de la Nature. C’est précisément la « philosophie occulte », la magie naturelle fondée sur les correspondances divines. Ainsi, le De incertitudine détruit la fausse science pour légitimer la vraie, celle du De occulta.

Dernières années et persécution

La publication de ses œuvres majeures précipite la chute d’Agrippa. Le De incertitudine est mis à l’Index par l’Église. Les théologiens de la Sorbonne condamnent également ses écrits. Il est désormais vu comme un hérétique par les catholiques et comme un magicien suspect par les réformateurs protestants.

Accusé de sorcellerie, emprisonné pour dettes à Bruxelles, il fuit à nouveau. Il tente de retourner à Cologne, mais la ville lui ferme ses portes. Il erre un temps en France, où il est brièvement emprisonné sur ordre de François Ier pour des propos jugés irrespectueux envers la reine mère. Libéré, il se réfugie à Grenoble. C’est là qu’il meurt en 1535, dans le dénuement, épuisé par une vie de combats.

La postérité d’Agrippa fut paradoxale. L’immense succès du De occulta philosophia éclipsa son œuvre sceptique. Il devint pour les siècles suivants l’archétype du « magicien », du sorcier, voire du charlatan. Il influença durablement tous les courants de l’ésotérisme occidental. On oublia l’érudit humaniste et le penseur fidéiste.

Agrippa von Nettesheim reste un témoin majeur de la Renaissance, à la croisée des chemins. Il illustre la tentative désespérée de fonder un savoir total juste avant que la révolution scientifique ne sépare la science de la spiritualité. Sa critique de la raison humaine annonce les doutes de Montaigne, tandis que sa systématisation de la magie clôture une époque. Il a tenté de tenir ensemble l’action, la connaissance et la foi.

 

Pour aller plus loin

  • Henri Corneille Agrippa, La Philosophie Occulte ou la Magie de Henri Corneille-Agrippa: L’Œuvre Complète (Livres I, II, III, IV),
  • Heinrich Cornelius Agrippa von Netteshei, De la supériorité des femmes (1509),

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