Philosophes.org

Sponsorisé par ToolPilot.app, 300+ outils gratuits

Structure
  1. Définition et étymologie
  2. Cosmologie et mythologie
  3. Concepts philosophiques fondamentaux
  4. Pratiques et ritualité
  5. Interactions philosophiques
Philosophes.org
Lexique : mots commençant par S
  • Glossaire

Shintoïsme

  • 15/11/2025
  • 4 minutes de lecture
Total
0
Shares
0
0
0

Définition et étymologie

Le shintoïsme désigne la religion autochtone du Japon, caractérisée par le culte des kami (divinités ou esprits) et l’absence de fondateur, de dogme fixe ou de texte sacré unique. Le terme provient du japonais shintō (神道), composé de shin (神, « divinité » ou « esprit ») et tō (道, « voie » ou « chemin »), signifiant littéralement « la voie des dieux » ou « la voie des esprits ». Cette dénomination apparaît au VIe siècle pour distinguer les croyances indigènes japonaises du bouddhisme nouvellement introduit, désigné comme butsudō (仏道, « la voie du Bouddha »).

Le shintoïsme se présente moins comme une religion organisée que comme un ensemble de pratiques rituelles, de croyances animistes et de traditions transmises depuis la préhistoire japonaise. Il repose sur une conception immanente du sacré, où les kami habitent les éléments naturels (montagnes, rivières, arbres, rochers), les phénomènes météorologiques, mais aussi les ancêtres et certaines figures historiques divinisées. Contrairement aux religions monothéistes, le shintoïsme ne propose pas de création ex nihilo, mais conçoit l’univers comme une génération spontanée issue du chaos primordial, d’où émergent progressivement les divinités créatrices.

Cosmologie et mythologie

La cosmologie shintoïste s’articule autour des récits contenus dans le Kojiki (Chronique des faits anciens, 712) et le Nihon Shoki (Chroniques du Japon, 720), les deux plus anciens textes historico-mythologiques japonais. Ces ouvrages narrent la formation de l’archipel japonais par les divinités primordiales Izanagi et Izanami, qui plongent une lance céleste dans l’océan primordial pour créer les îles. Leur union engendre les kami majeurs, dont Amaterasu Ōmikami, déesse du soleil et ancêtre mythique de la lignée impériale, et Susanoo, dieu des tempêtes.

Cette mythologie établit une continuité ontologique entre le monde divin et le monde humain : le Japon lui-même est considéré comme le pays des dieux (shinkoku), et l’empereur, descendant direct d’Amaterasu, incarne le lien sacré entre les kami et le peuple. Cette conception a profondément marqué l’identité culturelle japonaise et l’organisation politique du pays jusqu’en 1945, date à laquelle l’empereur Hirohito renonce officiellement à sa nature divine.

Concepts philosophiques fondamentaux

Le shintoïsme repose sur plusieurs notions structurantes qui configurent une philosophie particulière de l’existence. Le concept de kami désigne toute entité possédant une puissance extraordinaire ou une qualité exceptionnelle, sans distinction stricte entre nature et surnature. Un rocher vénérable, un arbre centenaire, une cascade impressionnante peuvent être reconnus comme kami, de même qu’un ancêtre illustre ou un héros national. Cette conception révèle une ontologie non dualiste où le sacré imprègne le monde sensible plutôt que de s’en séparer.

La pureté (kiyome) constitue la valeur éthique centrale du shintoïsme. Elle ne renvoie pas à une notion morale de bien et de mal, mais à un état de propreté rituelle et de conformité harmonieuse avec l’ordre naturel. La souillure (kegare), notamment liée à la mort, à la maladie ou au sang, nécessite des rites de purification (misogi et harai) pour restaurer l’équilibre. Cette insistance sur la pureté rituelle distingue le shintoïsme des systèmes éthiques fondés sur le péché ou la faute morale.

Le concept de musubi (union, lien générateur) exprime la force vitale qui relie tous les êtres et assure la continuité de la vie. Il manifeste l’interconnexion fondamentale entre les kami, les humains et la nature, établissant une vision holistique de l’existence où chaque élément participe d’un tout organique. Cette perspective a nourri une sensibilité écologique avant la lettre, où le respect de la nature découle d’une reconnaissance de sa sacralité intrinsèque.

Pratiques et ritualité

Le shintoïsme se manifeste principalement par des pratiques rituelles effectuées dans les sanctuaires (jinja) ou lors de cérémonies communautaires. Les matsuri (festivals) célèbrent les kami locaux et rythment le cycle agricole et social. Les rites de passage (naissance, mariage, construction d’une maison) font également l’objet de célébrations shintoïstes, tandis que les funérailles relèvent traditionnellement du bouddhisme, illustrant le syncrétisme religieux caractéristique du Japon.

La prière (norito) shintoïste ne demande pas le pardon ou la rédemption, mais sollicite la bienveillance des kami et la protection contre les malheurs. Les offrandes (riz, saké, fruits, sel) expriment la gratitude et maintiennent la réciprocité entre les humains et les divinités. Cette logique du don et du contre-don structure les relations sociales autant que religieuses.

Interactions philosophiques

Le shintoïsme a coexisté avec le bouddhisme depuis le VIe siècle selon un modèle syncrétique appelé shinbutsu-shūgō (fusion des kami et des bouddhas). Les penseurs médiévaux comme Kūkai (774-835), fondateur du bouddhisme Shingon, ont élaboré des théories identifiant les kami comme des manifestations locales (gongen) de bouddhas et bodhisattvas. Cette intégration a enrichi les deux traditions sans effacer leurs spécificités.

À l’époque d’Edo (1603-1868), le mouvement Kokugaku (études nationales) avec des figures comme Motoori Norinaga (1730-1801) entreprend de purifier le shintoïsme des influences bouddhistes et confucéennes pour retrouver l’esprit originel japonais. Cette démarche philologique et herméneutique, analysant notamment le Kojiki, participe d’une quête identitaire et philosophique sur l’essence de la japonité.

Le shintoïsme contemporain, après la séparation officielle de l’État et de la religion en 1945, continue d’informer la culture japonaise tout en s’adaptant à la modernité. Son absence de prosélytisme, sa flexibilité doctrinale et son respect de la nature résonnent avec certaines préoccupations écologiques et spirituelles actuelles.

Total
0
Shares
Share 0
Tweet 0
Share 0
Article précédent
Lexique : mots commençant par C
  • Glossaire

Canon pali (Tipitaka)

  • 15/11/2025
Lire l'article
Article suivant
Lexique : mots commençant par Q
  • Glossaire

Quatre nobles vérités

  • 15/11/2025
Lire l'article
Vous devriez également aimer
Lexique : mots commençant par P
Lire l'article
  • Glossaire

Personnalisme

  • Philosophes.org
  • 05/02/2026
Lexique : mots commençant par P
Lire l'article
  • Glossaire

Propédeutique

  • Philosophes.org
  • 27/01/2026
Lexique : mots commençant par C
Lire l'article
  • Glossaire

Cohérentisme

  • Philosophes.org
  • 26/01/2026
Lexique : mots commençant par F
Lire l'article
  • Glossaire

Fondationnalisme

  • Philosophes.org
  • 25/01/2026
Lexique : mots commençant par L
Lire l'article
  • Glossaire

Locus de contrôle

  • Philosophes.org
  • 25/01/2026
Lexique : mots commençant par H
Lire l'article
  • Glossaire

Hétairie

  • Philosophes.org
  • 03/01/2026
Lexique : mots commençant par Q
Lire l'article
  • Glossaire

Quadrivium

  • Philosophes.org
  • 03/01/2026
Lexique : mots commençant par G
Lire l'article
  • Glossaire

Grande Année cosmique

  • Philosophes.org
  • 03/01/2026

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Philosophes.Org
  • A quoi sert le site Philosophes.org ?
  • Politique de confidentialité
  • Conditions d’utilisation
  • Qui sommes-nous ?
  • Contact
  • FAQ – Questions fréquentes
  • Disciplines d’intérêt
  • Transparence éditoriale
  • Newsletter
La philosophie au quotidien pour éclairer la pensée

Input your search keywords and press Enter.