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Structure
  1. Définition et étymologie
  2. Nirvāṇa et cessation de dukkha
  3. Débats philosophiques sur la nature du nirvāṇa
  4. Nirvāṇa dans le Mahāyāna
  5. L’indicibilité du nirvāṇa
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Nirvana (Nirvāṇa)

  • 15/11/2025
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Définition et étymologie

Le terme nirvāṇa (sanskrit : nirvāṇa, pāli : nibbāna) désigne dans la philosophie bouddhiste l’état de libération absolue, la cessation définitive de dukkha et l’extinction du cycle des renaissances (saṃsāra). L’étymologie sanskrite décompose le mot en le préfixe privatif nir- (hors de, sans) et la racine vā- (souffler), suggérant l’image d’une flamme qui s’éteint lorsqu’on souffle dessus. Cette métaphore ignée illustre l’extinction des feux de la convoitise (rāga), de l’aversion (dveṣa) et de l’ignorance (moha).

Le nirvāṇa constitue le concept sotériologique central du bouddhisme, l’objectif ultime de la voie spirituelle. Il ne s’agit ni d’un lieu, ni d’un état psychologique temporaire, ni d’une annihilation pure, mais d’une réalité transcendante défiant les catégories conceptuelles ordinaires. Les textes canoniques le décrivent via des formulations négatives : inconditionné (asaṃskṛta), non-né (ajāta), non-devenu (abhūta), ce qui suggère son caractère ineffable et sa position au-delà du domaine phénoménal.

Nirvāṇa et cessation de dukkha

Le nirvāṇa représente la réalisation de la troisième Noble Vérité : la cessation (nirodha) de dukkha. Le Saṃyutta Nikāya le définit comme « la cessation de la soif (tṛṣṇā), l’abandon, le rejet, la libération, le non-attachement ». Cette définition souligne la dimension négative du concept : le nirvāṇa s’atteint par l’élimination des causes de la souffrance plutôt que par l’acquisition de quelque chose de nouveau.

Les textes distinguent deux aspects du nirvāṇa selon la persistance ou non des agrégats psychophysiques (skandha). Le sopadhiśeṣa-nirvāṇa (avec résidu) désigne l’état du libéré vivant (jīvanmukta), l’arhat qui a éliminé toutes les souillures mentales (kleśa) mais conserve un corps et une conscience fonctionnelle jusqu’à la mort. Le nirupadhiśeṣa-nirvāṇa (sans résidu) survient au décès de l’arhat, lorsque les agrégats se dissolvent définitivement sans produire de renaissance.

Le Udāna décrit le nirvāṇa en termes positifs rares : « Il existe un non-né, non-devenu, non-fait, non-conditionné. S’il n’y avait pas ce non-né, non-devenu, non-fait, non-conditionné, il n’y aurait pas d’échappée possible pour ce qui est né, devenu, fait, conditionné. » Cette formulation suggère que le nirvāṇa, bien qu’ineffable, possède une réalité ontologique authentique.

Débats philosophiques sur la nature du nirvāṇa

L’interprétation du nirvāṇa a suscité d’intenses débats philosophiques. Certaines écoles anciennes le considéraient comme une pure annihilation (ucchedavāda), position que le Bouddha rejeta explicitement. D’autres écoles substantialistes le concevaient comme une réalité éternelle et positive, risquant de le réifier en une sorte d’Absolu métaphysique.

Buddhaghosa, dans le Visuddhimagga (Ve siècle), développe une analyse sophistiquée distinguant le nirvāṇa comme élément (dhātu) transcendant des phénomènes conditionnés. Il le décrit comme « la destruction de la convoitise, de l’aversion et de l’ignorance » tout en affirmant sa réalité objective au-delà du conceptuel. Cette position caractérise l’orthodoxie Theravāda : le nirvāṇa est réel mais totalement autre que les phénomènes conditionnés.

L’école Sarvāstivāda considérait le nirvāṇa comme un dharma inconditionné existant réellement, une position critiquée par Vasubandhu dans l’Abhidharmakośa qui y voit une hypostase illégitime. Pour Vasubandhu, le nirvāṇa désigne simplement l’absence définitive des souillures mentales, une cessation sans substrat ontologique propre.

Nirvāṇa dans le Mahāyāna

Nāgārjuna (IIe-IIIe siècle) révolutionne la compréhension du nirvāṇa dans le Mūlamadhyamakakārikā par une affirmation paradoxale : « Il n’y a aucune différence entre le saṃsāra et le nirvāṇa. Il n’y a aucune différence entre le nirvāṇa et le saṃsāra. » Cette déclaration ne signifie pas leur identité absolue mais révèle que, du point de vue de la vacuité (śūnyatā), aucune différence substantielle ne les sépare. Les deux sont également vides de nature propre.

Cette perspective dissout la dichotomie ontologique entre monde conditionné et libération, repositionnant le nirvāṇa comme reconnaissance de la nature vide des phénomènes plutôt que comme échappée vers un ailleurs transcendant. Candrakīrti, commentant Nāgārjuna dans le Prasannapadā, précise que le nirvāṇa n’est ni existence, ni non-existence, ni les deux, ni aucun des deux (catuṣkoṭi), illustrant l’inadéquation du langage conceptuel.

Le Laṅkāvatāra Sūtra introduit la notion de nirvāṇa non-demeurant (apratiṣṭhita-nirvāṇa), caractéristique du bodhisattva qui, ayant réalisé la vacuité, choisit de rester dans le saṃsāra par compassion (karuṇā) sans y être enchaîné. Cette innovation majeure du Mahāyāna transforme le nirvāṇa d’un état de retrait en une sagesse active au service des êtres sensibles.

L’indicibilité du nirvāṇa

Les textes bouddhiques insistent sur le caractère ineffable (anabhilāpya) du nirvāṇa, accessible uniquement par l’expérience directe (pratyakṣa) et non par la conceptualisation. Le Sutta Nipāta déclare : « Celui qui a atteint le but ne peut être mesuré. Il n’y a rien par quoi on puisse le décrire. Quand toutes choses ont été supprimées, toutes les voies du langage sont également supprimées. »

Cette apophatique bouddhique établit le nirvāṇa comme horizon ultime de la pratique philosophique et contemplative, indiquant la limite du discours rationnel tout en maintenant sa réalité comme terme authentique de la libération spirituelle.

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