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Structure
  1. Méta… qu’est-ce donc ?
  2. Concrètement, ça fait quoi la métaphysique ?
  3. La métaphysique est une interrogation sur les fondements du réel
  4. Les fonctions concrètes de la métaphysique
    1. Le fondement des autres disciplines philosophiques et de la science
    2. Clarifier ce dont on parle
    3. Nous aider à orienter notre existence
  5. La métaphysique face à ses critiques
  6. La pertinence aujourd’hui
    1. Guide utilisateur : qu’est-ce que la métaphysique peut vous apporter personnellement et comment la pratiquer ?
    2. Comment pratiquer la métaphysique au quotidien ? le mini-guide
  7. Pour finir…
    1. Pour aller plus loin
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  • Concepts philosophiques

À quoi ça sert la métaphysique ?

  • 14/11/2025
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Se poser la question de l’utilité de la métaphysique a quelque chose d’ironique, car c’est une discipline qui, justement, se préoccupe des fondements abstraits de notre compréhension du réel.

Méta… qu’est-ce donc ?

C’est une branche de la philosophie qui étudie les principes premiers de toute réalité, les structures fondamentales de ce qui existe, au-delà des apparences et des phénomènes particuliers.

Du coup, se demander à quoi sert la métaphysique revient à se demander quelle est la valeur de la réflexion sur ce qui dépasse ce qu’on peut ressent, « l’expérience sensible ».

On pourrait se dire, comme le font certains, que ça ne sert à rien de se poser ce genre de questions. C’est vrai, on peut vivre sa vie comme simple tube digestif, sans se poser de questions, en allant de l’avant, en agissant tout simplement. Vivre, en somme, comme un abruti.

Mais ça, c’est une illusion. Tout le monde se pose des questions. L’adolescent qui dit à ses parents « j’ai pas demandé à venir au monde », la jeune femme trahie par une amie qui se demande « comment elle a pu me faire ça? », le livreur à vélo qui se prend une gifle par un conducteur en colère… ou tout simplement vous-même, à l’occasion d’une promenade en montagne ou en mer, lorsque vous restez silencieux ou silencieuse face à l’immensité et la beauté de la nature.

Se poser des questions c’est l’essence profonde de la condition humaine. Des milliers de pensées nous traversent l’esprit chaque jour. Parmi ces pensées il y a beaucoup de questions, et parmi ces questions un certain nombre sont d’ordre métaphysique.

Concrètement, ça fait quoi la métaphysique ?

La métaphysique s’interroge sur la nature de l’être, sur les causes ultimes, sur les rapports entre la pensée et le monde.

Pour qu’une question soit métaphysique il suffit qu’elle le soit un peu. Il n’est pas nécessaire de poser une question totalement et uniquement métaphysique, le type de question fondamentale posée par de vieux philosophes barbus dans leur bureau poussiéreux ou dorment des tonnes de vieux livres. Non, tout le monde se pose des questions un peu ou beaucoup métaphysiques.

Reprenons les exemples énoncés plus haut et ajoutons-en un un peu spécial.

L’adolescent qui dit à ses parents « j’ai pas demandé à venir au monde » : c’est une question en partie métaphysique. On pourrait dire 60 % métaphysique, 40 % psychologique et existentielle “. Implicitement, l’ado pose une question du type : « Pourquoi j’existe ? », « Est-il juste d’être jeté dans l’existence sans consentement ? » — ça renvoie à la métaphysique de l’existence, du sens de la vie, voire au problème du mal. Mais c’est aussi une plainte relationnelle : reproche aux parents, expression de souffrance, de ressentiment, de besoin de reconnaissance. Donc un mélange de métaphysique et de cri affectif.

La jeune femme trahie par une amie qui se demande « comment elle a pu me faire ça?« . C’est une question un petit peu métaphysique. En surface, c’est une question sur la trahison, la fidélité, la confiance : donc un terrain surtout moral et psychologique. Mais Il y a un léger fond métaphysique car derrière la question s’en trouve une autre : « Comment est-il possible qu’une autre personne que je croyais bon, accomplisse un tel acte ? » — ça touche à la liberté humaine, au mal, à la transparence des intentions d’autrui.

Le livreur à vélo qui se prend une gifle par un conducteur en colère : la scène touche surtout à la violence, à l’agression, à la colère, donc à des questions morales (ai-je le droit de frapper ?), sociales (rapport fort/faible, mépris social du livreur) et même juridiques (droit, plainte, réparation). Mais elle peut soulever indirectement des questions sur l’Être, le sens de l’existence, la liberté, le mal en général , du genre « Pourquoi les humains se font-ils du mal ?».

Vous-même, à l’occasion d’une promenade en montagne, en forêt ou en mer, lorsque vous restez silencieux ou silencieuse face à l’immensité et la beauté de la nature : dans ce moment, vous touchez spontanément à des questions comme : « Qu’est-ce que tout cela ? », « Quel est ma place dans ce tout ? », « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » — c’est typiquement le terrain de la métaphysique (être, monde, totalité, sens).
Il y a aussi une dimension esthétique (le beau, le sublime) et émotionnelle, mais l’expérience elle-même pousse vers des interrogations sur le réel en tant que tel, au-delà du quotidien.

Quand à notre question bonus, la voici : « C’est quoi, mourir » ou « pourquoi faut-il mourir » ou encore « c’est quoi la mort? ». On peut répondre techniquement : arrêt des fonctions vitales, mort cérébrale, etc. Mais « c’est quoi la mort ? » va généralement plus loin. Est-ce que c’est simplement le néant, ou un passage vers autre chose ? Qu’est-ce qui cesse d’exsiter exactement : le corps, la conscience, la personne ? La mort fait-elle partie de l’essence de la vie ? Dès qu’on touche à ces questions sur l’être, le néant, la personne, on est en plein cœur de la métaphysique.

    Bref, comme le dit Pascal qui n’était pas qu’un imbécile, l’homme est condamné à penser et à se poser la question. Du coup, autant se poser les bonnes questions et surtout, autant se les poser correctement. C’est le meilleur moyen d’arriver à une bonne réponse, et c’est là que la métaphysique nous aide.

    «L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser ; une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue puisqu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.»

    Blaise Pascal

    La métaphysique est une interrogation sur les fondements du réel

    La métaphysique se distingue des autres formes de savoir par son objet. Là où les sciences étudient des domaines particuliers de la réalité selon des méthodes spécifiques, la métaphysique s’intéresse aux structures générales qui rendent possible toute connaissance. Elle pose des questions que l’on ne peut pas réduire à l’observation de ce qu’on voit ou ce qu’on ressent : qu’est-ce que l’être ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature du temps ? Est-ce que les évènement surviennent vraiment pour une raison, ou est-ce que c’est juste une habitude de notre esprit de voir des causes partout ?

    Ces interrogations fondamentales accompagnent l’humanité depuis l’origine de la philosophie. Parménide d’Élée, au 5ᵉ siècle av. JC, ouvre le questionnement métaphysique en distinguant l’être du non-être et en affirmant que seul l’être est pensable. Aristote systématise cette démarche et définit la métaphysique en tant que science de l’être en tant qu’être, c’est-à-dire l’étude de ce qui appartient à toute chose existante du simple fait qu’elle existe. Cette discipline qu’il nomme aussi philosophie première se donne pour tâche d’examiner les principes et les causes premières.

    La métaphysique, c’est réfléchir à ce qui existe et à ce qu’est la réalité en général.

    Philosophes.org

    La métaphysique répond à un besoin proprement humain de comprendre au-delà de l’immédiat. L’être humain ne se contente pas d’accumuler des connaissances particulières sur tel ou tel domaine de la réalité. Il cherche une cohérence d’ensemble, une vue unifiée qui donne sens à la multiplicité des phénomènes.

    C’est une idée au centre des théories de St Thomas d’Aquin au 13ᵉ siècle qui montre que la métaphysique permet d’articuler les différents ordres de savoir en les rapportant à leurs principes ultimes. Sans cette perspective synthétique, les connaissances demeurent fragmentées et leur signification reste incertaine.

    Les fonctions concrètes de la métaphysique

    Le fondement des autres disciplines philosophiques et de la science

    La métaphysique remplit plusieurs fonctions essentielles pour la pensée humaine. Elle constitue d’abord le fondement des autres disciplines philosophiques et même des sciences.

    L’éthique suppose des conceptions métaphysiques sur la nature de la personne humaine, sur la liberté, sur le rapport entre l’être et le devoir-être.

    La politique repose sur des présupposés métaphysiques concernant la nature humaine et l’organisation sociale.

    Les sciences elles-mêmes, bien qu’elles s’en défendent parfois, s’appuient sur des postulats métaphysiques relatifs à la régularité de la nature, à la possibilité de la connaissance objective, ou à l’existence d’une réalité indépendante de l’observateur.

    Clarifier ce dont on parle

    Une deuxième fonction de la métaphysique concerne la clarification conceptuelle. Elle nous oblige à préciser le sens des notions que nous employons couramment sans y réfléchir.

    Qu’entendons-nous exactement par existence ? Par identité ? Par substance ? Par changement ? Ces concepts nous permettent de réfléchir à ce que nous pensons du réel, mais ils restent souvent flous tant qu’un travail métaphysique ne les a pas examinés. Emmanuel Kant au 18ᵉ siècle montre que beaucoup de disputes philosophiques proviennent d’un usage confus des concepts. D’ailleurs, c’est le cas même pour les disputes non-philosophiques ! Quoi qu’il en soit, la métaphysique possède la vertu de dissiper les pseudo-problèmes nés de confusions linguistiques ou logiques.

    Nous aider à orienter notre existence

    La métaphysique joue également un rôle dans l’orientation de l’existence. Les grandes questions métaphysiques touchent directement à la façon dont nous concevons notre place dans le monde.

    Sommes-nous des êtres libres ou déterminés ? La conscience possède-t-elle une dimension qui échappe à la matière ? L’univers obéit-il à une finalité ou se déploie-t-il selon un processus aveugle ?

    Les réponses à ces interrogations, même provisoires, influencent notre manière de vivre et d’agir. Baruch Spinoza au 17ᵉ siècle élabore une métaphysique qui vise explicitement la transformation éthique : comprendre la nécessité de toutes choses procure la paix de l’esprit et permet d’atteindre la béatitude.

    La métaphysique face à ses critiques

    L’histoire de la métaphysique est aussi celle de ses remises en question. David Hume au 18ᵉ siècle soumet les prétentions métaphysiques à un examen empiriste sévère. Il montre que nombre de concepts métaphysiques, telle la substance ou la causalité nécessaire, ne correspondent à rien de ce qu’on peut ressentir et ne peuvent donc prétendre être objectifs. Selon lui la métaphysique traditionnelle repose sur des habitudes psychologiques que nous projetons faussement sur la réalité.

    Kant reprend cette critique tout en cherchant à sauver la possibilité d’une métaphysique authentique. Il distingue entre une métaphysique dogmatique, qui prétend connaître des réalités transcendantes au-delà de toute expérience possible, et une métaphysique critique qui étudie les conditions de possibilité de notre connaissance. La première doit être abandonnée car elle produit des questions insolubles. La seconde demeure légitime en tant qu’analyse profonde des structures de l’esprit humain et de la connaissance.

    Le positivisme du 19ᵉ siècle radicalise ces critiques. Auguste Comte considère que la métaphysique représente un stade dépassé de l’évolution intellectuelle de l’humanité, situé entre l’âge théologique et l’âge scientifique. Selon lui, seules les sciences positives, fondées sur l’observation et la vérification empirique, peuvent prétendre à une connaissance valide. La métaphysique ne serait donc qu’un ensemble de spéculations invérifiables, dénuées de contenu informatif réel.

    Le positivisme logique du 20ᵉ siècle, représenté par des penseurs tels que Rudolf Carnap, affirme que les propositions métaphysiques sont littéralement dépourvues de sens. Selon le principe de vérifiabilité, une proposition n’a de signification que si l’on peut indiquer quelles observations permettraient de la confirmer ou de l’infirmer. Les énoncés métaphysiques, qui portent sur des entités ou des propriétés inaccessibles à l’expérience, ne satisfont pas ce critère. Ils ne sont ni vrais ni faux, simplement vides de sens. Donc en gros, la métaphysique ne sert strictement à rien : il s’agit juste d’une sorte de « bruit intellectuel » que l’on fait pour se rassurer et croire qu’on est très intelligent, ou en tout cas moins idiot que les autres.

    Face à ces objections, les défenseurs de la métaphysique ont développé plusieurs lignes de réponse. Certains, tels Henri Bergson au début du 20ᵉ siècle, contestent le fait de réduire toute connaissance légitime au seul modèle des sciences positives. L’expérience humaine comporte d’autres dimensions, notamment la durée vécue et la liberté, qui échappent à la quantification et à l’observation externe mais n’en sont pas moins réelles. Selon lui, la métaphysique aurait alors pour tâche d’explorer ces aspects de la réalité inaccessibles aux méthodes scientifiques.

    D’autres philosophes, dans la tradition analytique, montrent que la métaphysique peut respecter des standards de rigueur argumentative comparables à ceux des sciences formelles. Willard Van Orman Quine au 20ᵉ siècle défend une métaphysique naturaliste intégrée à l’entreprise scientifique globale.

    Pour lui, les questions métaphysiques portent sur les engagements ontologiques de nos meilleures théories scientifiques : quelles entités devons-nous admettre dans notre inventaire du réel pour rendre compte de nos connaissances ? C’est une approche qui réconcilie métaphysique et exigence empirique.

    La pertinence aujourd’hui

    Le développement contemporain des sciences et des technologies, notamment au regard de l’IA, suscite de nouvelles interrogations métaphysiques.

    Les progrès des neurosciences posent avec une acuité renouvelée le problème du rapport entre cerveau et conscience, entre processus physiques et expérience subjective. Le problème difficile de la conscience, formulé par David Chalmers dans les années 1990, illustre la persistance de questions métaphysiques irréductibles aux explications fonctionnelles.

    Comment des processus neuronaux donnent-ils naissance à des états qualitatifs subjectifs ? Aucune description en termes physiques ne semble pouvoir capturer la dimension première de ce que l’on ressent lorsqu’on perçoit du rouge ou qu’on éprouve une douleur.

    L’intelligence artificielle et la possibilité de créer des systèmes cognitifs artificiels posent également des questions métaphysiques. Une machine peut-elle véritablement penser ou se contente-t-elle de simuler la pensée ? La conscience nécessite-t-elle un substrat biologique particulier ou peut-elle émerger de tout système suffisamment complexe ?

    Ces interrogations engagent des conceptions métaphysiques sur la nature de l’esprit et sur les relations entre syntaxe et sémantique, entre traitement de l’information et compréhension authentique.

    Les technologies numériques transforment notre rapport à la réalité et font surgir des questions métaphysiques inédites. D’une part, les environnements virtuels et la réalité augmentée tendent à brouiller les frontières traditionnelles entre le réel et le simulé, et d’autre part nous passons un temps considérable sur nos smartphones à regarder des contenus sociaux qui satisfont notre circuit de récompense limbique mais sont vides de sens. On peut donc se demander si le temps que nous passons sur nos écrans est un temps qui est à la fois réel et qui est vécu, ou si c’est un temps vide, quasi-imaginaire qui s’est perdu dans le non-vécu ?

    Faut-il concevoir la distinction entre réel et virtuel en termes ontologiques absolus (c’est à dire en termes de l’essence de ces concepts) ou plutôt en termes de degrés d’interaction ? Quelle est la nature du moi qui se manifeste à travers des avatars multiples dans différents espaces numériques ? Le moi existe-t-il encore lorsqu’il est absorbé dans des contenus ludiques mais idiots ? L’identité personnelle demeure-t-elle une notion cohérente dans ces contextes ?

    La métaphysique conserve aussi une fonction critique essentielle face à la domination de la pensée calculante et instrumentale. Martin Heidegger au 20ᵉ siècle diagnostique un oubli de l’être dans la civilisation technique moderne. Pour lui, la métaphysique rappelle que la question du sens de l’être précède et fonde toute approche utilitaire du réel. Elle maintient ouverte la possibilité d’un questionnement radical sur ce que nous tenons pour évident. En ce sens, la métaphysique représente une forme de résistance à l’idée que le questionnement est inutile ou que toutes les questions ont déjà été posées.

    Les débats contemporains en philosophie des sciences montrent également la vitalité de la réflexion métaphysique. Le réalisme scientifique, qui affirme que les théories scientifiques décrivent une réalité indépendante de nous, s’oppose à diverses formes d’antiréalisme ou de constructivisme. Ces controverses engagent des positions métaphysiques sur le statut des entités théoriques, sur la nature de la vérité scientifique, sur les rapports entre théorie et observation. Loin d’être un luxe spéculatif, la métaphysique s’avère indispensable pour clarifier les présupposés et les implications de la pratique scientifique elle-même.-

    Guide utilisateur : qu’est-ce que la métaphysique peut vous apporter personnellement et comment la pratiquer ?

    Au-delà de son histoire et de ses débats académiques, la métaphysique est une gymnastique de l’esprit aux applications immédiates dans votre vie de tous les jours. La pratiquer, c’est comme acquérir une sorte de super vision à rayons X du réel : grâce à ce travail vous percevez les structures invisibles sous les apparences, ce qui change profondément votre rapport au monde.

    Alors essayons d’être concrets et de donner des exemples précis d’application.

    Au travail : Face à un projet complexe ou un conflit, la métaphysique vous invite à identifier les causes premières et les postulats cachés. Au lieu de vous battre sur des détails (le « comment »), vous remontez aux principes (le « pourquoi »). Pourquoi ce projet a-t-il un sens ? Quelle est la nature réelle du problème ? Cette clarification désamorce les tensions et recentre les équipes sur l’essentiel. Vous passez de manager à philosophe-praticien. C’est utile y compris dans les épisodes de travail personnel; par exemple si vous avez du mal à établir des priorités. Il n’est pas toujours utile de se demander « quelle est la priorité ou l’urgence » de telle ou telle tâche. Parfois, il faut simplement se demander à quoi sert cette tâche. Est-ce qu’elle crée un apport réel, est-ce qu’elle sert une utilité ? Lorsque vous classez vos tâches selon cet angle, et non plus selon la priorité ou l’urgence, l’essentiel devient apparent et le superflu ne peut plus se masquer.

    Dans vos relations amoureuses, amicales, et familiales : la métaphysique vous aide à distinguer l’être de l’apparence. Un désagrément passager, comme une parole blessante, est-il la manifestation de l’essence de la personne ou un phénomène superficiel ? En vous interrogeant sur la nature de la confiance, de la liberté de l’autre ou du lien qui vous unit, vous développez une patience et une compréhension nouvelles. Vous cessez de réagir au symptôme, et vous vous mettez à soigner la cause.

    Dans les moments difficiles : C’est un moyen de prendre du recul. La métaphysique ne supprime pas la souffrance, mais elle lui donne un contexte. Un échec, une perte, une trahison vous font vous interroger sur le hasard, la nécessité, le mal, le sens de la vie. En plaçant votre expérience douloureuse dans le cadre plus vaste de l’existence humaine, vous lui enlevez son caractère absolu et unique mais qui n’est que momentané. Vous réalisez que vous vivez une variation d’un thème universel. Cette façon de se dé-centrer est une source immense de résilience.

    Face à l’écran et au virtuel : plus que jamais, la métaphysique est un antidote au vide. En vous demandant « Qu’est-ce que le réel ? » et « Qui suis-je dans ces espaces numériques ? », vous reprenez le contrôle. Vous n’êtes plus un simple consommateur de contenus, mais le moteur de votre propre expérience. Vous apprenez à naviguer entre le monde physique et le monde digital sans vous perdre, en sachant distinguer la substance de l’illusion. Prenons l’exemple de ces personnes qui vivent une relation amicale ou amoureuse avec une IA : ce qu’elles ressentent est-il authentique puisque l’objet du ressenti est irréel ? Le simulacre de relation est-il aussi réel que la vraie relation ? Evidemment non, puisque la personne qui est notre interlocuteur n’est pas une personne mais un algorithme. Les « virtual girlfriends » sont des pièges qui nous empêchent d’exister. Mais ce ne sont pas les seuls pièges de l’existence : les séries Netflix, l’addiction à l’alcool ou aux drogues, la pornographie ou même le sport excessif sont autant de béquilles qui nous permettent de nous échapper de notre propre existence. Lorsque c’est passager, pourquoi pas – mais c’est rarement passager. La métaphysique permet donc de trier entre le réel et l’irréel, le vécu et l’échappatoire. Ce n’est pas un outil mineur, car nous sommes condamnés à être libres.

    Comment pratiquer la métaphysique au quotidien ? le mini-guide

    Identifiez la question métaphysique cachée. La prochaine fois qu’une émotion forte vous traverse, qu’il s’agisse de colère, d’émerveillement, de tristesse, arrêtez-vous une minute. Derrière « Mon patron est injuste », se cache la question « Qu’est-ce que j’appelle injuste » « et plus précisément « Qu’est-ce que la justice ? » . Derrière « Cette vue est magnifique », il y a « Pourquoi le beau existe-t-il ? ». Se poser la question derrière la question est un exercice qui permet de remonter aux sources de l’expérience humaine. De plus cela procure un bénéfice secondaire : les émotions se calment, on prend de la distance, on réfléchit. « Qu’est-ce que je ferais si j’étais moins con » disait un humoriste. La métaphysique nous pose la même question.

    Pratiquez la « déconstruction » d’un concept. Prenez un mot que vous utilisez tous les jours (« temps », « moi », « réel », « responsabilité »). Demandez-vous : « Qu’est-ce que je mets exactement derrière ce mot ? ». Essayez de le définir sans circularité, c’est à dire sans utiliser le mot pour définir le mot. Vous verrez que ce qui paraît évident est en fait aussi vaste qu’un continent à explorer. Bien sûr, ce type de discussion est encore plus agréable entre amis.

    Cultivez l’étonnement socratique. Consacrez 10 minutes par jour à ne rien faire, sans écran, et laissez-vous étonner par quelque chose de banal : l’existence d’une tasse, le fait que le monde soit compréhensible, le simple fait que vous soyez en train de penser. C’est le carburant de la métaphysique qui met votre conscience sur orbite.

    Lisez, mais picorez. Lire un ouvrage de métaphysique peut se révéler très formateur. Inutile de commencer par les textes les plus ardus. Suivez votre curiosité. Un article de vulgarisation, une courte vidéo d’un philosophe contemporain, une citation qui vous intrigue… partez de là pour creuser. Sur philosophes.org, plusieurs centaines d’articles sont à votre disposition pour vous y aider. Petite astuce : ce n’est pas toujours nécessaire de lire des articles de fond. Des biographies peuvent se révéler très utiles, parce qu’elles nous montrent ce que telle personne a pensé et les questions qu’elle s’est posées. C’est souvent étrange et formateur de descendre dans l’histoire d’un penseur d’il y a 200 ans comme Kierkegaard, 500 ans comme Michel de Montaigne, 1000 ans comme Boèce, ou même 3000 ans comme Zoroastre...

    Tenez un « journal métaphysique ». Notez-y ces questions, vos tentatives de réponses, vos doutes. Le but n’est pas de trouver LA réponse, mais d’affûter votre questionnement. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, et en questionnant qu’on devient métaphysicien.

    La métaphysique n’est pas une discipline pénible réservée à une « élite » de vieux sages pas très drôles. C’est un art, celui de vivre en conscience, de manière plus lucide, plus résiliente et plus libre. C’est un des fondements du stoïcisme, et on en retrouve même les fruits dans la thérapie cognitive d’aujourd’hui qui nous enseigne à remettre en questions nos présupposés. Comme le disait Sénèque, « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » Osez questionner.

    Pour finir…

    Il est vrai que la question de l’utilité de la métaphysique appelle une réponse qui dépend de celui qui pose la question. Si l’on attend d’elle une efficacité technique immédiate ou des résultats pratiques mesurables, on sera déçu. La métaphysique ne produit pas de technologies, ne résout pas de problèmes concrets, ne prédit pas de phénomènes observables. Mais cette apparente inefficacité masque ses fonctions essentielles : fonder les autres formes de savoir, clarifier nos concepts fondamentaux, orienter notre compréhension de nous-mêmes et du monde, ce qui n’est pas rien.

    Nous parlions en ouverture de cet article des personnes qui vivent leur vie comme si elles étaient simplement un tube digestif, ou un lombric.

    La métaphysique nous sert à échapper au risque de devenir un lombric, elle sert à préserver la dimension proprement humaine de la pensée, celle qui refuse de s’en tenir aux évidences établies et qui ose interroger ce qui semble aller de soi.

    Nous sommes des êtres capables de nous étonner devant la simple existence des choses, capables de nous demander pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. Cette capacité de questionnement appartient à l’essence même de la rationalité humaine – autant en profiter.

    Pour aller plus loin

    • Collectif, La métaphysique, GF
    • Frédéric Nef, Qu’est-ce que la métaphysique ?, Folio
    • Stephen Mumford, La métaphysique: Une brève introduction, eliott
    • Bruno Bérard, Métaphysique pour tous: Entretiens avec Bruno Bérard, L’Harmattan
    • Alain Cambier, Qu’est-ce que la métaphysique?, Vrin
    • Thomas d’Aquin, L’être et l’essence, Points
    • Aristote, Métaphysique, GF
    • René Descartes, Méditations métaphysiques : Objections et réponses suivies de quatre lettres, GF
    • Baruch de Spinoza, Éthique, Poche
    • Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, GF
    • Bergson henri, La pensée et le mouvant: Préface de Frédéric Worms, puf
    • Martin Heidegger, Les intégrales de Philo – HEIDEGGER, Qu’est ce que la Métaphysique?, Nathan
    • Bouveresse Renée, La métaphysique, ellipses
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