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  1. En raccourci…
  2. Les fondements kantiens : De l’esthétique au politique
    1. La révolution du jugement réfléchissant
    2. L’universalité sans concept : Une logique nouvelle
    3. Le sensus communis : Fondement de la communicabilité
    4. Les limites de l’approche kantienne
  3. Hannah Arendt : La politisation du jugement kantien
    1. La découverte posthume : Du jugement esthétique au jugement politique
    2. La critique de la tradition philosophique
    3. L’espace d’apparition et la pluralité
    4. Le jugement sans balustrades
  4. La structure du jugement politique arendtien
    1. La pensée sans balustrades : Conditions de possibilité
    2. L’imagination et la mentalité élargie
    3. La validité exemplaire
    4. La communicabilité politique
  5. Critiques et développements contemporains
    1. Les limites de l’approche arendtienne
    2. Les développements de la théorie de la reconnaissance
    3. Les théories délibératives : Habermas et au-delà
    4. L’actualité du jugement politique
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Le jugement politique : théorie inachevée inspirée de Kant

  • 17/01/2025
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La théorie du jugement politique chez Kant et son influence sur Hannah Arendt révèle une tradition philosophique qui interroge les conditions de possibilité d’un jugement réflexif en matière politique, oscillant entre universalité rationnelle et singularité de l’événement.

En raccourci…

Comment juger politiquement sans disposer de règles prédéfinies ? Cette question traverse toute la philosophie politique moderne et trouve chez Kant puis chez Hannah Arendt des réponses fascinantes qui transforment notre compréhension de l’action citoyenne.

Kant, dans sa troisième Critique, découvre un type de jugement paradoxal : le jugement réfléchissant. Contrairement au jugement déterminant qui applique une règle générale à un cas particulier (comme « cet acte est interdit par la loi »), le jugement réfléchissant part du particulier pour chercher la règle. C’est exactement ce qui se passe quand nous disons « cette œuvre d’art est belle » sans pouvoir expliquer pourquoi selon des critères objectifs.

Hannah Arendt s’empare de cette découverte kantienne pour l’appliquer au domaine politique. Pour elle, juger politiquement, c’est évaluer des événements singuliers, sans précédent, qui bouleversent l’ordre établi. Comment juger la Révolution française, la Shoah, ou tout événement inédit qui fait irruption dans l’histoire ?

La réponse d’Arendt : nous jugeons en imaginant ce que penseraient les autres, en nous mettant à leur place, en élargissant notre perspective. Ce « penser élargi » nous permet de dépasser notre point de vue particulier sans pour autant appliquer mécaniquement des règles universelles.

L’originalité de cette approche ? Elle montre que le jugement politique n’est ni purement subjectif (chacun sa vérité) ni purement objectif (application de lois universelles). Il relève d’une intersubjectivité qui nous relie aux autres sans nous dissoudre dans une masse anonyme.

Sa leçon ? Dans un monde où les événements nouveaux défient constamment nos grilles de lecture habituelles, nous devons cultiver cette capacité de jugement qui nous permet de penser ensemble sans uniformité.


Les fondements kantiens : De l’esthétique au politique

La révolution du jugement réfléchissant

La Critique du jugement de Kant opère une révolution conceptuelle dont les implications politiques ne seront pleinement saisies qu’avec Hannah Arendt. En découvrant le jugement réfléchissant, Kant identifie une faculté humaine qui échappe à la dichotomie classique entre sensibilité et entendement, ouvrant un espace inédit pour penser l’action humaine.

Le jugement réfléchissant se distingue radicalement du jugement déterminant qui caractérise les sciences exactes. Là où le jugement déterminant subsume le particulier sous l’universel selon des règles prédéterminées, le jugement réfléchissant remonte du particulier vers un universel qui reste à découvrir. Cette inversion transforme le rapport traditionnel entre règle et application.

Cette découverte révèle une capacité humaine spécifique : celle de juger sans concept déterminé, de porter des appréciations valides sans disposer de critères objectifs préalables. Cette capacité, d’abord analysée dans le domaine esthétique, recèle des potentialités politiques que Kant n’explorera que partiellement.

Le jugement esthétique révèle ainsi une structure paradoxale : il prétend à l’universalité (quand je juge qu’une œuvre est belle, j’attends l’accord d’autrui) tout en restant singulier (ce jugement ne peut se démontrer). Cette tension entre universalité et singularité préfigure les difficultés du jugement politique.

L’universalité sans concept : Une logique nouvelle

L’innovation majeure de Kant réside dans sa découverte d’une universalité sans concept qui caractérise le jugement esthétique. Cette universalité ne repose pas sur des règles logiques mais sur une communicabilité présupposée des sentiments humains fondamentaux.

Quand je juge qu’un paysage est beau, je ne me contente pas d’exprimer une préférence subjective. J’affirme implicitement que tout être humain doté du même sensus communis devrait partager mon appréciation. Cette prétention à l’universalité ne s’appuie sur aucune démonstration mais sur la structure commune de la faculté de juger.

Cette découverte révèle que l’accord intersubjectif ne nécessite pas toujours la médiation de concepts universels. Il peut émerger d’une résonance immédiate entre les facultés humaines qui transcende les différences culturelles et historiques sans les nier.

Cette logique nouvelle ouvre des perspectives inédites pour penser le consensus politique. Si l’accord esthétique peut se passer de démonstration rationnelle tout en prétendant légitimement à l’universalité, peut-être existe-t-il des formes de consensus politique qui échappent aux alternatives classiques entre coercition et persuasion rationnelle.

Le sensus communis : Fondement de la communicabilité

Le concept de sensus communis constitue la clé de voûte de la théorie kantienne du jugement et préfigure les développements arendtiens sur l’intersubjectivité politique. Ce « sens commun » ne désigne pas un ensemble d’opinions partagées mais une structure transcendantale qui rend possible la communication humaine.

Le sensus communis repose sur trois maximes qui régulent l’usage public de la raison : penser par soi-même (liberté de pensée), penser en se mettant à la place d’autrui (mentalité élargie), penser en accord avec soi-même (cohérence). Ces maximes définissent les conditions d’un usage authentique de la faculté de juger.

La seconde maxime revêt une importance particulière car elle introduit la dimension intersubjective du jugement. Penser en se mettant à la place d’autrui ne signifie pas adopter l’opinion d’autrui mais élargir sa propre perspective en intégrant une multiplicité de points de vue possibles.

Cette « mentalité élargie » (erweiterte Denkungsart) transforme radicalement la conception de l’objectivité. L’objectivité ne résulte plus de l’abstraction des conditions subjectives mais de leur multiplication et de leur confrontation systématique. Cette intuition influencera profondément la conception arendtienne de la vérité politique.

Les limites de l’approche kantienne

Malgré sa fécondité, l’approche kantienne du jugement présente des limitations que Hannah Arendt identifiera et tentera de surmonter. Ces limitations tiennent principalement au maintien d’un cadre transcendantal qui universalise les conditions de l’expérience humaine.

La téléologie kantienne qui oriente le jugement vers l’idée de finalité naturelle reste tributaire d’une métaphysique de la nature qui peut difficilement s’appliquer au domaine de l’action humaine. L’histoire humaine ne suit pas le modèle de la finalité naturelle car elle est marquée par la contingence et la nouveauté radicale.

L’idéal cosmopolitique de Kant, bien qu’admirable, tend à dissoudre la pluralité politique dans l’unité d’une république mondiale. Cette perspective téléologique méconnaît la valeur intrinsèque de la diversité politique et tend vers une pacification qui pourrait signifier la fin du politique lui-même.

Ces limites révèlent la nécessité d’une réinterprétation de la théorie kantienne du jugement qui préserve ses intuitions fondamentales tout en les libérant de leur cadre métaphysique. Cette réinterprétation sera l’œuvre de Hannah Arendt.

Hannah Arendt : La politisation du jugement kantien

La découverte posthume : Du jugement esthétique au jugement politique

La découverte posthume de l’importance du jugement dans la pensée arendtienne révèle une évolution majeure qui transforme sa conception du politique. Cette découverte s’opère à travers ses cours sur la philosophie politique de Kant et ses réflexions sur les événements totalitaires du XXe siècle.

Arendt réalise que le jugement politique présente une structure analogue au jugement esthétique kantien : il doit évaluer des phénomènes singuliers sans disposer de règles prédéterminées. Les événements politiques authentiques, comme les révolutions ou les crimes contre l’humanité, défient les catégories établies et exigent une capacité de jugement inédite.

Cette analogie révèle que la politique ne relève ni de la fabrication (qui applique des moyens à des fins déterminées) ni de la connaissance (qui subsume le particulier sous l’universel) mais d’une activité sui generis qui crée du sens par l’action commune.

Le jugement politique arendtien hérite ainsi de la structure kantienne du jugement réfléchissant : il remonte du particulier vers l’universel sans garantie méthodologique, créant du sens par sa propre activité plutôt qu’en découvrant des significations préexistantes.

La critique de la tradition philosophique

Arendt développe une critique radicale de la tradition philosophique occidentale qui a systématiquement dévalué l’action politique au profit de la contemplation théorique. Cette critique révèle les présupposés anti-politiques de la métaphysique traditionnelle.

Depuis Platon, la philosophie politique s’est efforcée de réduire l’action à la fabrication ou à la connaissance, méconnaissant sa spécificité irréductible. Cette réduction explique l’incapacité de la tradition philosophique à penser la nouveauté radicale qui caractérise l’action humaine.

L’action politique authentique se caractérise par son imprévisibilité et son irréversibilité qui la distinguent radicalement de la fabrication. Contrairement à l’artisan qui maîtrise son processus de production, l’acteur politique s’engage dans un processus dont il ne peut prévoir l’issue.

Cette critique vise également la philosophie morale traditionnelle qui soumet l’action à des normes universelles déterminées a priori. Pour Arendt, l’action politique ne peut être jugée selon des critères moraux préétablis car elle crée ses propres critères par son effectuation même.

L’espace d’apparition et la pluralité

Le concept d’espace d’apparition (space of appearance) constitue l’innovation majeure d’Arendt pour penser les conditions transcendantales du politique. Cet espace ne désigne pas un lieu géographique mais une structure relationnelle qui émerge quand les hommes agissent et parlent ensemble.

Cet espace se caractérise par sa fragilité ontologique : il n’existe que tant que les hommes agissent ensemble et disparaît dès qu’ils cessent d’interagir. Cette précarité révèle que le politique ne constitue pas une dimension stable de l’existence humaine mais une possibilité toujours menacée.

La pluralité (plurality) constitue la condition fondamentale de cet espace. Cette pluralité ne désigne pas la simple diversité empirique des opinions mais la condition ontologique de l’humanité : les hommes sont à la fois semblables (humains) et distincts (uniques). Cette paradoxale identité dans la différence rend possible l’action commune.

Cette conception transforme radicalement l’intersubjectivité kantienne. Là où Kant postule un sensus communis transcendantal, Arendt révèle une intersubjectivité constituante qui crée ses propres conditions de possibilité par l’interaction effective.

Le jugement sans balustrades

L’expression « jugement sans balustrades » (judgment without banisters) résume la situation de l’homme moderne confronté à des événements qui défient toutes les catégories traditionnelles. Cette situation révèle à la fois la crise et la chance de la modernité politique.

La crise résulte de l’effondrement des critères traditionnels de jugement. Les révolutions modernes, les totalitarismes, les génocides constituent des phénomènes sans précédent qui ne peuvent être compris à partir des catégories politiques héritées.

Mais cette crise révèle aussi une chance inédite : celle de développer une capacité de jugement autonome qui ne s’appuie sur aucune autorité extérieure. Cette autonomie ne signifie pas arbitraire subjectif mais capacité de créer du sens par l’exercice même du jugement.

Cette situation exige le développement d’une mentalité critique qui refuse aussi bien le conformisme que le relativisme. Le jugement sans balustrades maintient l’exigence de validité intersubjective tout en renonçant aux garanties métaphysiques traditionnelles.

La structure du jugement politique arendtien

La pensée sans balustrades : Conditions de possibilité

La pensée sans balustrades révèle les conditions dans lesquelles s’exerce le jugement politique contemporain. Ces conditions ne relèvent pas de l’anthropologie philosophique mais de la situation historique spécifique de la modernité qui a vu s’effondrer les autorités traditionnelles.

Cette situation se caractérise par la rupture de la tradition qui transmettait les critères de jugement de génération en génération. Cette rupture ne résulte pas d’un choix délibéré mais de l’irruption d’événements inédits qui ont révélé l’obsolescence des catégories héritées.

La pensée sans balustrades ne constitue pas un idéal à atteindre mais une condition de fait que nous devons assumer. Cette condition révèle que la capacité de jugement ne peut plus s’appuyer sur des autorités extérieures mais doit se fonder sur l’exercice même de la pensée.

Cette autonomisation de la pensée n’implique pas l’abandon de toute référence commune mais la création de nouvelles formes de sens commun par l’interaction entre les perspectives singulières. Cette création constitue l’enjeu central du politique moderne.

L’imagination et la mentalité élargie

L’imagination joue un rôle central dans le jugement politique arendtien car elle permet de rendre présents des points de vue absents et d’élargir notre perspective au-delà de nos intérêts immédiats. Cette fonction de l’imagination transforme la subjectivité en intersubjectivité.

L’imagination ne relève pas de la fantaisie arbitraire mais d’une capacité de représentation qui respecte la spécificité des perspectives qu’elle évoque. Cette représentation ne vise pas l’empathie fusionnelle mais la compréhension des logiques différentielles qui animent les autres acteurs.

La mentalité élargie résulte de cet exercice d’imagination qui multiplie les perspectives considérées. Cette multiplication ne vise pas la synthèse dans un point de vue supérieur mais le maintien d’une tension créatrice entre les perspectives particulières.

Cette conception révèle que l’objectivité politique ne transcende pas la subjectivité mais résulte de sa pluralisation systématique. L’objectivité émerge de la confrontation entre subjectivités maintenues dans leur irréductible spécificité.

La validité exemplaire

Le concept de validité exemplaire constitue l’innovation majeure d’Arendt pour penser la prétention à l’universalité du jugement politique. Cette validité ne repose ni sur la démonstration logique ni sur l’autorité traditionnelle mais sur la force d’attraction de l’exemple.

L’exemple ne fonctionne pas comme illustration d’une règle générale mais comme paradigme qui ouvre de nouvelles possibilités de jugement. L’exemple réussi crée sa propre universalité en suscitant l’adhésion libre de ceux qui reconnaissent sa pertinence.

Cette logique exemplaire explique comment des événements singuliers peuvent acquérir une signification universelle sans perdre leur spécificité historique. Les révolutions réussies fonctionnent ainsi comme paradigmes pour les mouvements révolutionnaires ultérieurs.

Cette conception transforme la relation entre particulier et universel. L’universel ne préexiste pas au particulier mais émerge de la capacité de certains particuliers à révéler des possibilités humaines inédites qui s’imposent par leur évidence.

La communicabilité politique

La communicabilité du jugement politique ne repose pas sur la communication d’informations objectives mais sur la création d’un monde commun par l’échange des perspectives singulières. Cette communicabilité constitue la condition transcendantale du politique.

Cette communication ne vise pas l’accord factuel sur des contenus déterminés mais l’établissement d’un espace commun où les désaccords peuvent s’exprimer et se confronter de manière productive. Cette conflictualité créatrice distingue le politique de la simple administration.

La communicabilité politique présuppose la reconnaissance mutuelle des interlocuteurs comme êtres capables de jugement autonome. Cette reconnaissance ne résulte pas d’une décision morale mais de la structure même de l’interaction politique authentique.

Cette conception révèle que la vérité politique ne préexiste pas à la discussion mais émerge de la confrontation entre les perspectives singulières. Cette émergence constitue le processus même par lequel se constitue le sens commun politique.

Critiques et développements contemporains

Les limites de l’approche arendtienne

Malgré sa fécondité, l’approche arendtienne du jugement politique présente des limites que la réflexion contemporaine a identifiées et tentées de surmonter. Ces limites concernent principalement le caractère élitiste et esthétisant de sa conception du politique.

La restriction du politique à l’espace public d’apparition tend à exclure les dimensions économiques et sociales de l’existence humaine. Cette exclusion peut sembler artificielle dans un contexte où les inégalités matérielles conditionnent largement l’accès à la parole publique.

L’idéalisation de l’action politique pure risque de méconnaître les contraintes institutionnelles et les rapports de force qui structurent effectivement l’espace politique. Cette idéalisation peut conduire à une vision nostalgique de la politique qui ignore ses dimensions stratégiques.

La sous-estimation des médiations institutionnelles nécessaires à la durabilité de l’action politique peut sembler naive dans un contexte de complexification croissante des sociétés modernes. Cette carence explique partiellement les difficultés d’application pratique de la théorie arendtienne.

Les développements de la théorie de la reconnaissance

La théorie de la reconnaissance développée par Axel Honneth propose un prolongement critique de l’approche arendtienne qui intègre les dimensions socio-économiques de l’existence. Cette théorie révèle les présupposés matériels de la participation politique authentique.

Honneth montre que la reconnaissance constitue un besoin anthropologique fondamental qui s’actualise dans trois sphères : l’amour (reconnaissance affective), le droit (reconnaissance juridique), et la solidarité (reconnaissance sociale). Cette tripartition révèle la complexité des conditions de l’autonomie personnelle.

Cette approche permet de critiquer les exclusions systémiques qui empêchent certains groupes d’accéder à l’espace public d’apparition. Elle révèle que l’égalité politique formelle ne suffit pas à garantir l’effectivité de la participation démocratique.

Cependant, cette approche risque de réduire le politique à la dimension sociale et de méconnaître sa spécificité irréductible. Cette tension révèle la difficulté d’articuler critique sociale et théorie politique sans sacrifier l’une à l’autre.

Les théories délibératives : Habermas et au-delà

Les théories délibératives développées par Jürgen Habermas et ses successeurs tentent d’institutionnaliser les intuitions arendtiennes sur la communicabilité politique. Ces théories révèlent les conditions procédurales d’un consensus rationnel en démocratie.

L’éthique de la discussion habermassienne formalise les conditions d’une argumentation valide qui permet de distinguer le consensus véritable de la simple agrégation d’intérêts particuliers. Cette formalisation vise à préserver l’exigence de rationalité sans tomber dans l’élitisme.

Cependant, cette approche tend à intellectualiser la communication politique et à méconnaître les dimensions affectives et esthétiques que soulignait Arendt. Cette intellectualisation peut exclure des formes légitimes d’expression politique qui ne correspondent pas au modèle argumentatif.

Les développements récents des théories délibératives intègrent progressivement ces critiques en reconnaissant la pluralité des modes de communication démocratique et l’importance des émotions dans la formation de l’opinion publique.

L’actualité du jugement politique

L’actualité du jugement politique arendtien se révèle particulièrement dans les crises démocratiques contemporaines qui mettent en évidence l’effondrement des médiations traditionnelles entre citoyens et institutions. Ces crises révèlent l’urgence de repenser les conditions du jugement démocratique.

Les populismes contemporains peuvent être interprétés comme des symptômes de la crise du jugement politique : ils révèlent l’aspiration légitime à la participation directe tout en proposant des solutions simplificatrices qui nient la complexité du politique.

Les nouveaux mouvements sociaux expérimentent des formes d’organisation et de décision qui s’inspirent parfois inconsciemment des intuitions arendtiennes sur l’action collective. Ces expérimentations révèlent la persistance de l’aspiration à l’autonomie politique.

L’émergence des technologies numériques transforme les conditions d’exercice du jugement politique en créant de nouveaux espaces d’interaction qui échappent partiellement aux médiations institutionnelles traditionnelles. Ces transformations posent des défis inédits à la théorie démocratique.

Ces développements révèlent que la théorie arendtienne du jugement politique, malgré ses limites, continue d’offrir des ressources précieuses pour penser les transformations contemporaines de la démocratie et les conditions de renouvellement de l’engagement citoyen.

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